«Dans la peau de...» Michel Nadeau, directeur artistique du Théâtre La Bordée | Bible urbaine

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«Dans la peau de…» Michel Nadeau, directeur artistique du Théâtre La Bordée

«Dans la peau de…» Michel Nadeau, directeur artistique du Théâtre La Bordée

Notre mandat originel, c'est d’être un théâtre populaire

Publié le 23 août 2019 par Mathilde Recly

Crédit photo : Vincent Champoux

Chaque semaine, tous les vendredis, Bible urbaine pose 5 questions à un artiste ou à un artisan de la culture afin d’en connaître un peu plus sur la personne interviewée et de permettre au lecteur d’être dans sa peau, l’espace d’un instant. Cette semaine, nous avons interviewé Michel Nadeau, auteur, metteur en scène et directeur artistique de La Bordée, pour jaser de sa passion, de ses défis quotidiens et de son spectacle Lentement la beauté, qui ouvrira la saison 2019-2020 du 17 septembre au 12 octobre.

Michel, tu es directeur artistique du Théâtre La Bordée depuis maintenant trois ans. Quel a été ton parcours en lien avec le théâtre et la création artistique, de la découverte de ta passion à aujourd’hui?

«Le déclic s’est fait quand j’avais quinze ans et que j’étais étudiant au Collège de Lévis. C’était un collège avec une très forte tradition théâtrale où notre professeur Jacques Lessard nous donnait des cours d’initiation à l’art dramatique; on faisait un peu d’improvisation, c’était la belle époque de la création collective! J’ai alors eu le goût pour être sur les planches et pour faire rire!»

«Après trois-quatre ans d’enseignement théâtral au secondaire et au cégep, j’ai eu la piqûre pour m’inscrire au Conservatoire de musique et d’art dramatique du Québec. Puis j’ai fait partie de l’équipe fondatrice du Théâtre Repère, avant de partir à Paris, où j’ai suivi les cours de l’École internationale de théâtre Jacques Lecoq entre 1983 et 1985.»

«À mon retour à Québec, j’ai alors rejoint les rangs du Théâtre Niveau Parking, à une époque où on avait des metteurs en scène comme Claude Poissant, René Richard Cyr et Robert Lepage qui s’installaient! J’ai fait beaucoup de textes et de créations collectives. Tranquillement, on a monté des créations que j’ai écrites, on a aussi eu envie de monter des dramaturgies contemporaines étrangères.»

«J’ai également touché à l’enseignement au Conservatoire dans les années 1980, tout en assurant la direction artistique du Théâtre Niveau Parking, de 1987 à 2016. Et, il y a trois ans, j’ai eu le goût de relever de nouveaux défis quand Jacques Leblanc, ex-directeur artistique du Théâtre La Bordée, a quitté l’équipe pour joindre celle du Conservatoire. J’avais envie de travailler dans un théâtre à saisons et de m’essayer là-dedans, d’imprimer ma marque dans la programmation, d’explorer la façon d’insérer un théâtre dans une ville et dans un écosystème plus remplis. Alors, je me suis lancé!»

Peux-tu expliquer à nos lecteurs en quoi consiste ton métier et à quoi ressemble une «journée type» de directeur artistique d’un théâtre?

«Le directeur artistique, c’est celui qui donne la direction du théâtre. Le mandat originel de La Bordée, c’est d’être un théâtre populaire. Cela a pris différentes formes selon les directeurs artistiques. Pour moi, cela signifie être un théâtre engagé, citoyen et près de la population. Dans le quartier Saint-Roch de la Basse-Ville de Québec, où nous sommes situés, ce n’est pas la même population qu’à Montcalm, par exemple. Ça doit vouloir dire quelque chose dans la programmation, dans l’accueil du public. Je cherche à nous enraciner ici et dans la programmation.»

«Cela doit aussi se sentir dans le cadre où nous produisons nos spectacles et nos activités. Ces deux dernières années, on a joué dans un CHSLD pour les personnes âgées. On fait aussi beaucoup de médiation culturelle, parce qu’il y a une forte population immigrante qui ne vient pas au théâtre; soit pour des raisons financières, soit culturelles. Donc, on cherche à faire le pont entre certaines communautés culturelles et des groupes à vocation communautaire qui cherchent à les intégrer, à aider leur francisation et leur alphabétisation. De notre côté, on invite ces gens à venir voir des spectacles et à rencontrer les acteurs après.»

