Renaud Garcia-Fons et Dorantes au Monument-National lors du Festival international de Jazz de Montréal 2016 | Bible urbaine

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Renaud Garcia-Fons et Dorantes au Monument-National lors du Festival international de Jazz de Montréal 2016

Renaud Garcia-Fons et Dorantes au Monument-National lors du Festival international de Jazz de Montréal 2016

Imprévisible et sensuelle virtuosité

Publié le 6 juillet 2016 par Marie-Hélène Proulx

Crédit photo : Mathieu Pothier

Non, le contrebassiste et compositeur français Renaud Garcia-Fons et le pianiste d’Espagne andalouse David Peña Dorantes ne dansent pas. Mais ils s’abandonnent si totalement et si suavement à leur jeu réciproque, avec ce bel équilibre entre l'écoute, l’esprit créatif et le geste juste, qu’ils en feraient rougir d’envie bien des danseurs. De plus, sans être chorégraphique, leur jeu demeure très physique, par leur manière de tenir leur instrument, pour en faire jaillir les sons les plus inusités.

À moins d’être un auditeur assidu de Renaud Garcia-Fons, venu à maintes reprises faire résonner sa contrebasse à cinq cordes en sol montréalais, on sent dès sa première pièce qu’il nous emportera, avec son compère, loin de tout ce que l’on aurait pu imaginer. Où? Là où la ligne droite et le sentier battu perdent leur nom. En effet, il existe tout un monde dans chaque morceau du duo. On y passe sans ambages de la gravité à la candeur sautillante, en n’y excluant jamais une bonne dose de sensualité qui lie l’ensemble, et de nouvelles explorations rythmiques et harmoniques s’ajoutant de minute en minute.

Rien de chaotique, mais des parcours musicaux qui déstabilisent et tiennent aux aguets du début à la fin, autant par leur forme que par le fond. De plus, Renaud Garcia-Fons est déjà reconnu pour sa façon particulière d’utiliser son instrument, dont il fait jaillir des notes rappelant la guitare, le violon ou le violoncelle, en dribblant aussi abondamment sur son corps et ses cordes. Il offre ainsi un son inusité, mais, plus impressionnant encore, des productions simultanées de sons, semblant provenir d’une multitude d’instruments. Dorantes semble s’être laissé emporter par cet enthousiasme, en allant jusqu’à tirer, frapper les cordes de son piano.

Un accord impressionnant, sans doute, où  Garcia-Fons mène la danse, mais pas une fusion pour autant. Les deux musiciens livrent des chefs d’œuvre à part entière: leur prestation solo de la soirée le démontre avec ferveur. On en vient même, par la suite, à s’étonner que deux univers si pleins parviennent à se marier sur une même scène. Tout cela semble avoir été cependant un peu trop pour certains spectateurs,  partis en cours de route. Pourtant, l’intensité est là et le résultat demeure remarquablement accessible. Au détour d’un itinéraire musical, on a souvent l’impression de reconnaitre un air connu, qui se dissipe bientôt, à travers le flot de notes. Mais, bien que Garcia-Fons ne soit pas avare de mots, admettons qu’il faut déjà avoir de bons repères géographiques et musicaux pour que ses propos prennent sens à nos oreilles.

Mais peut-on alors vraiment parler de jazz? C’est du moins ainsi que Renaud Garcia-Fons, qui parcourt les festivals de jazz de la planète, définit son style. Il est vrai que, durant sa seconde pièce de la soirée, il flirte avec le jazz tel qu’on le connait, presque jusqu’à la caresse. Mais pour le reste, le côté jazz de ces airs de flamenco tient davantage à l’intensité créatrice et à l’exploration d’univers nouveau que l’on sent d’un bout à l’autre. D’ailleurs, comme cadeau de fin de soirée, le duo offre au public une composition «qui n’a pas de nom encore», mais déjà «une bonne base». Comment deux interprètes compositeurs peuvent-ils parvenir à livrer une œuvre en pleine élaboration et avec autant de maitrise? La chose parait aussi impensable que merveilleuse.

Mais une telle finale était nécessaire aussi, puisque, juste auparavant, une composition de Dorantes, nettement  plus flamenco que Jazz, sur le thème du lourd destin des gitans, nous avait broyé le cœur. Les spectateurs ne méritaient pas de repartir aussi tristes, d’autant plus que, après une écoute plutôt contemplative, une première ovation foudroyante, suivie de deux autres plus intenses encore, méritait bien une petite douceur. 

L'événement en photos

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Par Mathieu Pothier

L'avis


de la rédaction

Grille des chansons

1. La promessa del Alba (Rondeña)

2. Molto Enrollado (Bulerías)

3. En el Crisol de la noche (Soleá)

4. Sin muros (solo de piano)

5. Aqa Jan (solo de contrebasse)

6. Entre las rosas (Guajiras)

7. Palabras de ensueño (Malagueña)

8. El Rio os espera (Tangos)

9. Mar y Rayo (Garrotín y Livianas)

Rappel

10. Caravana de los zincalis

11. Dos pies para un banco

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