The Tallest Man on Earth et Basia Bulat au Métropolis lors du Festival international de Jazz de Montréal 2016 | Bible urbaine

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The Tallest Man on Earth et Basia Bulat au Métropolis lors du Festival international de Jazz de Montréal 2016

The Tallest Man on Earth et Basia Bulat au Métropolis lors du Festival international de Jazz de Montréal 2016

L'importance de savoir prendre sa place

Publié le 8 juillet 2016 par Alice Côté Dupuis

Crédit photo : Mathieu Pothier

Il faut remonter à 2010 pour retracer le dernier passage de The Tallest Man on Earth à Montréal avant sa présence au Festival international de Jazz de Montréal jeudi dernier. C’est la même année que Basia Bulat avait fait partie pour la première fois de la programmation du même festival, alors en promotion de son second disque. Heureusement, elle, on l’a revue depuis, dans cette métropole qu’elle a adoptée. Malgré tout, on se demande si l’évolution vers la grande scène du Métropolis ne fût pas trop rapide pour la jeune artiste, tandis que ses amis du groupe suédois, eux, ont sacrément profité de leur trop rare présence chez nous pour marquer les esprits.

C’est à une arrivée théâtrale que le public du Métropolis a eu droit lorsque Jens Kristian Matsson a foulé la scène, ayant déjà l’air d’un gamin qui veut jouer (un air qui ne le quitta pas jusqu’à la toute fin; on y reviendra). «I know you were here for Basia, but thanks for staying», a-t-il envoyé, rieur, s’adressant déjà longuement au public.

Les gens applaudissant déjà chaleureusement, contents d’entendre la rythmée «1904», il fut étonnant de constater la satisfaction évidente du public de voir ce groupe sur la scène montréalaise après tant de temps, et d’entendre ces compositions folk souvent entraînantes, parfois posées et plus sensibles, mais toujours saisissantes.

S’amusant beaucoup avec le public avec un sens du spectacle certainement inné, le chanteur se montre souvent bouffon, commençant ici à jouer de la guitare, baissant l’intensité du son, puis reprenant plus ardemment, avant de rabaisser le niveau; et là, faisant semblant de jeter sa guitare dans la foule. Grand cabotin, l’artiste s’est aussi amusé à raconter quelques anecdotes drôles, dont la fois où il avait complètement oublié l’existence de l’une de ses propres chansons, avant que son batteur lui rafraîchisse la mémoire.

Bien accompagné à la batterie, à la basse, au violon et au pedal steel et claviers, The Tallest Man on Earth a néanmoins offert plusieurs compositions seul avec ses innombrables guitares, qui se sont succédé dans ses mains tout au long de la soirée. «I have so many guitars!» a-t-il lui-même blagué, vers la fin, après avoir offert une chanson en s’accompagnant lui-même aux claviers, faisant semblant qu’il avait passé toutes ses guitares et qu’il ne lui en restait plus. La diversité des instruments et l’intensité que le full band apporte, par la force des choses, a évidemment contribué au dynamisme du spectacle, mais il faut avouer que ses performances solos avaient elles aussi de quoi charmer.

Applaudie dès les premières notes, la douce «The Wild Hunt» a permis un moment magnifique, avec un faisceau lumineux braqué juste sur lui, tandis que «Love is All» lui a permis de faire chanter doucement la foule avec lui. Sa mélodie en finger picking sur sa guitare acoustique durant «I Won’t Be Found», rapidement applaudie et très appréciée, a permis de montrer de belles nuances et une belle intensité, tout en instaurant sa qualité de musicien. Il a même laissé les gens finir doucement la chanson «The Gardener», puisque ceux-ci s’étaient mis à chanter doucement ce morceau pourtant entraînant et rythmé.

