«Dans la peau de…» Olivier Ducas et Francis Monty, cofondateurs du Théâtre de la Pire Espèce | Bible urbaine

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«Dans la peau de…» Olivier Ducas et Francis Monty, cofondateurs du Théâtre de la Pire Espèce

«Dans la peau de…» Olivier Ducas et Francis Monty, cofondateurs du Théâtre de la Pire Espèce

Un beau tandem allumé par le théâtre d'objets

Publié le 3 mai 2019 par Mathilde Recly

Crédit photo : Julie Vallée-Léger

Chaque semaine, tous les vendredis, Bible urbaine pose 5 questions à un artiste ou à un artisan de la culture afin d’en connaître un peu plus sur la personne interviewée et de permettre au lecteur d’être dans sa peau, l’espace d’un instant. Cette semaine, nous avons interviewé Olivier Ducas et Francis Monty, cofondateurs du Théâtre de la Pire Espèce, une compagnie créative et engagée dans son milieu!

Olivier et Francis, comment vous êtes-vous chacun découvert une passion pour les arts de la scène et, plus spécifiquement, le théâtre?

O. «Tout petit déjà, je passais des heures à jouer seul dans des films imaginaires, ou plutôt à les tourner. Je reprenais inlassablement et parfois au ralenti (oui oui, je faisais moi-même mes effets!) chaque séquence, chaque plan, jusqu’à ce qu’ils soient parfaits. J’étais acteur, auteur, caméraman et réalisateur à la fois.»

«Les autres me voyaient perdu dans mon monde, chuchoter entre mes dents des répliques de dur à cuire inaudibles; puis soudainement, faire deux pas de côté et m’élancer à plat ventre sur le divan du salon. Le jeu et l’amour de la répétition m’ont mené tout droit au théâtre. Ma propension à remplir toutes les fonctions, elle, m’a guidée vers le théâtre d’objets.»

F. «Ma mère pouvait (trop?) facilement passer d’une émotion à une autre et avait un don inné pour le monologue. Elle m’a tout appris sur l’univers de Michel Tremblay avant même que je ne connaisse son œuvre. Je me suis dit qu’il m’incombait de faire quelque chose avec un tel héritage. Ces heures de soliloque ne pouvaient avoir été proférées pour rien et disparaître dans le désert.»

«Mon père, quant à lui, rafistolait des objets dans le garage, inventait des constructions brinquebalantes, et observait le résultat approximatif de son labeur d’un œil émerveillé. Ajoutons à cela mon intérêt pour la littérature… je crois que cela mène au théâtre d’objets, où les récits empruntent autant aux drames qu’aux textes épiques et où les constructions sont parfois étonnantes.»

Cette année, votre compagnie Théâtre de la Pire Espèce célèbre ses 20 printemps d’existence. Dans quel contexte avez-vous décidé de démarrer ce projet et, avec un peu de recul, vous attendiez-vous à parcourir le chemin que vous avez finalement emprunté depuis?

F. «La compagnie s’est développée autour d’une œuvre marquante: Ubu sur la table. Cette pièce a été créée dans un demi sous-sol et la ruelle attenante. Nous avons travaillé avec des techniques de théâtre d’objets sans savoir que ça existait. Pour tout dire, nous doutions même à certains moments de notre équilibre mental.»

«Il nous aurait alors été difficile de prévoir que ce spectacle serait encore joué vingt ans plus tard après plus de 850 représentations, et que cette œuvre deviendrait la pierre d’assise du développement de la compagnie.»

O. «Ubu sur la table est devenu un incontournable du théâtre d’objets. Nous n’avions certes pas imaginé une telle fortune pour ce spectacle. Et, en toute honnêteté, nous n’avions pas prévu comment l’objet allait jouer un rôle central dans l’écriture de nos spectacles à venir.»

Justement, pour souligner cet anniversaire, vous avez lancé un «Bestiaire d’objets». Pouvez-vous expliquer à nos lecteurs de quoi il s’agit?

