«Coriolan» de Shakespeare au TNM | Bible urbaine

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«Coriolan» de Shakespeare au TNM

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La prouesse scénique de Robert Lepage: entre théâtre et cinéma

Publié le 22 janvier 2019 par Véronique Bossé

Crédit photo : Yves Renaud

En ce samedi soir de janvier, rien ne laissait sentir la tempête qui se préparait et le froid mordant qui courait au dehors une fois à l'intérieur du Théâtre du Nouveau Monde. Probablement que le duo Shakespeare-Lepage y était pour quelque chose. L'adaptation de l'oeuvre de William Shakespeare, Coriolan, par le metteur en scène Robert Lepage, avait déjà fait parler d'elle lors de sa présentation au Festival de Stratford en Ontario l'été dernier. Contrairement aux deux derniers spectacles que celui-ci a mis en scène, soit SLÀV et Kanata, cette fois-ci les critiques étaient unanimes. L'anticipation des spectateurs était réelle dans l'attente du début du spectacle.

La pièce de William Shakespeare

Coriolan, pièce créée en 1607, est certainement la tragédie la plus complexe et la plus politique écrite par Shakespeare. Elle relate la vie du Romain Caius Martius, un guerrier fort et admiré faisant partie d’une classe sociale aisée et supérieure, et qui méprise profondément le peuple. Ce dernier sort triomphant de la bataille contre les Volsques dans la ville voisine de Rome, Corioles, qu’il écrase à lui seul, ce qui lui vaut le surnom de Coriolan.

Les hommes politiques et militaires de Rome, qui l’ont accueilli en héros à son retour de guerre, souhaitent le voir élu à la tête de la ville. Deux représentants du peuple au Sénat craignent plutôt la venue d’un futur dictateur au pouvoir, connaissant tous deux le véritable opinion de Coriolan sur ceux qu’il devra diriger.

Grâce à une ruse bien orchestrée, les tribuns réussissent à faire éclater la colère du guerrier impétueux devant tous et celui-ci est banni de sa terre natale. Il se rend alors chez les Volsques et s’allie à son ennemi juré Aufidius (une représentation miroir de Coriolan, une sorte de frère ennemi comme on en retrouve souvent dans les pièces de Shakespeare) pour attaquer Rome et se venger.

Cette pièce relate plusieurs enjeux sociaux toujours d’actualité: l’émancipation du peuple, la démocratie contre la tyrannie, la lutte des classes sociales et les comportements douteux des chefs politiques qui nous gouvernent.

Coriolan est le héros absolu qui refuse de jouer la comédie du pouvoir. C’est au moment où il accepte de diluer ses propos et tente d’unir les deux cités qu’il trouve la mort.

La vision de Robert Lepage

Robert Lepage signe ici une adaptation scénique d’un savoir-faire technique impressionnant. Dès le prologue, alors que le buste en pierre de Coriolan s’adresse au public, le pont entre la Rome antique et notre époque se crée dans une fluidité qui donne le ton. Tout au long de la pièce, les fondus entre les tableaux ne laissent aucun temps mort. C’est comme assister à un film produit en temps réel. Parsemé de techniques cinématographiques bien précises telles que des gros plans, des décors projetés hyper réalistes, un générique de début et des fondus enchainés, le spectacle d’une durée de 2 h 50 minutes ne s’étire jamais en longueur.

Certaines scènes sont particulièrement efficaces. Les boîtes coulissantes de toiles de projection qui s’ouvrent sur des appartements, la conversation de textos entre les gardes frontaliers des deux villes, ou encore la scène d’ouverture de l’acte IV avec la voiture sous l’orage, ces moments sont réussis et redonnent ses lettres de noblesse au célèbre metteur en scène.

L’adaptation de Michel Garneau est fidèle à l’esprit du texte original, laissant l’espace nécessaire pour l’interprétation des comédiens. D’ailleurs, le jeu d’Alexandre Goyette est crédible. Ce rôle de guerrier intransigeant lui va à merveille. La grandeur d’Anne-Marie Cadieux, dans le rôle de la mère de Coriolan, Volumnia, est indiscutable et d’une maîtrise totale.

C’est le duo Aufidius, interprété par Reda Guerinik de façon très juste, et Coriolan, qui déçoit un peu. Ces deux ennemis, qu’on pourrait imaginer amants à certains moments, ne transmettent pas de façon aussi puissante la dynamique du texte shakespearien. C’est probablement l’une des raisons qui donne à la scène finale un détachement émotif étrange… Le complot n’existe pas vraiment, alors que dans la pièce de Shakespeare c’est un assassinat assumé; ici, on laisse planer le geste impulsif comme motif du meurtre.

La beauté de cette finale réside dans l’opposition: la haine ou l’admiration, l’emportement ou la contenance, la sécurité ou la liberté. L’adaptation de Lepage n’exploite pas cet aspect suffisamment ce qui nous laisse, malgré toute la beauté scénique déployée devant nous, un désintéressement face au sort du héros.

On applaudit la prouesse technique et le jeu des acteurs, mais l’histoire de Coriolan mérite encore d’être lue pour être comprise sous toutes ses coutures et, alors, appréciée à sa juste valeur.

«Coriolan» de Shakespeare en images

Par Yves Renaud

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