Entrevue avec Benoît McGinnis, en vedette dans le «Caligula» de René Richard Cyr au TNM | Bible urbaine

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Entrevue avec Benoît McGinnis, en vedette dans le «Caligula» de René Richard Cyr au TNM

Entrevue avec Benoît McGinnis, en vedette dans le «Caligula» de René Richard Cyr au TNM

Trouver l'humain derrière le monstre

Publié le 7 mars 2017 par Alice Côté Dupuis

Crédit photo : Julie Perreault

Ce 14 mars, il débute sa série de représentations dont on a déjà annoncé deux supplémentaires, et, encore, Benoît McGinnis n’en revient pas de la pertinence et du contexte qui rend encore si actuel ce qu’il s’apprête à présenter au public du Théâtre du Nouveau Monde. D’un empereur romain à un président avide de pouvoir, en passant par des terroristes et extrémistes, le Caligula dirigé par René Richard Cyr est étrangement significatif et lourd de sens, tant pour le public qui recevra ses paroles que pour son interprète, que nous avons rencontré en entrevue.

«Caligula ressemble à n’importe quel tyran qui a gouverné. À un moment donné pendant les répétitions, quand est arrivée la tuerie à la mosquée de Québec, je me suis demandé pourquoi on faisait ça. Ça me confronte tellement que tout ça existe en ce moment, qu’on est dans une ère de violence et de gens radicaux qui vont jusqu’au bout de leurs idées, et là je suis en train d’en faire un!», lance Benoît McGinnis à propos de son personnage qui, lui aussi, est allé au bout de ses idées en tuant presque tout le monde autour de lui, le tout dans une lucidité déconcertante, mais qui est encore plus terrifiante.

«Il ne fait pas ça pour avoir le pouvoir; au contraire, il n’en veut même pas du pouvoir! C’est moins Trump qu’on pense à ce niveau-là: Caligula n’est pas quelqu’un qui s’est consciemment dit ‘’Je veux devenir empereur’’. C’est plus sournois, il teste des affaires et il veut faire en sorte que le monde se réveille. Lui a vécu une crise épouvantable qui l’a fait relativiser, et il veut voir ce que ça va prendre aux autres pour se réveiller aussi!» Loin d’excuser les actions de son personnage, le comédien avoue toutefois se reconnaître dans certaines idées et messages transmis par la pièce de Camus qu’il s’apprête à présenter.

C’est majoritairement à cause du traitement très terre-à-terre que le metteur en scène René Richard Cyr et lui ont donné à leur Caligula que McGinnis réussit à passer outre la folie de son personnage. «Il y a une évolution dans le spectacle; on y va quand même dans la démesure et l’excès du pouvoir, mais on le fait de façon plus sourde, on le construit. Je trouve ça intelligent, cette courbe-là», avoue celui qui en faisait une lecture tout autre, au départ. C’est au Cégep Saint-Laurent, en option théâtre, que le jeune acteur a été initié à l’œuvre de Camus, mais «ça ne m’avait pas marqué outre le fait que j’avais reconnu là une écriture, un auteur, mais je ne rêvais pas à tout prix de jouer ça».

C’est bien des années plus tard, en jouant dans Hamlet aux côtés de Marc Béland que ce dernier l’aurait incité à le relire, car il le verrait bien dans le rôle-titre. «J’ai eu peur quand je l’ai lu; j’ai fermé le livre, je me suis dit que ce n’était pas pour moi, pas maintenant. Je trouvais ça intense et sombre, une aspiration à la liberté, à une affaire absolue. Ça prend beaucoup d’espace pour s’attaquer à ça!» Puis, quand vînt un trou dans son horaire où il avait davantage de temps et d’énergie pour s’y plonger, il a pris conscience de la richesse du récit et l’a proposé à René Richard Cyr.

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«Caligula» d’Albert Camus, dans une mise en scène de René Richard Cyr, est présentée du 14 mars au 8 avril 2017

«Au départ, c’était plus égoïste, centré sur ce que moi j’aurais à jouer dans ce grand personnage-là, et c’est au cours des répétitions que j’ai vraiment découvert la richesse de la langue, sa profondeur, et aussi tout le courant existentialiste, tout ce qui est associé à cette époque-là, aussi, aux années 1940, de la gang de Camus et autres. Là, je me rends compte que c’est vraiment magnifique et que c’est dur à faire, aussi, plus que je pensais.»

Bien sûr, le fait de jouer un empereur un peu fou et de prendre part à quasiment l’entièreté des scènes d’une pièce de théâtre est très stimulant pour un acteur et lui permet de s’éclater. Mais les répétitions et les relectures avec René Richard Cyr – qui signe ici sa douzième collaboration en quinze ans avec Benoît McGinnis! – et l’équipe lui ont fait prendre conscience de toute la complexité et l’humanité du personnage, malgré tout.

 

Lisez la suite de l’entrevue avec Benoit McGinnis à la page suivante!

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