«De Van Gogh à Kandinsky» au Musée des beaux-arts de Montréal | Bible urbaine

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«De Van Gogh à Kandinsky» au Musée des beaux-arts de Montréal

«De Van Gogh à Kandinsky» au Musée des beaux-arts de Montréal

Habiter l’Histoire et l’art avec intensité

Publié le 20 octobre 2014 par David Bigonnesse

Crédit photo : Jamison Miller

La petite dans la grande. La grande dans la petite. L’histoire de l’art fait partie de la grande Histoire et vice versa; l’exposition «De Van Gogh à Kandinsky: de l’impressionnisme à l’expressionnisme, 1900-1914» présentée au MBAM en fait la preuve. Avec une mise en contexte étoffée ainsi que la présentation d’œuvres d’artistes ayant marqués les courants artistiques, le visiteur traverse les premières années du XXe siècle avec l’impression de vivre le pan d’une époque aussi foisonnante que troublante.

Dès les premiers pas dans la salle d’entrée de l’expo, on contextualise l’époque à travers la loupe du politique, du social et surtout du culturel à Paris. Le temps de l’Exposition universelle inaugurée le 14 avril 1900, de l’affaire Dreyfus, des hauts lieux artistiques et d’une nouvelle ère qui allait être totalement chambardée en 1914. Le tic-tac d’une horloge s’entend dans la pièce et une grande vitre, installée devant l’entrée principale des œuvres, dont chaque côté ouvert à gauche et à droite permet au public de pénétrer, sert de mur de diffusion. Un extrait audiovisuel, dont le titre Panorama of the Paris Exposition dit tout, est projeté sur un espace blanc ajouté sur cette vitre.

Dans la première salle ayant pour thème «Les collectionneurs de l’avant-garde en Allemagne: Othaus et Kessler», on nous explique que l’art d’avant-garde français était très prisé dans le pays de Max Weber. Qualifiée de néo-impressionniste ou pointilliste, l’œuvre de Paul Signac détonne par ses taches de couleurs très voyantes, telles que le prouvent les toiles Samois. La Berge. Matin (1901) ou Saint-Cloud (1900). Le regard se tourne aussi rapidement vers les nus de Matisse – ancrés depuis un long moment dans l’imaginaire collectif – artiste qui dirigeait son Académie, un terreau fertile pour la création artistique franco-allemande. Gauguin ainsi que Théo van Rysselberghe, qui a réalisé notamment plusieurs portraits, ont aussi leur place aux côtés des Signac et Matisse.

Tout au long de l’exposition, quelques citations, transcrites sur les murs ici et là, viennent mettre en contexte les dires de l’époque. Elles sont toujours intéressantes, savoureuses, voire déstabilisantes, comme celle de Die Kunst-Halle (1er août 1905). «Avertissement! Une collection de tableaux de l’obscur peintre Paul Gauguin marche lentement sur Berlin… À l’idiot Van Gogh succède à présent Gauguin». De quoi décoiffer les admirateurs actuels du célèbre peintre néerlandais qui observent avec attention les touches de peinture donnant du relief et un certain mouvement à son Autoportrait (vers 1887) tout aussi connu.

Après avoir décodé la texture et la réalisation des œuvres d’Alexei Jawlensky et de Maurice de Vlaminck, le public est convié un peu plus loin dans l’univers d’un groupe formé à Desdre par Kirchner, Heckel, Bleyl et Schmidt-Rottluff. C’est Die Brücke (Le Pont). Formes un peu plus anguleuses, morceaux plus définis, le visage avec un peu de vert dans le haut, voilà les caractéristiques de Fränzi a la poupée (1910) d’Heckel.

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Le maître fauviste Van Dongen représente lui aussi la femme, mais elles sont deux dans Amies (vers 1908). Positionnées de manière érotique, debout, une nue et l’autre coiffée et habillée, elles projettent une sensualité, un désir coquet, mais aussi assez provocateur. Une toile qui brise les représentations habituelles, hétérosexuelles et uniformes de la société. La peau verdâtre des personnages s’éloigne de la carnation dite «réelle». Même ambition de bouger les conventions  avec son travesti fardé, la peau jaune avec un fond de toile marquée par le rose et le rouge. Modjesko, chanteur soprano (1908) incarne bien l’esprit du monde burlesque de cette période.

L’exploration de l’univers artistique allemand et français se poursuit au royaume du cubisme. Cézanne en précurseur, le mouvement cubiste change lui aussi, encore plus, la façon de représenter en arts visuels. Le Nu debout (1911) de Jean Metzinger propose des formes géométriques tridimensionnelles dérangeantes sur le plan de la figuration humaine. L’utilisation de la spatialité à l’intérieur même du tableau est métamorphosée.

Avec le tableau Rue à Berlin (1913) d’Ernst Ludwig Kirchner, affiché plus loin, on se détache réellement du cubisme. Le style change, les formes longitudinales des prostituées maquillées et des clients vêtus de grands manteaux arborant des hauts-de-forme, illustre une capitale allemande drappée dans le froid, les couleurs rose, mauve, noir et bleu plaquent un décor emplit de mystère.

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Le visiteur retrouve au final Kandinsky près de Klee et Macke. Sans titre, Improvisation III (1914) exprime la folie, le bouleversement chromatique et expressif de l’artiste. L’abstraction est bel et bien là. Il faut noter que le regroupement Der Blaue Reiter (Le Cavalier Bleu) s’est formé à Munich avec, entre autres, les artistes expressionnistes mentionnées ci-dessus.

Tout juste derrière l’huile sur toile d’Heinrich Campendonk Arlequin et Colombine (1913), les gens sont exposés au début d’une guerre effroyable. Photos, document audiovisuel et informations à l’appui. Ce parcours artistique très bien ficellé, puisque l’on plonge littéralement dans les toiles en s’imprégnant de leurs textures, motifs, couleurs et représentations, sait marier informations contextuelles et chefs-d’œuvre visuels. L’Histoire et l’histoire de l’art se font écho. Tout est lié quoi.

L’exposition «De Van Gogh à Kandinsky: de l’impressionnisme à l’expressionnisme, 1900-1914» est présentée jusqu’au 25 janvier 2014 au Musée des beaux-arts de Montréal. Pour plus d’informations, veuillez consulter le site web de l’institution muséale.

Crédit: 1. Faaturuma (La Boudeuse), 1891, Paul Gauguin. Huile sur toile, 94 x 68,2 cm. The Nelson-Atkins Museum of Art, Kansas City, Missouri. Acquisition William Rockhill Nelson Trust. Photo Jamison Miller. 2. Fränzi a la poupée (Mädchen mit Puppe), 1910, Erich Eckel. Huile sur toile, 65 x 70 cm. Sabarsky Collection, courtesy Neue Galerie New York © Succession Erich Heckel / SODRAC (2014). 3. Rue à Berlin, 1913, Ernst Ludwig Kirchner. Huile sur toile, 120,6 x 91,1 cm. Ersnt Ludwig Kirchner avec l’aimable concours d’Ingeberg et du Dr. Wolfgang Henze-Ketterer, Wichtrach/ Berne. Image © The Museum of Modern Art/Licensed by Scala / Art Resource, NY.

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