Une version de Giselle par la chorégraphe Dada Masilo | Bible urbaine

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Une version de Giselle par la chorégraphe Dada Masilo

Une version de Giselle par la chorégraphe Dada Masilo

Raconter Giselle autrement

Publié le 28 septembre 2018 par Élise Boileau

Crédit photo : John Hogg

L’ouverture de la saison de Danse Danse cette semaine propose de découvrir la version du ballet classique Giselle, revisitée par la jeune chorégraphe et interprète sud-africaine Dada Masilo. Connaisseur du ballet original ou novice, le spectateur aura une lecture sans doute distincte, mais la proposition de Dada Masilo ne le laissera peut-être pas indifférent.

Adapter le ballet classique

Après Le Lac des Cygnes, Roméo et Juliette ou encore Carmen, Dada Masilo s’attaque à Giselle. Le ballet romantique en deux actes, composé par Adophe Adam sur un livret de Théophile Gautier et chorégraphié par Jean Coralli et Jules Paris en 1841 à Paris, fait figure de patrimoine dans le répertoire classique. Cela ne semble pas faire peur à Dada Masilo. La trentenaire embrasse avec fougue l’argument original, en remaniant la danse, la musique et quelques conventions inhérentes au ballet.

La chronologie de la narration est respectée: un premier acte ancré dans le monde réel – ambiance villageoise, hiérarchie des classes et histoire d’amour impossible entre une paysanne et un duc déjà fiancé, puis le second acte, davantage onirique et métaphorique – royaume des esprits, vengeance et mort au programme.

La singularité de la version vient donc surtout du mouvement et de la théâtralité du jeu. Les pieds nus ont remplacé les pointes, tandis que la pantomime est mise au placard pour de vraies répliques, des cris mêmes. On notera notamment l’influence de la culture africaine, tant  dans l’énergie du mouvement que dans le caractère sans demi-mesure des personnages.

On apprécie d’entendre crier, se moquer, se bagarrer de façon beaucoup plus véridique et sauvage que dans la pantomime précieuse et coincée de la version classique. D’autant que l’énergie débordante du groupe est contagieuse et accompagne les sections dansées du début à la fin. Chapeau bas pour cela.

Dada Masilo, une interprète hors norme

Dès son entrée en scène, Dada Masilo capte l’attention et le regard du spectateur. Au-delà de son rôle de soliste, puisqu’elle incarne Giselle, sa rapidité et sa précision d’exécution sont absolument fascinantes. Tout le corps de la danseuse est au service des émotions et de l’expression du personnage. Sa danse allie à la fois les attaques, les impulsions et impacts du mouvement, tout en y mettant une superbe dose d’ondulation et de sensualité. Et même dans les sections de groupe, Dada M. semble avoir toujours une demi-seconde d’avance. Leader? Capacité physique hors norme? Les deux sans aucun doute, quand on sait qu’elle est le moteur même de la chorégraphie. On se délecte donc de la voir bouger et se transcender à chacune de ses apparitions. 

Un deuxième acte puissant

Comme dans la version classique, il semblerait que ce ballet n’est d’intérêt, selon moi, que pour la force de son deuxième acte. Alors que l’ensemble de la première partie est axé sur la narration et le respect de l’argument, la seconde est plus équilibrée et puissante car davantage dans l’émotion et dans l’intensité. Dada Masilo reprend la formation du corps de ballet en remplaçant les fameuses arabesques des Willis par de grands pas, corps penché avec les deux bras en V dans le prolongement du corps.

On reconnaît le clin d’oeil. L’acte blanc est devenu l’acte rouge, avec des robes sanguines pour tout le monde, homme ou femme. La question du genre est d’ailleurs bien insérée dans la conception et notamment avec l’androgynie magnifique du guérisseur traditionnel africain (qui fait écho au personnage de la Reine des Willis du ballet). En plus de la singularité de cet homme aux cheveux longs dorés, le travail de posture et d’intensité contenue vient complètement transformer l’être pour lui donner une portée fantasmagorique qui fonctionne très bien.

Quelques fausses notes?

Dès le début, on accepte la convention du mélange des genres (un classique revisité avec une vision contemporaine et africaine). C’est pourquoi dès lors que les pas nous rappellent trop les codes classiques, le mouvement dénote, la chorégraphie perd de son intérêt. À l’image de l’entrée d’Albrecht, en pantalon blanc moulant (typique de la tenue masculine ballétique) qui nous danse sa variation de soliste à coup de grands sauts, de développés à la seconde et de pirouettes.

Autre fausse note – peut-être très subjective: l’inégalité de la musique. Dada Masilo a souhaité travailler avec le compositeur Philip Miller pour la trame sonore. Très loin de la partition d’Adolphe Adam, la musique mélange aussi les influences (percussions, voix africaines, instruments électriques) mais ne parvient pas à former un tout cohérent. Hormis la trame du second acte, la première moitié semble mal coupée parfois (silences abrupts) et ne fait pas forcément le liant entre la narration, le mouvement et la composition dans son ensemble. Dommage.

La Giselle de Dada Masilo fait malgré tout du bien à voir sur nos scènes québécoises. L’énergie de la culture sud-africaine, le féminisme de la proposition et l’envie débordante de danser des interprètes font plaisir. On rit même. Je dois terminer par une réflexion personnelle: je suis restée perplexe face à notre sérieux et notre bienséance passive, très contrôlée de spectateur blanc occidental face à ces personnes africaines qui crient, jubilent, pleurent sur scène. Serions-nous coincés?

Dada Masilo revisite Giselle en 9 photos

Par John Hogg

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