«Vois mes yeux» de Mille Milles au Ausgang Plaza | Bible urbaine

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«Vois mes yeux» de Mille Milles au Ausgang Plaza

«Vois mes yeux» de Mille Milles au Ausgang Plaza

Une performance multidisciplinaire comme un collage fantasmagorique

Publié le 29 septembre 2020 par Olivier Du Ruisseau

Crédit photo : Marc-Étienne Mongrain. À la une: Évelyne de la Chenelière sur scène lors du spectacle «Vois mes yeux»

Après l'album Mille Milles et le single «L'espace intermédiaire», le musicien Vincent Legault (Dear Criminals, Random Recipe) récidive sous le nom Mille Milles avec le spectacle Vois mes yeux, accompagné de la dramaturge Evelyne de la Chenelière et de Félix-Antoine Boutin, qui signe ici la mise en scène. Présenté les 24 et 25 septembre seulement au Ausgang Plaza, l'évènement s'est avéré la parfaite occasion d'associer les rênes du projet de Vincent Legault avec le cinéma.

C’est avec beaucoup d’enthousiasme que je suis arrivé au spectacle de Mille Milles déjà charmé par son album homonyme, qui s’est imposé, à mon sens, comme l’un des meilleurs projets musicaux à être sorti au Québec dans les derniers mois.

D’entrée de jeu, l’expérience s’est présentée comme un aboutissement, comme la destination finale de la musique de Mille Milles, qui semble avoir été faite pour être écoutée sur des images de films. D’ailleurs, si Vois mes yeux fut votre première sortie culturelle depuis des mois, quelle chance vous avez eue! Ce spectacle vous aura ainsi permis d’aller au cinéma, à un concert de musique et au théâtre, tout à la fois… et juste à temps!

Un spectacle qui s’articule comme un grand collage multidisciplinaire

Le spectacle a démarré tout en douceur, alors qu’à l’arrière, derrière les instruments de musique dispersés sur scène, sans musicien pour leur donner vie, on assistait à un montage de classiques du cinéma de la première moitié du XXe siècle, le tout réalisé par Félix-Antoine Boutin, avec la musique de Mille Milles en accompagnement.

Progressivement, l’artiste est apparu sur scène pour s’asseoir au piano et jouer par-dessus les images et la musique, sans toutefois voler la vedette au montage, qui a été présenté pendant l’entièreté de la représentation.

Evelyne de la Chenelière, qui signe aussi les paroles de l’album, a par la suite rejoint le musicien sur scène, récitant de façon gracieuse ses textes et changeant l’ordre initialement proposé par l’album, comme pour renforcer l’impression que le spectacle s’articulait comme un grand collage multidisciplinaire, à la croisée du texte, du cinéma et de la musique.

Au fil du spectacle, les artistes se sont permis de plus en plus de mouvements, de prises de parole et d’interventions même, intensifiant progressivement leur performance, tout en laissant le montage de Félix-Antoine Boutin rythmer et dominer l’expérience.

Le résultat a été à l’image de l’album, magnifique, et tout au long du spectacle, on avait l’impression d’être dans un rêve, voire dans un monde parallèle, dont les personnages tergiversaient entre la fiction et le réel.

Photo: Marc-Étienne Mongrain. Vincent Legault, alias Mille Milles, au piano pendant son spectacle «Vois mes yeux».

Évoquer une histoire d’amour avec l’histoire du cinéma?

Vois mes yeux, dont le titre est aussi celui d’une chanson de l’album de Mille Milles, reprend l’essence même des pièces, des idées et des histoires mises de l’avant dans l’album et dans le single «L’espace intermédiaire».

Evelyne de la Chenelière, sur l’album comme sur scène,  incarne un personnage qui semble vivre une histoire d’amour avec un homme et qui se questionne sur les possibilités de cette relation. Elle lui laisse notamment des messages sur sa boîte vocale.

Dans ses messages, dont les textes sont inspirés de nombreuses références cinématographiques, elle évoque entre autres son rapport au cinéma. Elle incite à ce qu’on adopte une réflexion sur l’imitation que l’on peut faire des images cinématographiques.

Elle se questionne notamment sur l’authenticité avec laquelle on vit nos rapports amoureux et sur la manière dont les films déteignent sur nos paroles et nos gestes. «La fiction est peut-être notre seul moteur pour accéder à l’autre», peut-on lire sur le site web de l’évènement.

Si les textes incitent à une réflexion sur la portée poétique et philosophique du cinéma, la mise en scène du spectacle en fait tout autant.

Le pouvoir du montage et de la mise en scène

Le montage présenté à l’écran pendant le spectacle était un évènement en soi. J’y ai découvert avec plaisir le pouvoir du montage, celui de créer ses propres images à l’aide de collages cinématographiques, d’associations de motifs, de textures, d’époques, de cinémas, de scènes, etc.

Plus encore, le projet de Mille Milles semblait fait pour aboutir sur une scène. En effet, Vincent Legault a affirmé avoir été très inspiré par le théâtre, alors qu’il a commencé à travailler sur la musique d’un projet des finissants du Conservatoire d’art dramatique de Montréal il y a deux ans. Sa démarche l’a mené à s’intéresser à Réjean Ducharme,  duquel il a emprunté le nom «Mille Milles», inspiré du roman Le nez qui voque.

Désireux de poursuivre sa recherche de création inspirée du théâtre et de la multidisciplinarité, c’est la raison pour laquelle Vincent Legault s’est entouré de ses deux complices.

En somme, un très beau spectacle a résulté de la collaboration entre ces trois artistes. C’est à la fois un hommage au cinéma et un essai littéraire, cinématographique et musical.

Vois mes yeux  a été présenté à six reprises au Ausgang Plaza les 24 et 25 septembre , dans le cadre du Festival International de la Littérature (FIL). Ne ratez pas votre chance s’il est présenté à nouveau sur une scène près de chez vous!

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