«Ce que nous avons fait» au Théâtre d'aujourd'hui jusqu'au 17 octobre 2015 | Bible urbaine

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«Ce que nous avons fait» au Théâtre d’aujourd’hui jusqu’au 17 octobre 2015

«Ce que nous avons fait» au Théâtre d’aujourd’hui jusqu’au 17 octobre 2015

Chronique d'une crise annoncée

Publié le 1 octobre 2015 par Marie-Hélène Proulx

Crédit photo : Marilène Bastien

Ce que nous avons fait est avant tout l'histoire d'un public malmené par un thème intolérable. Dès le départ, Sylvie Drapeau remet directement en question la distance rassurante qui la sépare des spectateurs en les défiant: elle se présente comme celle qui refuse d'assumer le rôle de la mère, parce que c'est trop douloureux, parce qu'il s'agit d'un enfermement trop grand pour que ceux qui regardent vivre une famille autour d'un enfant schizophrène puissent y comprendre quelque chose et pour que ceux qui le vivent se sentent moins seuls en l'écoutant.

Elle n’échappe pourtant pas à son attachement pour sa fille, pas plus que les autres membres de la famille, un fils et un père qui subit, avec impuissance, les effets de son besoin d’aider sa fille. Le spectateur ne parvient pas non plus à maintenir une distance. Où fuirait son regard, de toute façon, dans un décor constitué que d’un siège de toilette? C’est là que l’histoire de répète, à quelques nuances près, pour chaque personnage, laissant le spectateur se dépêtrer à travers les règles de cette temporalité un peu particulière.

Mais ce que le public comprend d’emblée est que chaque version entraîne irrémédiablement les proches vers un état de déséquilibre, en menaçant leurs repères et leur raison. Le rythme est trop rapide et trop intense pour que l’intellect du spectateur constate toute la rigueur que Pascal Brullemans a mise à construire ses personnages, à partir d’observations psychiatriques, de témoignages et de conseils d’experts. L’auteur n’en est pas à ses premiers drames d’inspiration biographique et sait mener cet univers clos, au point où le choix entre l’illustration du parcours d’un seul ou de plusieurs n’a plus d’importance: le drame existe par lui-même.

Jusqu’à quel point la jeune Marie-Pier Labrecque parvient-elle à incarner, pour sa part, cet état d’âme complexe? Son interprétation a le mérite indéniable de maintenir son intensité à travers toutes les incohérences de son personnage, sans jamais tomber dans la caricature. La réplique que lui offrent ses parents, Sylvie Drapeau et Robert Lalonde, contribue à maintenir la véracité de l’émotion. La qualité et la sensibilité de Lalonde se démarquent toutefois du lot: elles parviennent non seulement à faire adhérer à ce monde que jamais rien n’allège, mais aident aussi à passer quelques anecdotes de son discours, un peu moins cohérentes avec l’ensemble.

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Cette dynamique du trio doit s’accommoder, en fin de parcours, de l’entrée en scène d’un quatrième personnage, qui vient, à son tour, ébranler considérablement le «quatrième mur» de la fiction, en interrogeant directement le public sur la voie à suivre. Après avoir accompagné ces êtres au plus profond de cet univers obscur, les spectateurs sont prêts à tout, même à cela. Mais était-ce nécessaire? Ce choix évite assurément de devoir tout boucler avec une conclusion à propos d’une réalité où les réponses définitives n’existent pas vraiment.

Si jouer le rôle de la mère n’était visiblement pas facile, jouer le rôle du spectateur ne l’est pas non plus, et cela n’offre pas toutes les réponses. Mais l’expérience sait quand même venir nous chercher et nous convaincre qu’elle vaut la peine d’être partagée.

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