«BEEF» de Dayne Simard au Théâtre Premier Acte | Bible urbaine

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«BEEF» de Dayne Simard au Théâtre Premier Acte

«BEEF» de Dayne Simard au Théâtre Premier Acte

Plongée dans la fange des idées rétrogrades

Publié le 29 janvier 2019 par Maude Rodrigue

Crédit photo : Cath Langlois Photographe

Les personnages de BEEF évoluent dans un village reculé. Ils ont la conscience étroite, hermétiquement close à toute perspective de changement. Ils érigent l’apparence et la force physique au rang de priorités absolues. Leurs idées arrêtées au sujet de la culture, considérée comme inepte, en mènent très large, annihilant tout ce qui ose s'élever au-dessus du caractère prosaïque de leur existence.

Michel, incarné par Dayne Simard (également auteur de la pièce), tente de pénétrer le milieu fermé du village où il s’installe. Il «étouffait» en ville, allègue-t-il. Quant à Manon (Nathalie Séguin), elle est barmaid au bar du coin. Elle est l’objet de la convoitise de nombreux hommes. Or, à la surprise générale, Michel et Manon s’éprennent l’un de l’autre et décident de joindre leur destinée, suscitant l’incompréhension et l’ire au sein de leur entourage.

BEEF porte sur la résistance qu’opposent certains milieux au changement et à ses incarnations diverses – notamment: l’agriculture biologique à laquelle se consacre le personnage de Michel, de même que ses penchants pour l’art. Ces éléments inusités ne cadreraient pas avec le mode de vie plutôt rustique de la campagne. Comme il le révèle dans le programme de la soirée, Dayne Simard aurait lui-même fait naître un sentiment d’inquiétude chez les membres de son entourage lorsqu’il leur annonçait qu’il souhaitait faire du théâtre : ceux-ci lui demandaient alors s’il craignait d’avoir l’air «fif».

Des propos maculés de sexisme sont d’ailleurs tenus par certains personnages de la pièce, et des clichés peu reluisants y sont reconduits.

Les filles y sont réduites à des pièces de viande, affublées indistinctement du titre de «bé». Les hommes bombent le torse. La légitimité de leur prise de parole tient en la taille de leurs muscles.

Une finale précipitée

L’interprétation des membres de la distribution constitue le principal atout de BEEF: Nancy Bernier est désopilante, elle incarne une femme rustre, réfractaire à la moindre notion de bio. Les irruptions de David Bouchard sur scène sont accueillies comme un vent de fraîcheur, de même que celles d’Elliot Laprise, répugnant en macho prédateur. D’aucuns n’hésiteraient pas à lui accoler le qualificatif de porc, seyant tout spécialement à l’univers du monde agricole. Les amours naissants entre Michel et Manon sont presque émouvants.

Quant au texte de Dayne Simard, on sourit (tristement) en admettant combien certains traits, bien que grossis, collent à la réalité. Le mode de vie agricole pose des exigences très grandes, il peut devenir aliénant. Il laisse conséquemment peu d’espace pour les arts – ou les loisirs en général – dans le quotidien. 

On relève les efforts effectués pour ajouter quelques nuances et conférer un peu d’humanité aux personnages très caractérisés de BEEF. Cette fresque de la vie en village acquière ainsi une certaine finesse, les nuances qu’ajoute l’auteur placent l’auditoire dans de meilleures dispositions afin qu’il adhère à l’histoire par la suite.

De plus, le texte déclenche des rires francs chez les spectateurs-rices, et la pièce interroge à certains égards. Ainsi, qu’est-ce qui préside à cette fermeture qu’affiche certains villages reculés envers le changement? Comment expliquer cette insécurité que ressentent certains-es habitants-es envers la nouveauté? Quel rôle le conformisme joue-t-il dans l’adaptation des personnes aux exigences que pose la vie au sein de petites communautés?

Si la pièce agite les consciences, l’émoi que sème BEEF demeure cependant modeste. L’humour s’envole rarement au-delà du premier degré, et les blagues, bien qu’elles témoignent d’une certaine répartie chez les personnages, sont souvent prévisibles. Toutefois, en ce qui a trait à la fin, c’est plutôt l’inverse que l’on ressent: une chute aussi abrupte désarçonne, d’autant plus qu’elle est provoquée par un personnage apparaissant comme simple d’esprit et dépourvu de désirs ou d’agentivité jusque-là – celui du voisin, incarné par David Bouchard.

En résulte ainsi le sentiment que la fin de la pièce a été quelque peu bâclée – du moins, elle paraît précipitée.

«BEEF» au Théâtre Premier Acte en images

Par Cath Langlois Photographe

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