Entrevue avec Laurence Dauphinais pour «Des fraises en janvier» au Centre culturel de Joliette | Bible urbaine

Théâtre_Entrevues

Entrevue avec Laurence Dauphinais pour «Des fraises en janvier» au Centre culturel de Joliette

Entrevue avec Laurence Dauphinais pour «Des fraises en janvier» au Centre culturel de Joliette

Réinventer une pièce qui a fait ses preuves

Publié le 4 août 2016 par Alice Côté Dupuis

Crédit photo : Junophoto

Il y a 17 ans maintenant qu’à Carleton, la dramaturge Evelyne de la Chenelière créait Des fraises en janvier, une pièce qui serait traduite en plusieurs langues et jouée un peu partout où, chaque fois, on reconnaîtrait son charme. Véritable chassé-croisé amoureux où fiction et réalité – ou plutôt mensonge et vérité! – se mélangent, la pièce provoque d’importantes réflexions sur les relations humaines et amoureuses, et il n’est pas étonnant qu’après une relecture au Théâtre d’Aujourd’hui en 2002 et chez Duceppe en 2004, le Centre culturel de Joliette se l’approprie à son tour, sous la gouverne du metteur en scène Frédéric Bélanger du Théâtre Advienne que pourra, et désire la pousser plus loin. C’est l’une de ses interprètes, Laurence Dauphinais, qui, en entrevue, nous explique l’adaptation de cette pièce romantique en théâtre musical.

«Les comédiens chantent, mais ce n’est pas une comédie musicale parce qu’il y a très peu de chansons dans le spectacle. Il y a surtout de la musique instrumentale, jouée par les trois musiciens sur scène, et pour les quelques chansons, on ne sent pas que c’est quelque chose qui leur a été imposé, comme dans une comédie musicale où on dit souvent que quand l’acteur n’a plus rien à dire, il chante», nous rassure tout de suite la comédienne Laurence Dauphinais, interprète du personnage de Sophie, lui-même joué à l’origine par son auteure, Evelyne de la Chenelière. «Par exemple, il y a un moment où mon personnage, Sophie, chante avec François, mais on sent que c’est une chanson qu’ils chantent ensemble depuis longtemps

Jean-Philippe Perras, membre du duo musical Gustafson, incarnera ledit François, alors que Stéphane Archambault, qu’on connaît notamment pour son groupe de musique d’inspiration folklorique Mes Aïeux, et Isabelle Blais, qui a navigué entre Caïman Fu, la musique de la pièce théâtrale Midsummer et son projet musical avec son amoureux, Pierre-Luc Brillant, porteront respectivement les souliers de Robert et de Léa. Dauphinais ayant elle-même lancé un EP en solo en 2015 sous l’alias La Dauphine, on n’est pas surpris de constater le choix de distribution pour cette pièce qui comporte une présence musicale «très, très atmosphérique» et dont la comédienne est «très agréablement surprise. C’est fou à quel point la musique vient enrichir et supporter, et puis les chansons sont belles! Elles sont simples, elles sont sincères, et on comprend toujours leur fonction, ça ne fait jamais imposé

C’est à Ludovic Bonnier (Moby Dick, TNM, La mort des Éternels, La Licorne, etc.) qu’a été confié le rôle de créer une musique originale qui accompagnerait le texte d’Evelyne de la Chenelière sans jamais surligner en gros fluo ou illustrer trop grossièrement des éléments de l’histoire. Aux côtés d’Audrey Thériault, qui s’est plutôt occupée des paroles, Bonnier a imaginé des chansons «vraiment originales, même si quelques-unes vont reprendre des petits trucs qu’il y a dans le texte». Suite à des discussions avec le metteur en scène Frédéric Bélanger, le compositeur a décidé «qu’il voulait créer quelque chose de très nord-américain et même américain dans l’univers musical. Sur scène, il y a une contrebasse, un violon, une mandoline, un violoncelle, des guitares; on est vraiment dans les cordes. C’est un univers très folk, dans un côté très nord-américain, un peu grass roots, et ça fait du bien de ne pas être dans le pop, c’est super!»

À un certain moment, il aurait même été question d’intégrer de l’anglais au texte, afin de s’immerger davantage encore dans l’univers américain et «pour justement saluer ces influences-là, mais les acteurs, on s’est vraiment opposés! (rires)». L’adaptation musicale de Des fraises en janvier se contente donc de ses atmosphères musicales et de ses quelques chansons, dont une belle berceuse pour le personnage de Léa et même un thème instrumental récurrent, repris vocalement à un moment avec des onomatopées!

