«Coco» de Nathalie Doummar au Théâtre La Licorne de Montréal | Bible urbaine

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«Coco» de Nathalie Doummar au Théâtre La Licorne de Montréal

«Coco» de Nathalie Doummar au Théâtre La Licorne de Montréal

Se fondre dans l'autre

Publié le 28 janvier 2016 par Charlotte Mercille

Crédit photo : Éva-Maude T-Champoux

Mardi soir, Coco, premier texte de Nathalie Doummar, prenait l’affiche à la Petite Licorne. La pièce, qui devait être présentée jusqu’au 20 février 2016, continue d’accumuler les supplémentaires, et pour cause: l’histoire de Coralie, c’est celle de toute une génération de jeunes femmes confrontées aux multiples chamboulements de l’amour. Celui que l'on voue à ses chums de fille, à son amoureux ou à son amoureuse, ou encore à sa famille, mais il y a aussi celui que l'on cultive envers soi-même.

Un mois après la mort de Coralie, quatre jeunes femmes se retrouvent dans le chalet où elles ont passé ensemble leur enfance et leur adolescence. Éplorées, elles parcourent les pages du journal intime de la défunte en quête de mots d’adieux, d’une meilleure compréhension de ce qu’elles représentaient pour elle. À mesure que le journal est épluché, le public (re)visite le passé des filles en compagnie du fantôme de Coco, de leurs démons et de leurs rêves.

L’histoire, imaginée par Nathalie Doummar, a été portée sur scène par Mathieu Quesnel (Débris, Au champ de Mars). Ce dernier offre d’ailleurs un témoignage poignant dans le programme sur son rapport étroit avec les femmes dans sa vie, des aveux plus rares venant de la gent masculine, surtout en prévision d’une pièce dite «de filles». L’environnement intime de la Petite Licorne est tout indiqué pour s’incruster en toute impunité au coeur de la réunion, et Quesnel a su l’utiliser à son plein potentiel.

Les personnages imaginés par Doummar, elle-même campant le rôle de Coralie, sont des véritables caricatures. Parmi les membres du quintette, on retrouve une amie dans l’une, une partie de soi dans l’autre. Les traits de caractère sont exagérés ou presque, de sorte que les contrastes du groupe sont mis en évidence. En résulte le tableau coloré de Katya, une hippie enragée qui se chicane avec sa sœur Maggy, digne héritière de l’hilarante Samantha de Sex and the City, de Coco, la belle fleur bleue convoitée par Simone, l’artiste introvertie et de Viviane, l’hypocondriaque qui s’excuse constamment.

De la sexualité précoce à l’asexualité, du romantisme à l’infidélité, en passant par l’homosexualité, la solitude, l’image corporelle et le rêve de la maternité, l’auteur aborde des sujets préoccupant les femmes d’aujourd’hui dans une langue franche. Entre les souvenirs et la lecture du journal de Coralie, plusieurs soliloques saisissants appuient le propos de la pièce, plus particulièrement ceux de Katya (Kim Depatis), dont une variation sur le thème du désir torturant de plaire.

Les sentiments de Simone pour Coralie constituent aussi l’un des points forts de la pièce. Durant toutes ces années, elle l’aime dans un désintérêt meublé de silences et de regards criant d’émotions. Lorsque Coralie leur apprend son cancer, Simone préfère le magnifique morceau «Fade Into You » de Mazzy Star aux mots, et alors que cette même Coralie s’émerveille du fait que Simone soit allée à Québec, pour elle, cette dernière rétorque le plus naturellement du monde: «Je serais allée au Yémen, man». On ne peut s’empêcher de s’attacher à ce personnage habilement interprété par Sarah Laurendeau en très peu de répliques.

Coco a auparavant été présenté en lecture publique à Zone Homa et au Cabaret du Mile-End en 2014. Le succès public était si évident que Nathalie Doummar a décidé d’aller jusqu’au bout de son projet sur les planches du Théâtre La Licorne, avec l’aide de Mathieu Quesnel qui a déjà deux productions de La Manufacture à son actif.

Après nous avoir invités dans le salon de leurs souvenirs, les filles de Coco nous font rire et pleurer durant une centaine de minutes si vite passées. La pièce mérite d’être vue par les jeunes femmes (et les hommes!) parce qu’elle ramène au sens profond d’être, de devenir et d’aimer une femme. Cette même force qui rend création universelle à travers une grande palette de vécus. Bref, c’est l’histoire de ma gang de filles, de votre gang de filles, de la gang de votre blonde, de votre fille, c’est une touchante apologie au féminin.

«Coco» est une production du Théâtre Osmose en collaboration avec Lez Spread the Word et en codiffusion avec La Manufacture. La pièce est présentée à la Petite Licorne jusqu’au 20 février 2016.

L'événement en photos

Par Éva-Maude T-Champoux

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