«Blink» dans une mise en scène de Charles Dauphinais au Théâtre Prospero | Bible urbaine

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«Blink» dans une mise en scène de Charles Dauphinais au Théâtre Prospero

«Blink» dans une mise en scène de Charles Dauphinais au Théâtre Prospero

Observer à l’ère du numérique

Publié le 19 janvier 2017 par Alexandre Provencher

Crédit photo : Laurence Dauphinais

Les questionnements entourant l’émergence des nouvelles technologies de l’information ne datent pas d’hier. La peur d’être vu, d’être épié, ou encore le désir de l’être modifie les rapports humains quant à la technologie. C’est sur cette prémisse que le Théâtre La Bête Humaine (BÉA), avec la pièce Blink, questionne, à sa façon, le rapport à l’Autre. Et il en résulte une pièce intime, comique et légère.

Blink présente deux personnages en marge, voire décalés. En effet, Sophie et Jonas partagent des expériences semblables, des goûts semblables et une vie d’ermite. Entrant en contact via un écran installé chez Jonas, les deux protagonistes se côtoient, se voient, se suivent et s’aiment, à leur manière, mais sans se parler, tout en conservant une distance raisonnable l’un envers l’autre.

Au fil de la pièce, les spectateurs deviennent les témoins privilégiés de ce couple improbable qui cultive un amour uniquement basé sur le regard, sur la vision platonique de l’Autre. Ensemble, ils s’inventent presque un univers parallèle où il leur devient difficile de délimiter la fiction de la réalité, les impressions des émotions, et la communication de l’incommunication. Mais encore faut-il un évènement malheureux pour se ramener sur terre…

La pièce de Phil Porter ne manque pas d’humour et d’intensité, loin de là. On rit, on est ému et on s’attache à ces deux personnages qui possèdent un je-ne-sais-quoi de candide ou de naïf. Cependant, on se questionne beaucoup sur le véritable propos de la pièce. Ce n’est pas toujours clair puisque ce n’est pas assez constant. Les différentes émotions qui habitent les spectateurs éclipsent trop souvent le propos. Puis il faut mentionner que la tombée de la pièce s’avère abrupte.

Après avoir alimenté toute cette attente avant la rencontre réelle et forcée entre Sophie et Jonas, pourquoi la rompre aussi vite?

La véritable force de Blink réside dans l’interprétation de Yannick Chapdelaine – qui signe d’ailleurs la traduction – et d’Olivia Palacci. Ces acteurs jouent avec une véracité et une conviction peu commune. Leur synergie se ressent, et c’est un atout. Ils sont également aidés par une mise en scène simple mais brillante de Charles Dauphinais.

Effectivement, afin de forcer les spectateurs à regarder constamment les acteurs et à se regarder entre eux, l’action se déroule dans divers lieux de la salle intime du Théâtre Prospero. Outre la vingtaine de sièges que comptent les banquettes, des chaises frêles et inconfortables sont installées en demi-lune autour des acteurs qui y sont assis dès l’ouverture de la pièce. Ceux-ci se déplacent et entrent souvent en communication avec les spectateurs de manière à perturber leur rôle de «voyeur».

Ce procédé est franchement pertinent tout en rendant la pièce à la fois contemplative qu’immersive.

La pièce Blink, de Phil Porter, mise en scène par Charles Dauphinais et interprétée par Olivia Palacci et Yannick Chapdelaine, est présentée jusqu’au 4 février 2017 au Théâtre Prospero de Montréal.

L'événement en photos

Par Laurence Dauphinais

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