Ondinnok présente «TLAKENTLI» à la Cinquième Salle de la Place des Arts | Bible urbaine

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Ondinnok présente «TLAKENTLI» à la Cinquième Salle de la Place des Arts

Ondinnok présente «TLAKENTLI» à la Cinquième Salle de la Place des Arts

Le massacre et la libération dansés des Premières Nations

Publié le 15 mars 2019 par Gabrielle Lebeau

Crédit photo : Maxime Côté

Dans la Cinquième Salle de la Place des Arts, des visages familiers: des artistes engagés du cinéma autochtone, découverts lors du festival Présence autochtone. Et d’autres visages: des jeunes et moins jeunes venus d’Odanak, la réserve des Abénakis. Puis des Québécois «pure laine», assoiffés eux aussi de culture autochtone, déterrant l’héritage qui a tissé le Québec, quoi qu’on nous ait dit, ou non-dit.

«C’est difficile de reconnaître qui on est vraiment, car à partir du moment où l’on accepte de vivre son histoire, en tant qu’Autochtone, il faut être prêt à pardonner. Réaffirmer mon origine autochtone est une fierté. J’ai envie de me dévoiler et même de crier cette identité. TLAKENTLI me permet de faire cela», affirme Leticia Vera, chorégraphe et interprète Mexica, et collaboratrice d’Ondinnok depuis 2010.

Ondinnok, première compagnie initiatrice d’une dramaturgie autochtone francophone contemporaine, est fondée en 1985. Yves Sioui Durand, l’un des cofondateurs, se réapproprie depuis plus de 30 ans la spiritualité amérindienne comme territoire imaginaire, écrivant plus de quatorze pièces dramatiques pour la radio et plus de vingt-six créations originales au théâtre. Il est dramaturge et metteur en scène de TLAKENTLI.

Rapidement, nos yeux parcourent les environs. Disposés le long de l’avant-scène, on y voit des objets sacrés. Encadrant la scène de chaque côté, des murs de banderoles qui s’agitent doucement sous une brise, tout au fond de la scène, une toile blanche qui accueillera diverses images projetées. En bordure de la scène, un percussionniste marque les mouvements des danseurs, Leticia et Carlos.

«Dans TLAKENTLI, les pierres sont des messagers, ils transportent la mémoire des ancêtres. C’est ainsi que, dans le spectacle, je sauve Leticia de sa maladie en utilisant la pierre et en lui demandant de la guérir», nous informe Carlos Rivera, interprète et chorégraphe de descendance autochtone mixtèque et nahua.

Diplômé du programme de résidence autochtone de l’École nationale de théâtre du Canada (ÉNT), Carlos Rivera a participé plusieurs fois au programme de danse autochtone du Centre Banff en tant que danseur, professeur et chorégraphe, et a œuvré pendant seize ans, à travers le Canada et le monde, avec Red Sky Performance.

«Je n’ai pas grandi dans la culture autochtone, je vis encore ce processus d’autodéfinition, et TLAKENTLI fait partie de ce processus. Dans ma famille, certains membres se considèrent autochtones, d’autres renient complètement cette identité et le vivent viscéralement; les fêtes familiales sont très intéressantes!»

D’abord «nus» (vêtus d’un costume couleur peau), ou «à l’état de nature», Carlos et Leticia dansent ensemble comme frère et sœur, leur bras ondulant et leurs doigts frétillant comme le corps et la langue d’un serpent. Le serpent à plumes, Quetzalcoatl, en nahuatl, est projeté sur la toile de fond et évoqué par un sifflement. Carlos et Leticia dansent ensemble comme frère et sœur, mais la symbiose entre ces deux êtres humains complémentaires sera brisée au fil des tableaux.

«La dualité entre l’homme et la femme existe dans plusieurs mythologies et ne connaît pas de sexe faible. L’imposition de la confrontation entre hommes et femmes est occidentale. Nous catégoriser comme nous l’avons fait nous a emmenés à commettre des actes d’une grande violence, aux perversions coloniales qui ont empoisonné les valeurs anciennes. Il est temps de se réapproprier cette dualité complémentaire et forte. Dans la culture autochtone, le bien et le mal n’existent pas», s’exclame Leticia.

TLAKENTLI s’inspire du mythe aztèque de Coatlicue, la déesse de la fertilité, de la terre, «mère des dieux», ayant donné naissance à la lune, aux étoiles et au dieu du soleil et de la guerre. La pièce relate aussi l’histoire des ancêtres de Carlos et Leticia, ceux qui ont été «habillés» de force par le colonisateur. Ceux qui ont dû se trahir pour survivre.

Ainsi, les gestes des danseurs, initialement tournés vers l’intérieur, unissant les corps malgré l’altérité, se projettent peu à peu et de plus en plus vers l’extérieur, à la recherche d’un idéal tout à fait étranger à leur sagesse intérieure, en quête des objets de désir que leur impose la «civilisation», détournés de soi par un ego déplacé.

TLAKENTLI raconte aussi l’histoire de Leticia et Carlos, immigrés au Canada, parcourant, en sens inverse peut-être, la route migratoire des Premières Nations: «Dans l’histoire aztèque, la migration se fait du nord au sud, et non le contraire. Les Autochtones viennent d’abord du Nord. Ce passage est dans notre mémoire, notre ADN. On vient du Nord même si nous nous imaginons souvent le contraire. C’est pourquoi je sens un lien familial avec les autochtones du Canada, car c’est inscrit dans notre mémoire génétique», poursuit-elle.

Ce spectacle raconte enfin une histoire de continuelle libération, car ceux qui fuient leur passé au Canada y retrouveront un passé tout aussi pénible.

«Il y a une dette à ce peuple qui a été massacré. Cette injustice est douloureuse et se transmet de génération en génération. J’aimerais donc libérer ce sentiment, le partager pour conscientiser. Il faut guérir».

«TLAKENTLI» à la Place des Arts en images

Par Maxime Côté

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