«Des fraises en janvier» dans une mise en scène de Frédéric Bélanger au Centre culturel de Joliette | Bible urbaine

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«Des fraises en janvier» dans une mise en scène de Frédéric Bélanger au Centre culturel de Joliette

«Des fraises en janvier» dans une mise en scène de Frédéric Bélanger au Centre culturel de Joliette

Quand la musique est bonne

Publié le 9 août 2016 par Alice Côté Dupuis

Crédit photo : Julia C. Vona

Elle avait été jouée et rejouée depuis sa création en 1997, Des fraises en janvier, cette pièce signée par Evelyne de la Chenelière. Mais jamais auparavant elle n’avait été jouée de la façon dont Frédéric Bélanger et le Théâtre Advienne que pourra l’ont imaginée pour reprendre vie sur la scène de la salle Rolland-Brunelle du Centre culturel de Joliette: avec un accompagnement musical et chanté directement sur scène, grâce à trois musiciens et une distribution d’acteurs-chanteurs quasi parfaite. C’est Ludovic Bonnier et Audrey Thériault qui ont créé cette ambiance sonore bien dosée et dont cette pièce ne pourrait plus se passer, dorénavant.

Des pièces instrumentales douces et sublimes dans un style folk, et juste bien dosées qui accompagnent et supportent l’action à merveille en allant même jusqu’à faire ressentir les malaises et les répliques qu’un personnage aurait dû éviter en se mettant à fausser ou en effectuant des glissandos vers le bas; Des chansons chantées par les comédiens, qui s’insèrent si bien dans l’univers de De la Chenelière, en conservant le ton et les thèmes du texte, qu’elles ne détonnent pas de l’œuvre et qu’on pourrait même presque croire qu’elles font déjà partie de la pièce; voilà la mesure de la réussite de l’adaptation en théâtre musical de Des fraises en janvier.

Frédéric Bélanger et le Théâtre Advienne que pourra ont définitivement bien saisi l’essence de cette pièce qui joue sur la vérité et le mensonge, sur les clichés de l’amour et des relations humaines, et sur le bien paraître et l’importance du regard extérieur sur soi, ce qui ne semble pas être évident avec cette histoire où Sophie (Laurence Dauphinais) est en quête infinie de l’amour parfait, celui qui lui donnera un enfant et une vie enfin heureuse, où François (Jean-Philippe Perras) travaille dans un café en attendant d’écrire enfin un scénario de film parfait, à l’image de l’histoire d’amour enviable qu’il s’imagine entre Sophie et lui, où Robert (Stéphane Archambault) s’enfonce dans une vie fausse et inventée pour sauver les apparences et où Léa (Isabelle Blais) subit les contrecoups de tous ces gens autour d’elle qui mentent pour bien paraître alors qu’elle est d’une honnêteté presque déconcertante.

Le metteur en scène a ainsi très bien réussi à représenter les flous et les scènes irréelles ou racontées, en conservant sur la scène un personnage extérieur à l’histoire, qui intervient pour poser des questions et faire avancer le récit relaté. Jean-Philippe Perras est d’ailleurs d’une fluidité impressionnante alors qu’il passe de la «réalité» sur scène à un tableau raconté, qui est lui-même souvent imaginé plutôt qu’un retour en arrière. Très drôle, ayant un excellent sens du timing et aussi hyper naturel, le comédien semble être exactement celui qu’il fallait pour agir comme liant à cette pièce.

Laurence Dauphinais, quant à elle, représente très bien l’innocence et la légèreté de son personnage, qui attend que le bonheur lui tombe dessus, alors qu’Isabelle Blais livre définitivement les meilleures performances musicales et vocales. Sa présence, très remarquée même si elle est majoritairement isolée des autres personnages, se révèle sincère et touchante, alors que sa belle voix toute en nuances se déploie de jolie façon lors de deux numéros bien précis, dont l’un où Stéphane Archambault vient la rejoindre pour une très belle scène où les deux danseront et montreront que leurs deux voix s’accordent de magnifique façon.

Toutefois, on sent parfois que les comédiens n’ont pas tout à fait trouvé le ton juste, tanguant souvent entre un français international très littéraire et une langue plus relâchée et naturelle dans la discussion parlée. Malheureusement, tous ont le même problème, à un moment où à un autre, et cela offre des performances plutôt inégales, d’autant plus que le débit est parfois un peu rapide dans la livraison avec empressement de certains dialogues. Ce rythme est néanmoins très représentatif de ces personnages qui ont tant à se dire et dans la tête de qui tout se bouscule. Ces bémols sont donc vite oubliés notamment grâce à la polyvalence des interprètes, qui vont jusqu’à s’accompagner eux-mêmes aux instruments de façon tout à fait naturelle, pour ajouter à l’accompagnement musical de Ludovic Bonnier, Tommy Gauthier et Simon Marion, les trois musiciens sur scène qui se partagent contrebasse, violon, guitare et autres instruments à cordes.

On aime le fait que le personnage de François, qui narre la pièce, va jusqu’à énoncer les didascalies du texte, comme pour assumer totalement la théâtralité, et aussi pour être conséquent avec son personnage de scénariste; on aime aussi les magnifiques éclairages de François Marceau, qui a conçu un mur au fond tapissé de petites ampoules à l’éclairage chaleureux, ainsi qu’une ampoule sur pied qui est utilisée ingénieusement comme pied de micro par les comédiens-chanteurs. On aime que les chansons ne soient pas trop nombreuses, ne créant pas une véritable comédie musicale qui dénature l’œuvre d’Evelyne de la Chenelière, sans pour autant écarter le bel humour qui se trouve dans l’écriture et chercher à contourner les clichés, les scènes d’amour ou la légèreté de certains personnages. Ici, on les a utilisés, plutôt, et on s’en est servi pour créer des scènes drôlement divertissantes.

La grande complicité entre les comédiens donne un spectacle assez fluide où les interactions ne semblent pas forcées, et la mise en scène ingénieuse et très épurée – qui utilise un piano droit presque comme seul accessoire, celui-ci servant de façon évocatrice tantôt de comptoir de café, tantôt de table de cuisine –, aident à créer un spectacle complet qui est à la fois drôle et attendrissant, qui fait réfléchir, qui comprend des acteurs polyvalents et de grand talent, et de la musique douce et belle qui, véritablement, fait toute la différence. «Dans les films, t’enlèves la musique et ils ne valent plus rien», dira Sophie à propos des garçons; il y a trop d’éléments positifs à ce spectacle pour qu’on puisse en dire la même chose, mais disons qu’on a maintenant un excellent exemple de ce que devrait être un théâtre musical.

La pièce «Des fraises en janvier» est écrite par Evelyne de la Chenelière et mise en scène par Frédéric Bélanger. La musique est de Ludovic Bonnier et Audrey Thériault, et elle est présentée à la salle Rolland-Brunelle du Centre culturel de Joliette jusqu’au 3 septembre prochain, avec Stéphane Archambault, Isabelle Blais, Laurence Dauphinais et Jean-Philippe Perras.

L'événement en photos

Par Julia C. Vona

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