Il n’y a aucun doute, le public a pu profiter de nombreuses performances remarquables, grâce à un musicien aguerri et un chanteur sensible, qui se révèle aussi très à l’aise sur scène, bougeant énormément et semblant profiter pleinement de l’espace scénique, mais aussi de la salle, allant même jusqu’à jeter à plusieurs reprises ses plectres à des spectateurs. Sa nouvelle composition a de plus montré la délicatesse vocale de l’artiste, avant de faire revenir le groupe pour continuer à fond de train, allant même jusqu’à finir une chanson accroupi, après s’être couché sur le dos en continuant de jouer de la guitare.

Avec des interactions nombreuses avec le public, répondant à ses cris et questions et prenant plusieurs moments pour l’écouter – et aussi pour déconner –, le chanteur en aura certainement charmé plus d’un jeudi soir avec sa musique tantôt explosive, tantôt sensible, son énergie infinie et son charisme évident. Pas étonnant que les gens insistèrent pour un rappel, qui l’a vu revenir avec le micro à la main, lui permettant de chanter plus près du public encore, toujours aussi expressif et coloré dans ses mouvements.

Ramenant Basia Bulat en tant que choriste pour la toute dernière pièce, tous les musiciens autour pour former un chœur, le meneur de The Tallest Man on Earth s’est montré joueur jusqu’à la toute fin, insérant un long silence avant le tout dernier couplet, comme pour rendre confus le public; ou plutôt pour profiter pleinement de ces derniers instants d’une fabuleuse soirée.

Basia Bulat

«Bonsoir, ça va? Moi aussi!», a d’abord lancé une charmante Basia Bulat tout sourire, juste après l’interprétation de «Let me In», fidèle à ses habitudes, démontrant une espèce de candeur rafraîchissante, avec sa cape de paillettes réfléchissantes, mais aussi une chaleur et un amour de son public, à qui elle parle généralement beaucoup. Pourtant, jeudi soir, l’artiste a rapidement commencé à enfiler les chansons l’une après l’autre, sans anecdote ni explication.

«Infamous», une «La La Lie» moins entraînante et enjouée qu’à l’accoutumée, «Long Goodbye», «In the Name Of», une «Good Advice» encore plus lente que sur disque, au Wurlitzer, et «Fool»; elles sont toutes très bonnes, ont été livrées avec de belles nuances et une voix tout en puissance, même parfois touchante, et elles offrent un bel aperçu de Good Advice, le cinquième album de la chanteuse, mais enchaînées l’une après l’autre de cette façon, on aurait dit qu’elles manquaient de chaleur. Où est passée la Basia Bulat si loquace, ricaneuse, et chaleureuse à laquelle on a eu droit en février dernier au Club Soda?

Sa voix fût néanmoins sans défaut, malgré quelques notes ici et là qu’elle a décidé de garder basses plutôt que de suivre la montée enregistrée sur disque, comme si son entrain n’y était pas. Son utilisation de l’auto-harpe a malgré tout fait réagir de nombreux spectateurs, qu’ils furent curieux ou fans des premières heures, puisque c’est avec cet instrument qu’elle a offert des succès de ses premiers albums, dont «Heart of my Own», bien applaudie, «Gold Rush» dans une version dépouillée, posée, même touchante, ou «In the Night», qui a vu les gens se mettre à taper des mains et même du pied au parterre.

Ses interprétations sensibles et délicates de pièces comme «Five, Four» ou «It Can’t Be You» au charango, à la toute fin, n’ont malheureusement pas trouvé écho dans l’immense Métropolis et sa foule qui bavarde beaucoup et bruyamment; le silence n’était pas assez grand dans la salle pour que ces chansons se déploient dans toute leur beauté. Mais Basia Bulat garda le cap, même si ses instants suspendus pendant la dernière pièce laissaient entendre plus que des murmures, déterminée, allant même jusqu’à faire chanter délicatement la foule en finale.

Ses performances ont semblé être appréciées par une bonne partie du public, malgré tout, mais peut-être que le Métropolis n’était pas la bonne salle pour permettre à l’artiste de démontrer tout son talent et son charisme habituel.

L'événement en photos

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