«Je disparais» au Théâtre Prospero, dans une mise en scène de Catherine Vidal | Bible urbaine

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«Je disparais» au Théâtre Prospero, dans une mise en scène de Catherine Vidal

«Je disparais» au Théâtre Prospero, dans une mise en scène de Catherine Vidal

Dialogues de l'exil

Publié le 1 octobre 2017 par Pierre-Alexandre Buisson

Crédit photo : Matthew Fournier

Il n’est pas important de savoir dans quel pays se déroule cette histoire. Une femme sans nom décrit sa maison, explique au public ce que celle-ci représente pour elle. Elle imagine une femme captive, dans une pièce, peut-être dans son quartier. Une rumeur gronde et une tragédie se prépare. Il faut fuir. Son amie de longue date vient la rejoindre et elles attendent un mari, une fille. Le temps passe.

Il faut au spectateur un certain temps avant de saisir ce qui se passe ici, et il faut pour cela remercier le romancier et dramaturge Arne Lygre, qui signe ici l’une de ses plus récentes oeuvres. La pièce étonne par ses dialogues principalement descriptifs, qui ne s’égarent guère dans la fantaisie, et qui ne s’embarrassent surtout pas de contexte. Du théâtre froid et clinique, qui ne prend pas sa cible pour un idiot.

On plonge avec effroi dans l’état d’esprit d’une poignée de personnages pénétrés d’une profonde incertitude, prêts à laisser derrière eux toute une vie pour échapper à un destin qui altérerait drastiquement leurs existences et leurs valeurs. Il y a ceux qui partent, et ceux qui restent. Le courage, puis la capitulation. Des moments pétrifiants d’horreur, une tension à laquelle nous sommes rarement confrontés en tant que public. Pendant les grands mouvements politiques et les changements sociaux brusques et drastiques, quel est le poids d’une vie? On perd si facilement la trace d’une existence, et cette horrifique réalité figure parmi les nombreux thèmes de Je disparais.

Le découpage est précis, et la mise en scène de Catherine Vidal est d’une rare maîtrise. Avec le public qui cerne la scène, une impression de claustrophobie s’installe, envahissant le public et les acteurs. La conception sonore hallucinante de justesse de Francis Rossignol achève de parfaire l’ambiance. L’exil, l’horreur brutale d’un changement de régime, le danger omniprésent — tout cela est fort bien rendu et ressenti, davantage qu’expliqué.

Rien de tout cela ne serait possible sans les interprètes d’une justesse disciplinée, avec en tête de liste Marie-France Lambert, dont l’énergie et l’intensité ne faiblissent pas une seule seconde. Un rôle sans doute très exigeant, qui la fait passer par une multitude d’émotions, révélant un registre polyvalent et franchement admirable. Si vous êtes là pour James Hyndman, soyez patients et vous en serez récompensés — sa performance de haut calibre nous révèle un homme rongé par la tragédie, mais capable d’en faire abstraction en un clin d’oeil. Un monstre qui dort au fond de sa poitrine.

Nous saluons ici les têtes pensantes du Prospero, qui font des choix pas toujours faciles, et qui prennent souvent le risque de dérouter leurs habitués. Il faut un flair particulier pour sélectionner des textes de qualité de dramaturges de partout dans le monde, et d’en tirer une programmation cohésive et unie, dont le message demeure universel.

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Par Matthew Fournier

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