«Le brasier» de David Paquet en reprise au Théâtre d’Aujourd’hui | Bible urbaine

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«Le brasier» de David Paquet en reprise au Théâtre d’Aujourd’hui

«Le brasier» de David Paquet en reprise au Théâtre d’Aujourd’hui

Glauque en stock

Publié le 13 février 2018 par Pierre-Alexandre Buisson

Crédit photo : Julie Artacho

Divisée en trois vignettes et qualifiée de «drame héréditaire», cette comédie très noire de David Paquet a eu une belle vie. La reprise, amplement justifiée et toujours aussi courue, s’achevait le week-end dernier au Centre du Théâtre d’Aujourd’hui.

Ça commence avec trois sœurs (Claudette, Claudie et Claudine) qui ont toutes, à leur manière, des problèmes psychologiques, qui vont de superficiels à profondément troublants. Elles ont été affectées par une enfance difficile, élevées seules par une mère qui proclamait sans cesse qu’elle aurait dû utiliser un stérilet plutôt que de leur donner naissance. Rien de très joyeux, certes, mais les interprétations délirantes et le texte délicieusement astucieux font en sorte que le spectateur est pendu au bout de son siège, sans savoir à quelle absurdité il aura ensuite droit.

Le deuxième chapitre s’attarde à la romance naissante entre deux écorchés vifs, Carole (Dominique Quesnel) et Clément (Paul Ahmarani), qui ont du mal à communiquer leurs sentiments et qui fonctionnent plutôt mal en société. En conclusion, on a droit au troublant et très intense monologue de Caroline (Kathleen Fortin), une solitaire à la libido très basse qui découvre avec horreur qu’elle est excitée sexuellement par les tueurs en série.

Il y a quelque chose de profondément satisfaisant dans le fait de pouvoir cocher, sur notre bucket list, le fait d’avoir vu Ahmarani interpréter une femme sur scène. Nous l’avons rarement vu dans une forme autre qu’olympienne, mais il se surpasse ici, et on est investi, à le voir, de la nette impression que l’interprétation de ce texte lui procure autant de plaisir qu’il en donne aux spectateurs.

La pièce de Paquet existe depuis presque dix ans, ayant fait ses premiers pas au Jamais Lu, en 2009, alors qu’elle était encore intitulée Le pommier. C’est un objet aussi maîtrisé qu’inattendu. En un peu plus de dix ans de carrière active, l’auteur a développé un souffle singulier, un ton fantaisiste et délirant qui aborde pourtant des sujets très sensibles avec une élégance imperturbable. On touche ici à un large éventail de traumatismes de jeunesse, transmis de génération en génération, comme une tare inéluctable issue d’un cycle impossible à rompre. Aussi improbables et abracadabrantes qu’elles soient, ces petites histoires trouvent leur équivalent dans notre réalité, et le filtre de la comédie à travers lequel elles nous sont présentées n’en atténue pas le pathos.

C’est donc des éclats de rire jaunes et dont on se sent presque coupables que nous tirent les meilleures répliques de la pièce, servies avec conviction par un trio d’interprètes irréprochables dont la joie de retrouver ces personnages tordus était tangible. Advenant une autre reprise dans un futur à court ou moyen terme, on aurait tendance à insister afin que vous preniez part à cette célébration de la laideur de certaines existences, qui sert non seulement à vous conforter dans la vôtre, mais aussi à vous démontrer de façon implacable que les sujets les plus glauques débouchent parfois sur les œuvres les plus fortes.

L'événement en photos

Par Julie Artacho

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