«Ennemi public» d’Olivier Choinière au Théâtre d’Aujourd’hui | Bible urbaine

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«Ennemi public» d’Olivier Choinière au Théâtre d’Aujourd’hui

«Ennemi public» d’Olivier Choinière au Théâtre d’Aujourd’hui

La loi de la jungle

Publié le 1 mars 2015 par Alice Côté Dupuis

Crédit photo : Valérie Remise

Ils sont six et ils forment une famille tout ce qu’il y a de plus normale: la matriarche et ses trois enfants sans conjoints, dont deux ont un jeune adolescent qui cherche à fuir ou qui subit la réunion autour de la table, où discussions ennuyantes «d’adultes» se font entendre. Ils sont d’une incroyable banalité et en même temps, ce groupe imaginé et mis en scène par Olivier Choinière dans Ennemi public présenté au Théâtre d’Aujourd’hui est le reflet exact de toute famille vivant au Québec en 2015. Toute. N’importe laquelle. Et comme il n’est pas toujours flatteur de voir son reflet dans un miroir, parfois, il vaut mieux en rire.

France (Muriel Dutil, épatante de vérité et de naturel) reçoit ses enfants (Steve Laplante, Brigitte Lafleur et Frédéric Blanchette, tous d’une justesse impressionnante) pour une banale réunion autour d’un repas. Pendant que le jeune adolescent (Alexis Plante) de l’un évite la table en se réfugiant sur un écran, qu’il soit de télévision ou de téléphone intelligent, la jeune fille de 10 ans du personnage de Brigitte Lafleur (Alexane Jamieson) est encore dans l’âge de vouloir être avec les «grands» et d’écouter ce qu’il se dit. Pauvre elle, elle ne doit rien y comprendre!

C’est que dans cette famille d’érudits où chaque mot est important et dans laquelle on lit du Stendhal et du Hector de Saint-Denys Garneau, chacun veut démontrer tout son savoir et sa supériorité face à l’autre. Le résultat : une conversation de coqs où chacun tente de parler plus fort l’un que l’autre et où personne ne s’écoute véritablement.

Grâce à des clichés et des discours populaires concernant tantôt la tragédie de Lac-Mégantic, tantôt les procès de criminels comme Magnotta ou Guy Turcotte, en passant par l’immigration, la qualité de certains médias – ou de certains journalistes ou chroniqueurs, dont certains bien connus ne manquent pas de se faire écorcher –, le souverainisme ou encore la politique et la religion, les personnages naviguent allègrement entre les sujets, presque comme une revue de l’actualité, sans prendre le temps de reprendre leur souffle.

En tant que spectateur, il faut donc faire des choix, car dans ce chaos orchestré et réglé au quart de tour, à la virgule près, et maîtrisé de main de maître par les comédiens, il est impossible de tout saisir. Alors qu’on joue avec les codes du théâtre en les faisant tous parler en même temps durant une bonne partie de la pièce, il faut souvent décider quelle conversation suivre. Le tout est frappant et confrontant, mais tellement efficace et représentatif de nous, de nos familles, de notre société.

Si beaucoup de prises de position sont senties dans le texte d’Olivier Choinière, il faut dire que tout le monde est critiqué de façon égale, par exemple autant Québecor que Radio-Canada ou Le Devoir. Guy Turcotte est lui aussi autant défendu par Daniel (Blanchette) qui ne le qualifie pas de tueur en série, que condamné par France (Dutil), qui se demande, si deux enfants tués à coups de couteau ne sont pas suffisants, combien ça en prend pour faire une série?

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