«La femme la plus dangereuse du Québec» au Théâtre Denise-Pelletier | Bible urbaine

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«La femme la plus dangereuse du Québec» au Théâtre Denise-Pelletier

«La femme la plus dangereuse du Québec» au Théâtre Denise-Pelletier

Des mots, de la bière et des cigarettes

Publié le 19 octobre 2017 par Pierre-Alexandre Buisson

Crédit photo : Gunther Gamper

Josée Yvon est morte du sida, aveugle et pauvre, en 1994. Elle a laissé derrière elle une œuvre poétique d’une beauté trouble, d’une singularité indiscutable, avec un aspect un peu sordide et, disons-le, carrément trash. Prêtresse du Centre-Sud, compagne de vie de Denis Vanier, ses multiples excentricités ont contribué à développer un mythe immense autour de son personnage, et ce mythe est encore bien vivant aujourd’hui.

Dans La femme la plus dangereuse du Québec, on se retrouve confrontés au fantôme de l’auteure, dont la présence écrasante influence encore beaucoup de poètes. La pièce prend la forme d’un cabaret bien arrosé auquel assistent seulement trois personnes, deux femmes et un homme; Nathalie Claude pourrait être Josée Yvon, et Philippe Cousineau ferait un excellent Denis Vanier, mais jamais on ne nous laisse explicitement entendre qu’ils les incarnent. Ève Pressault, troisième participante à ce threesome verbal, est une femme fascinée par le parcours de l’auteure culte, qui connaît son œuvre par cœur et qui en a presque fait une obsession.

Le point de départ est une question qui lui est posée: «Que dirait-elle à Josée Yvon si elle se retrouvait devant elle?» On plonge dès lors dans les affres de la création, dans des soirées intoxiquées qui ne laissaient pratiquement pas de souvenirs, dans des phases de rédaction intenses qui nécessitaient l’aide de petits comprimés illégaux. Dépresseurs, stimulants, manque de sommeil: une recette dangereuse pour l’humeur.

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C’est à partir des vingt-quatre boîtes pleines de manuscrits et de paperasse souillée, qui se sont retrouvées aux Archives nationales, que Maxime Carbonneau (qui signe aussi la mise en scène), Dany Boudreault et Sophie Cadieux ont conçu cette pièce-fantasme qui est à la fois un party et une oraison funèbre.

Il faut se mettre dans le contexte de l’époque – alors considérés comme faisant partie de «l’avant-garde», les cercles de poésie presque hermétiques étaient vus par le grand public du même œil que le rock n’ roll, comme un milieu peu recommandable – pour comprendre l’isolement dont souffrait Yvon vers la fin de sa vie. Facile d’imaginer l’émoi que provoquait un Denis Vanier, par exemple, avec ses nombreux tatouages et ses cheveux longs, ses titres de recueils inventifs et provocateurs…

Il y a donc beaucoup de la verve de la poète dans ce spectacle, 70% des répliques pour être exact, comme le précise le programme. Il y a des images audacieuses, des mots limites, une œuvre qui refusait d’être scrutée et matée. Le vent de rectitude politique qui souffle sans relâche rendrait l’émergence d’une telle voix particulièrement difficile de nos jours.

L’énergie est au rendez-vous, ainsi que des segments musicaux tonitruants. Le premier, où les personnages chantent des paroles parfois inaudibles, est un peu superflu. Les autres sont stratégiquement placés pour nous permettre d’absorber les mots, sauvages et superbes, qui se succèdent rapidement dans la bouche des acteurs.

Le décor et les costumes d’Odile Gamache sont superbes, jouant parfaitement avec le bleu et le rouge selon les humeurs évoquées. Un simple néon proclame «Josée», et du côté des vêtements, la mode de l’est est au rendez-vous.

Toute l’entreprise est d’ailleurs, en quelque sorte, autant une lettre d’amour à la poète qu’à son quartier, le Centre-Sud, peuplé de personnages colorés et inspirants.

L'événement en photos

Par Gunther Gamper

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