Entretien avec Bryan Perro, co-auteur du drame théâtral «Moby Dick» | Bible urbaine

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Entretien avec Bryan Perro, co-auteur du drame théâtral «Moby Dick»

Entretien avec Bryan Perro, co-auteur du drame théâtral «Moby Dick»

Séduit par un méchant défi

Publié le 18 septembre 2015 par Éric Dumais

Crédit photo : Tzara Maud

Avant même que les artisans de Moby Dick soit chapeautés par le metteur en scène Dominic Champagne, c’est Bryan Perro qui a eu l’idée d’adapter pour le théâtre l’œuvre ayant marqué le plus l’héritage laissé par l’Américain Herman Melville. Défi de taille, certes, mais Perro et Champagne ont attaqué de front la bête pour présenter aux spectateurs du Théâtre du Nouveau Monde (TNM), du 22 septembre au 17 octobre prochains, l’un des monuments les plus marquant de la littérature américaine du XIXe siècle.

Celui qui planche déjà sur La fantastique histoire de Frédéric Dion racontée par Bryan Perro, cet athlète québécois de 37 ans qui a traversé l’Antarctique, s’est dit piqué au vif par l’ampleur du travail que représentait l’adaptation théâtrale de Moby Dick: «C’est le méchant défi qui me séduisait là-dedans. En même temps, Moby Dick c’est un coup de cœur pour moi. Je l’ai lu dans la vingtaine, l’époque où je découvrais aussi Le Seigneur des anneaux de Tolkien! J’avais vu tous les films, et 600-700 pages, ça ne me faisait pas peur, donc j’ai foncé et j’ai vécu un voyage fantastique», nous a-t-il avoué, au bout du fil.

Il s’est donc lancé corps et âme dans ce beau projet, dont les balbutiements remontent déjà à 2010, époque où il avait discuté avec Pierre Rousseau, alors directeur artistique du Théâtre Denise-Pelletier. Et pour de nombreuses raisons, le projet a été mis de côté avant d’être récupéré, il y a environ deux ans, par le Théâtre du Nouveau Monde (TNM), qui a décidé de faire appel à Dominic Champagne, pour sa facilité à plonger tête première dans l’épique. Ce dernier a donc travaillé en collaboration avec Bryan Perro pour donner au texte «la densité nécessaire et tout ce travail de réflexion et de profondeur».

Car ce n’est pas chose aisée de remanier et surtout de raccourcir en deux heures, pour les besoins de la scène, l’un des monuments de la littérature d’aventure du XIXe siècle. «La principale difficulté rencontrée a été celle d’essayer à tout prix de ne pas dénaturer l’œuvre, bref de choisir les bons moments à raconter. Il faut savoir emmener l’action au théâtre, et ensuite tout le discours passe dans l’action. Il a d’abord fallu faire un premier travail de découpage pour installer l’histoire», nous a confié l’écrivain de Trois-Rivières, visiblement satisfait et soulagé.

Il y a déjà plus de 160 ans qu’a été écrite la célèbre histoire Moby Dick et il fallait également que le tandem Perro-Champagne récupère au mieux le style et le ton de l’époque. «Le style d’écriture de Melville est riche, c’est très XIXe siècle, un peu complexe aussi; il faut savoir que ce sont les mots qui nous portent dans une histoire, et il avait cette façon de voir le monde, de décrire les choses, avec tout cet usage de champs lexicaux autour de la baleine et du monde de la mer.» Perro avoue sans ambages qu’il y a de nombreux bouts qui auraient pu être coupé de l’histoire originale – à ce sujet il nous avoue, avec un sourire dans la voix, que Melville devait à son époque écrire aux feuillets, ce qui explique bien des choses! – mais en même temps, il pense que l’auteur avait fait de belles découvertes et qu’il avait tout simplement envie de les partager.

Tout comme Dominic Champagne, Bryan Perro croit lui aussi qu’Herman Melville a été un visionnaire, car il a justement su écrire noir sur blanc ce que ses contemporains ne pouvaient tolérer, d’où l’accueil froid qu’a reçu son roman en 1851. «À détruire la nature, à la piller ainsi, un moment donné, la nature se vengera. Et vous allez perdre. L’un des meilleurs exemples est le tsunami qui a ravagé, en 2011, la côte nord-est du Japon. En 14 secondes, l’humanité était effacée. La nature est patiente! D’ailleurs, Moby Dick attend trois fois; elle avertit, lance un premier avertissement, puis brise la baleinière, le capitaine Achab s’obstine à continuer, elle se tanne, elle charge, et le bateau est coulé en trois secondes.»

L’imaginaire de Bryan Perro fourmille d’idées et le Trifluvien ne cache pas ce fantasme qu’il caresse de présenter, un jour, l’œuvre de Riopelle sur scène. En effet, depuis qu’il a visité l’Île-aux-Grues et la maison du défunt peintre québécois, il voit cet univers de couleurs et de formes diverses comme étant un beau prétexte pour poursuivre son exploration d’écriture et de théâtre.

Pour l’heure, vous êtes conviés, chers lecteurs, à prendre part à une chasse à la baleine avec un équipage pas piqué des vers!

La pièce Moby Dick est présentée au Théâtre du Nouveau Monde (TNM) du 22 septembre au 17 octobre 2015. Pour nos lecteurs, vous vous offrons la chance de gagner l’une des deux paires de billets pour la représentation du mardi 26 octobre à 19h30, comprenant une rencontre avec les artisans du spectacle. Pour tenter votre chance, rendez-vous au www.labibleurbaine.com/concours/moby-dick.

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