«The Propelled Heart» par Alonzo King LINES Ballet à la Place des Arts | Bible urbaine

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«The Propelled Heart» par Alonzo King LINES Ballet à la Place des Arts

«The Propelled Heart» par Alonzo King LINES Ballet à la Place des Arts

Le chorégraphe fait surgir le primate entre les lignes

Publié le 3 mai 2019 par Gabrielle Lebeau

Crédit photo : Quinn B. Wharton

Le chorégraphe visionnaire Alonzo King est venu brasser le cœur et ouvrir les yeux des Montréalais avec sa plus récente création, présentée par Danse Danse. Fondée il y a 36 ans, sa compagnie, au premier plan mondial de l’évolution du ballet, repousse les limites de la danse contemporaine en s’appuyant sur les traditions culturelles et les principes scientifiques. Sous la forme de douze corps qui dansent et à travers la voix de la chanteuse Lisa Fischer, The Propelled Heart exprime ce qui dépasse les mots et aborde les thèmes les plus humains: la solitude, le besoin de l’autre et la pensée qui nous emprisonne ou nous propulse.

Les douze danseurs de la compagnie Alonzo King LINES Ballet troquent les pointes et les lignes classiques pour laisser surgir l’animal en chaque homme; le tout en développés seconde, tibia contre l’oreille, en soutenus aux cinquièmes parfaitement alignées, du haut de demi-pointes solidement ancrées dans le sol, en pirouettes fluides et suspendues à un ciel hors d’atteinte.

Sous le pinceau d’Alonzo King, l’état de nature se greffe à la qualité du ballet classique, la ligne s’arrondit, la structure se décompose, les corps-sculpture retrouvent leur état le plus primitif, celui d’homme-primate.

Rappelant en entrevue que les figures circulaires du ballet sont basées sur la trajectoire et la rotation des astres autour du soleil en une reproduction des forces de l’ordre cosmique, il explique: «On a tendance à oublier que ce qu’on appelle ballet tire ses origines de la nature» (Alonzo King, Le Devoir).

L’humanité que les mots ne peuvent exprimer

La danse habite les tissus de l’orteil jusqu’au cheveu, et même les traits du visage se prêtent au théâtre. La bouche s’entrouvre, l’air entraîne la cage thoracique dans son expansion et fuit sous la compression; mais au retour par la gorge, les cordes vocales se refusent au jeu… le danseur s’épuise dans une tentative infructueuse d’utiliser sa voix: un peu comme si celui dont chaque muscle et chaque tendon sont si fins qu’il peut esquisser l’émotion en ses moindres replis, ne peut toutefois l’exprimer par sa voix qui, elle, demeure étouffée.

«Car ce que ni les mots ni la musique ne peuvent dire, la danse et le mouvement peuvent l’exprimer. Le mouvement, c’est la vie qui vibre à se rompre. La gestuelle ouvre un endroit privilégié, loin derrière la maladresse des mots», insiste le chorégraphe (Magazine DF DANSE).

Lisa Fisher entre sur scène dans sa longue robe couleur terre. Elle observe les danseurs se mouvant en solo à tour de rôle, et sa voix chaude et profonde s’élance, suivant la danse qu’elle observe et accompagne. Les corps interagissent parfois en duo, parfois tous ensemble, mais toujours «seuls dans l’ensemble», exprimant une individualité où transperce l’authenticité de l’âme, une individualité figée en splendides arrêts sur image.

Ces tableaux sont représentés en des nuances de marron et de gris entre les jets de lumière projetés depuis les coulisses, côtés cour et jardin.

C’est un ballet aérien, rempli de bras qui fouettent l’air et de claquements, de bruits d’air étouffé entre le mouvement et la surface.

Un homme tente un cri, s’évertue à pousser un ridicule gémissement aigu. Un autre homme arrache son cœur.

L’homme, entre le cœur, la conscience et l’âme

«Le cœur, de tous les éléments qui comptent, est le plus important. Comme être humain, nous devons veiller à sa croissance». Ainsi, à travers diverses étapes de développement, on tente «d’ôter l’égoïsme du cœur, de parvenir à l’élargir au point où plus rien ne nous apparaît comme étranger, et d’arriver à cet état de conscience où tout devient unité et est interconnecté».

Amour, solitude, besoin de l’autre, maladie mentale… tous ces thèmes viennent à l’esprit, effleurés par la grâce des danseurs. Lisa Fischer chante «If I would lose my eyes…» 

«Tout ce que nous percevons dans le monde de la création est basé sur la pensée. Comme la musique est de la pensée rendue audible, la danse est de la pensée rendue physique et visible […] Chaque individu, qu’importe où il se trouve dans sa vie à un moment, est porté par sa manière de penser. C’est ce qui crée qui l’on est. L’esprit est un incroyable outil, qu’il serve à bâtir nos vies positivement ou négativement, car il peut servir à nous élever comme il peut nous détruire» (Alonzo King, Le Devoir).

Après l’entracte, il y a plus de mots. Fischer chante «Free My Soul». Il y a aussi plus de travail de sol, plus de travail de partenaires. En s’appuyant sur la terre et les uns sur les autres, les corps puisent l’énergie. On retrouve davantage de duos complices et de groupes en symbiose… Le rythme s’accélère, jusqu’au paroxysme… Soudain tous les danseurs habitent la scène en une course effrénée, se dissolvant dans un tourbillon d’âmes.

«En vérité, nous sommes loin d’être de faibles mortels et nous sommes bien plus que des simples enveloppes corporelles: nous sommes des âmes fortes». Ainsi, Alonzo King amène ses danseurs et son public dans un état supérieur qui transcende les limites du corps physique: «C’est un état d’intuition inspiré, où l’être atteint une qualité de clarté et de pureté. Et nous y avons tous accès», souffle le chorégraphe. «Mes spectacles sont une porte ouverte sur cet état de conscience».

The Propelled Heart au Théâtre Maisonneuve en images

Par Quinn B. Wharton et RJ Muna

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