«Corps célestes» de Dany Boudreault au Centre du Théâtre d’Aujourd’hui | Bible urbaine

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«Corps célestes» de Dany Boudreault au Centre du Théâtre d’Aujourd’hui

«Corps célestes» de Dany Boudreault au Centre du Théâtre d’Aujourd’hui

Une exploration nébuleuse du désir et de ses limites morales

Publié le 27 janvier 2020 par Virginie Chauvette

Crédit photo : Valérie Remise

Corps célestes prenait place cette semaine sur la scène principale du Centre du Théâtre d’Aujourd’hui. Dans cette création, Dany Boudreault, auteur de la pièce, aborde la sexualité en parcourant ses frontières, le tout dans une mise en scène d'Édith Patenaude. Avec une magnifique distribution et des thématiques qui avaient piqué ma curiosité, j’anticipais une œuvre innovante à travers laquelle tout le monde allait pouvoir se reconnaître. Au final, non. Ça ne se veut pas un reflet de la réalité. Du moins, si c’en est un, il est assez flou.

Confrontés à la liberté

La pièce commence dans le noir total. Pendant quelques minutes, le spectateur est contraint de se concentrer sur la voix d’Hélène (ou Lili, dans le cadre de son travail), décrivant en voix off le film pornographique qu’elle est en train de réaliser. Les lumières s’ouvrent ensuite tranquillement, puis l’histoire débute officiellement avec l’appel que reçoit Hélène, forcée de retourner à la maison familiale pour passer du temps auprès de sa mère, paralysée.

Après quinze ans d’absence, la présence d’Hélène (Julie Le Breton) secouera la famille. La femme forte, assumée et accomplie qu’elle est viendra ébranler chacun des protagonistes.

Anita (Louise Laprade), la mère, malgré sa paralysie et son mutisme presque constant, fera sentir son désir que sa fille reste parmi eux. Florence (Evelyne Rompré), au premier abord dégoûtée par le métier de sa sœur, s’avouera finalement envieuse de sa liberté et de son émancipation. James (Brett Donahue), conjoint de Florence, sera replongé en arrière et confronté au sentiment de nostalgie face à la perte d’une sexualité vibrante telle qu’il l’avait déjà expérimentée avec Hélène. Celle-ci fera aussi connaissance de son neveu Isaac (Gabriel Favreau).

Le jeune adolescent, bouillonnant de questionnements, de pulsions et d’une forte envie de repousser les limites, se verra complètement fasciné par sa rencontre avec Hélène, dont il ne pourra plus se passer.

L’entièreté de la pièce est constituée d’allers-retours entre des scènes de groupe et de différents duos entre Hélène et chacun des membres de sa famille. Les changements de scène sont d’ailleurs habilement soutenus par une configuration de rideaux, que les acteurs tirent çà et là, créant ainsi de nouvelles délimitations. Autrement, la scène est pratiquement vide.

Crédit photo : Valérie Remise

Photo: Valérie Remise


Un lot de décisions singulières

Une multitude de choix faits par l’équipe de création m’ont forcée à me questionner tout au long du spectacle.

Corps célestes, à mi-chemin entre le réel et le fictif, nous plonge dans un univers inusité où nous nous retrouvons fréquemment embarrassés devant l’étrangeté qui se produit devant nos yeux.

Personne n’oserait bouger comme bougent les personnages de cette pièce. Personne n’oserait tenir ce genre de propos, par moments complètement décalés, et qui font grimacer d’inconfort. Le spectateur est donc forcé de se questionner sur le monde étrange qui prend vie devant lui. Dans quel but, cependant, cet univers joue-t-il sur les frontières du réalisme? C’est une bonne question.

Il ne faut pas oublier de mentionner que la trame narrative se déroule dans un contexte de guerre du pétrole. Tout au long de la pièce, les personnages craignent de sortir de leur maison et regardent parfois, par la fenêtre, certaines hostilités se dérouler devant leurs yeux. On abordera, malgré tout, que très rarement ce préoccupant et tragique évènement. Tellement rarement qu’on en vient à contester le choix de l’auteur. Il y a assurément une signification! On réussit à saisir une métaphore, un parallèle avec la guerre que les protagonistes se font contre leurs propres désirs… Mais l’ensemble manque, selon moi, de concret.

Certaines autres décisions de l’équipe m’ont laissée perplexe, notamment le langage utilisé par le personnage de Florence. Cette dernière parle avec un fort accent québécois, en prononçant chaque syllabe des mots et en formulant des phrases beaucoup trop soutenues pour le contexte. Pourquoi ce flou au niveau de langage? Pourquoi est-il seulement adopté par ce personnage? J’ai beau y réfléchir, je n’en ai honnêtement aucune idée.

Il y a aussi le personnage d’Isaac, à la curiosité envahissante, que nous sommes d’abord surpris de voir apparaître, puis devant lequel on devient finalement presque agacé par son intensité excessive. Il ne cesse de ramper, de se tortiller et d’être constamment à la recherche de sensations de plus en plus grandes. On comprend la signification derrière cette interprétation, mais beaucoup moins la raison de ce manque énorme de cohésion avec le reste des personnages.

Crédit photo : Valérie Remise

Photo  Valérie Remise

Je n’ai toutefois absolument rien à reprocher aux acteurs, qui livrent ici à merveille ce qui leur a été demandé. Bravo, aussi, à l’audace des créateurs, qui ont désiré aborder la sexualité sous un angle nouveau et qui ont réussi à donner vie à certains moments visuellement magnifiques et puissants.

Cependant, l’univers chargé, flou et hétéroclite, ainsi que les nombreux choix déconcertants qui ont été faits, au niveau du texte comme au niveau de la direction des acteurs, m’ont laissée dubitative, et au final, ne m’auront ni particulièrement touchée ni fait rire ou même réfléchir.

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