«Britannicus» de Racine au Théâtre du Nouveau Monde | Bible urbaine

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«Britannicus» de Racine au Théâtre du Nouveau Monde

«Britannicus» de Racine au Théâtre du Nouveau Monde

Entre désir charnels et politiques

Publié le 4 avril 2019 par Valérie D'Auteuil

Crédit photo : Yves Renaud

Deuxième tragédie de Racine et sa première à avoir mis en scène l’histoire romaine, Britannicus est montée pour la première fois à Paris en 1669. Son sujet résonne toujours, à travers les siècles, et le défi de Florent Siaud, dont le travail foule les planches du Théâtre du Nouveau Monde pour la première fois, nous propulse dans un univers moderne et sensuel.

Poison, violence et triangle amoureux tragique sont au cœur de cette adaptation du grand classique racinien. On y retrouve Néron, encore jeune, en pleine transformation morale qui le fera passer d’empereur sage à tyran, monstre de trahison et de haine.

Une intrigue trouble

L’intrigue propulse Britannicus, fils de l’empereur Claude et de sa précédente épouse, au centre d’un conflit politique avec son demi-frère Néron. Ce dernier s’étant épris de la fiancée de Britannicus, Junie, il planifie jalousement son emprise sur la femme et sa pérennité en tant qu’empereur. Sa passion subite et sadique pour Junie révèle ainsi sa vraie nature. Si Britannicus avait épousé Junie, une héritière d’Auguste, il aurait ainsi pu réclamer le trône de Néron. Il faut donc agir rapidement.

Le sensuel et cruel Néron, dont la vulnérabilité charnelle est éblouissante, est campé par Francis Ducharme. Le comédien manie à merveille l’alexandrin contraignant et se déplace sur scène tel un serpent: à la fois magnétique et dangereux.

Alors que son sadisme envers la belle Junie (Evelyne Rompré) et le fier Britannicus (Éric Robidoux) est frappant, le spectateur ne peut qu’être attiré par cet être touchant, fragile et réellement authentique. Ses contradictions en font une présence avant tout tragique. Il nous faut également souligner la lubrique et redoutable Agrippine (Sylvie Drapeau) et son emprise totale sur la scène. Chaque réplique lancée par la comédienne est violente, brûlante.

Mise en scène puissante

Les costumes, seyants et tout à fait élégants, donnent aux personnages une puissante prestance et positionnent l’intrigue dans un non-lieu, très loin de ce à quoi il faut s’attendre du classicisme. La musique énergique en ajoute à cette ambiance à mi-chemin entre un palais romain et un gala somptueux.

Un combat psychologique et politique se déploie sur scène alors que les décors hybrides et illuminés font résonner les pensées et les doutes des personnages et rendent l’atmosphère inquiétante. On en sort troublé et avalé par une intrigue qui résonne encore dans le climat politique actuel.

La mise en scène éclatée de Florent Siaud et le jeu des comédiens fait sans doute de ce nouveau Britannicus un classique moderne, et renouvelle cette intrigue vieille de plusieurs siècles, prouvant qu’il faut continuer à rendre hommage aux grands auteurs, comme l’a si bien fait le jeune réalisateur.

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