«Je choisis aussi les pièces qui vont être programmées dans les années à venir et les metteurs en scène chaque saison. Avec eux, on discute ensemble des concepteurs, de la distribution des acteurs… Sur un plan plus technique, je contribue à la gestion du budget. Je suis les réunions de conception des cinq productions annuelles avec les concepteurs et les metteurs en scène, pour interroger, pour regarder. Je suis le premier spectateur de ces spectacles! Je pose des questions, je donne des commentaires sur ce qui me semble pertinent ou non.»

«Avec le directeur administratif Bruno Brochu, je m’occupe également de la gestion du personnel. On trouve ensemble des activités pour souder l’équipe, pour trouver des mandats. On va voir d’autres spectacles, on découvre des artistes de la relève. On y est d’ailleurs très sensibles et on fait des ponts avec de jeunes auteurs et de jeunes metteurs en scène. À côté, on travaille sur la prospection, les demandes de subventions, la recherche de partenariats…»

«Lentement la beauté», en coproduction avec Théâtre Niveau Parking, présentée du 17 septembre au 12 octobre 2019

Dès le 17 septembre prochain, le spectacle Lentement la beauté – dont tu es l’auteur et le metteur en scène – sera présenté à La Bordée: peux-tu nous résumer brièvement et dans tes propres mots l’histoire, ainsi que le.s message.s que tu as voulu véhiculer au sein de ce texte?

«C’est l’histoire d’un homme qui est dans la fin quarantaine. C’est un fonctionnaire, un gestionnaire qui, dans sa carrière, est arrivé à un plateau. Il n’aura plus de nouveaux défis jusqu’à la retraite, ses enfants n’ont plus besoin de lui et sont devenus autonomes, sa femme travaille; donc plus personne n’a besoin de lui et il y a une sorte de vide qui s’installe en lui.»

«Un jour, il gagne une paire de billets pour voir Les trois sœurs de Tchekhov au théâtre. Dans cette pièce, les trois protagonistes rêvent de retourner à Moscou et de retrouver leur enfance sans jamais y arriver: cela met en mot son malaise et définit le trouble qu’il a. Il comprend alors la crise de sens qu’il ressent; il s’interroge sur tous les aspects de sa vie. Pendant le mois que dure la pièce, il retourne la voir plusieurs fois jusqu’à résoudre cette quête de sens et à avoir la prise de conscience dont il a besoin.»

«Cette pièce parle donc de l’importance pour chacun d’avoir un Moscou à soi, d’avoir un objectif vers lequel tendre, et ce, peu importe de quel ordre, pour donner du sens et une direction à sa vie.»

Comment as-tu abordé la direction artistique de la pièce, et quels ont été ton cheminement créatif et ton approche vis-à-vis du travail de mise en scène?

«Le spectacle, en fait, tourne autour de cet homme-là; alors on a voulu le rendre lumineux et éviter les grands éclats, la crise en tant que telle. Tout doit se passer en douceur. Les cinq autres acteurs qui jouent avec lui sont à tour de rôle des personnages de son environnement: ses enfants, son épouse, des anonymes dans la rue ou dans un café, des collègues de travail. Le personnage est comme un caillou pris au fond de la rivière et l’eau coule sur lui; autour, les poissons avancent, et tout tourne autour de lui.»

«Donc, dans la mise en scène et dans la scénographie, il y a quelque chose de très aquatique et de très fluide. L’environnement, les gens, la vie se déplacent autour du personnage principal, jusqu’à ce qu’il se remette en marche et qu’il prenne une autre direction. C’est quelque chose de léger, d’aérien, de choral et de très clair.»

Photo: Vincent Champoux

À plus ou moins long terme, penses-tu que ta mission, ta vision et tes projets éventuels au sein du Théâtre La Bordée vont évoluer et, si oui, de quelle façon?

«Oui, sûrement! Ce que j’aimerais faire davantage dans les années à venir, c’est de m’inspirer du quartier lui-même où on est implanté, des gens qui y ont habité et qui y vivent, des institutions, pour que ces derniers deviennent des sources d’inspiration, des ressources pour des créations à venir.»

«L’exemple que je donne souvent, c’est Michel Tremblay qui a fait du Plateau-Mont-Royal son monde; un cosmos avec des personnages qui ont exprimé sa vision du monde. J’aimerais que, à un moyen ou plus long terme, en s’associant avec des auteurs, des metteurs en scène et des créateurs, la Basse-Ville de Québec devienne une sorte de cosmos pour parler du monde à travers des lieux, des gens, des spécificités du quartier. Il faut trouver les bons sujets, c’est une recherche dans laquelle je suis déjà investi et que je voudrais poursuivre par la suite.»

Pour découvrir nos précédentes chroniques «Dans la peau de…», visitez le www.labibleurbaine.com/Dans+la+peau+de…

*Cet article a été produit en collaboration avec Théâtre La Bordée.

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