O. «Le Bestiaire est une mosaïque virtuelle de courts textes, pimentée d’archives audio et vidéo, qu’on peut découvrir sur le web comme un feuilleton entre février et fin mai 2019. Chaque texte réfère à un objet significatif de la compagnie. C’est une œuvre d’art que nous offrons au public qui nous suit depuis vingt ans, ou qui nous découvre cette année.»

F. «Le bestiaire rassemble plusieurs points de vue sur une théâtralité bien spécifique: le théâtre d’objets. C’est un regard cubique sur un outil polymorphe, illustré par les linogravures magnifiques de Julie Vallée-Léger.»

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Crédit photo: Julien Rouvel

Du 21 au 25 mai prochains, vous présenterez votre nouveau spectacle L’anatomie de l’objet, traité n° 5: l’état des choses au Théâtre Aux Écuries. Pouvez-vous nous en dire plus sur cette «5e conférence de vulgarisation entre la présentation scientifique et le cabaret loufoque»?

F. «Un jour, après une représentation d’Ubu sur la table, un spectateur hilare nous a félicité et nous a affirmé dans le même souffle que le théâtre d’objets, c’est bien sûr très drôle… mais que là se limite son champ d’action. Non? Ce serait difficile de ne pas être drôle, a-t-il dit sans équivoque! Depuis, cette question nous hante…»

«Nous avons réussi plusieurs fois à ne pas être drôle. Mais il est vrai que nous avons aussi parfois échoué. Le cabaret de L’Anatomie de l’objet propose plusieurs tons, différentes façons d’aborder le récit ainsi que des manières différentes de mettre en scène l’objet. Bien sûr, pour éclairer le néophyte du théâtre d’objets, deux animateurs vulgarisateurs patentés nous abreuvent de leurs théories éclairantes ainsi que de moult démonstrations. Nous devrions tous en ressortir un peu plus savants!»

O. «Savants… et sans aucun doute aussi plus amusés! Ceux qui nous connaissent savent combien il est important pour nous de rendre nos recherches et nos œuvres accessibles. Ce cabaret de théâtre d’objets, malgré ses velléités scientifiques annoncées, est une porte d’entrée parfaite vers le foisonnement créatif de la Pire Espèce

«Nous y présentons une variété de courtes formes illustrant l’objet sous toutes ses coutures (ou presque). Et les animateurs – Mathieu Gosselin et Alexandre Leroux – valent à eux seuls le détour!»

Laissons libre cours à l’imagination et à toutes les possibilités! Quelle création un peu farfelue aimeriez-vous réaliser dans le cadre de votre compagnie de théâtre, avec quels autres artistes et artisans du milieu théâtral québécois?

O. «Je rêve de tourner au Québec un spectacle de théâtre d’objets dont le décor tiendrait dans une poussette de course. Ce serait une tournée zéro carbone, puisque je courrais avec mon décor d’une ville à l’autre tandis que mon régisseur ou ma régisseuse me suivrait à vélo avec le matériel technique.»

«Pour réaliser une chose pareille, il me faudrait des partenaires de diffusion dans une quantité phénoménale de villages, question de ne pas me farcir un marathon par jour!»

F. «Plusieurs idées me tenaillent. J’aimerais faire un spectacle d’objets pour l’extérieur. Un spectacle à partir du basketball où se mêlent un travail de percussion (le dribble des ballons amplifiés) et des chassés croisés de récits qui sont révélés par le match en cours.»

«Autre idée: un pan d’histoire du théâtre au Québec selon le point de vue subjectif de Jacques L’Heureux (par exemple) et de sa participation au Nouveau Théâtre Expérimental, pour acteurs et théâtre d’objets.»

Pour en savoir plus sur L’Anatomie de l’objet, traité n°5: l’état des choses, présenté du 21 au 25 mai 2019 au Théâtre Aux Écuries, consultez le site www.auxecuries.com. Pour plus d’information sur le Bestiaire d’objets, suivez le lien www.pire-espece.com/bestiaire. Et pour suivre le Théâtre de la Pire Espèce, visitez leur site www.pire-espece.com. Bonnes découvertes!

Pour découvrir nos précédentes chroniques «Dans la peau de…», visitez le www.labibleurbaine.com/Dans+la+peau+de…

*Cet article a été produit en collaboration avec le Théâtre de la Pire Espèce.

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