L’illusion du bonheur ou le bonheur de l’illusion

Le reste de l’innovation se trouve certainement dans la mise en scène, car il n’est sans doute pas aisé de représenter les nombreux moments irréels du texte dans lequel, chacun à sa façon et à son tour, enjolive sa vie, s’invente une occupation, un mari, une maison ou encore imagine une scène qui se serait passée autrement et qui l’aurait rendu plus heureux. Car c’est bien là le charme du texte de De la Chenelière, en ce qu’il comporte de réflexions sur le bonheur, le bien-paraître et la recherche de l’approbation extérieure sur nos vies pour être heureux. Il y a bien sûr François, qui «fait son film, alors il écrit et invente des affaires et donc il représente la réalité comme lui aurait voulu qu’elle soit», mais il y a aussi Sophie, qui «va jusqu’à mentir à son amie d’enfance, en lui écrivant une lettre où elle décrit sa vie rêvée et qui nourrit dans sa tête une espèce de monde fantasmagorique: qui sera l’homme parfait pour moi? Quelle sera ma vie?»

«Elle vient me chercher, parce qu’elle est tellement à fleur de peau! C’est quelqu’un qui croit à ‘’Un jour, je vais être heureuse parce que le bonheur va me tomber dessus’’. Et je pense que ça, c’est la maladie de plusieurs personnes. Je pense que beaucoup de gens ne se rendent pas compte que le bonheur ne nous tombe pas dessus», continue d’expliquer Laurence Dauphinais au sujet de son personnage et de la façon dont il est encore très actuel aujourd’hui, car représentatif de beaucoup de gens qui se mettent en scène constamment, notamment sur les réseaux sociaux. De Sophie, l’interprète dit aussi qu’il s’agit d’un «personnage complètement bonbon. Elle est super drôle, elle a des laïus incroyables, et c’est un personnage qui me fait un peu penser à un personnage de bande dessinée, à la limite, dans le sens où elle a trois émotions en deux secondes! C’est vraiment le fun à faire».

«Ça vaut le coût»

Laurence Dauphinais croit malgré tout qu’on voit quand même son personnage «se transformer et se révéler; tous les personnages passent par une belle évolution dans la pièce, et c’est ça, je pense, qui les rend si touchants». Il y a donc de l’espoir pour une fin heureuse dans cette pièce qu’on qualifie de comédie romantique, mais qui se révèle être bien plus que ça. «Les gens connaissent, je pense, ou ont entendu parler de la qualité de ce texte-là, même si c’est une œuvre de jeunesse d’Evelyne de la Chenelière, ça vieillit super bien et c’est magnifique. Et donc en soit, ça, je pense que c’est déjà assez pour piquer la curiosité, et après ça, il faut venir pour la qualité des artisans: les musiciens sont phénoménaux, les acteurs sont super bons, le metteur en scène est vraiment fantastique».

Il faut donc se réserver une soirée d’ici au 27 août 2016 pour se rendre au Cabaret TELUS du Centre culturel de Joliette afin d’assister à cette «mise en scène très dynamique et très active où la musique est le liant de l’univers très abstrait et très fantaisiste créé» de Des fraises en janvier. Alors qu’elle confie que le côté musical ajouté à la pièce, «c’est hallucinant à quel point ça nous énergise, nous les comédiens, et ça donne de la personnalité aux scènes», Dauphinais n’oublie pas les gens, qui «vont sortir de là en ayant passé vraiment une belle soirée. J’en suis pas mal certaine

Et ça continue!

La pièce Des fraises en janvier mise en scène par Frédéric Bélanger sera présentée du 5 au 27 août au Centre culturel de Joliette, et partira par la suite en tournée à travers le Québec, à l’automne. Quant à Laurence Dauphinais, elle tournera au mois d’août dans un film de Noël Mitrani intitulé Elle m’a regardé avant de mourir, un long-métrage très intimiste où elle jouera l’un des rôles principaux, à propos du stress post-traumatique d’un homme (Laurent Lucas) qui est témoin de la mort de l’amie de sa fille et qui s’en sent coupable. Puis, à l’hiver, elle reprendra sa co-création (avec Maxime Charbonneau) Siri, au Théâtre d’Aujourd’hui, après avoir constaté en même temps que tout le monde la grosse mise à niveau du logiciel d’Apple qui pourrait bouleverser toute la pièce…

Elle reprendra aussi cet hiver son rôle dans Cinq visages pour Camille Brunelle de Guillaume Corbeil, dans la même mise en scène de Claude Poissant, mais cette fois-ci en anglais durant trois semaines aux côtés de quatre nouveaux comédiens, au Canadian Stage, puis une semaine en français au Théâtre français de Toronto. Le texte a été adapté et traduit en anglais par Steven McCarthy, avec la collaboration de Corbeil, et toutes les références culturelles qu’il inclut ont aussi été adaptées. «J’ai vraiment hâte de voir comment mon cerveau va séparer les affaires pour être capable d’aller chercher la bonne information au bon moment. Je soupçonne qu’il va y avoir quelques mots dans l’autre langue qui vont ressortir une fois de temps en temps, parce que ça n’a pas de sens! Ça va être tout un exercice!»

Nos recommandations:

Vos commentaires

Revenir au début