«Gamètes» de Rébecca Déraspe au Théâtre la Licorne | Bible urbaine

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«Gamètes» de Rébecca Déraspe au Théâtre la Licorne

«Gamètes» de Rébecca Déraspe au Théâtre la Licorne

Force féminine

Publié le 1 mars 2017 par Sara Thibault

Crédit photo : Jérôme Leclerc

Avec Gamètes, Rébecca Déraspe signe son sixième spectacle pour adultes. La pièce, qui a d’abord été mise en lecture par Sophie Cadieux au Jamais Lu en mai dernier, traite de la solidarité entre femmes et de l’accomplissement au féminin. Avant même le début du spectacle, le groupe Femmes pour l’Équité en Théâtre (FET) s’est d’ailleurs présenté dans le hall du théâtre La Licorne avec des ballons et des sifflets pour souligner l’équipe de création majoritairement féminine de Gamètes, ainsi que pour sensibiliser le public à la disparité entre les hommes et les femmes chez les artistes du théâtre québécois.

La pièce raconte l’histoire de Lou et Aude, deux amies d’enfance dans la trentaine dont l’une vient d’apprendre qu’elle est enceinte d’un enfant trisomique. Cet évènement devient le déclencheur d’un questionnement existentiel sur l’impact de la venue d’un enfant handicapé dans la vie d’Aude, plus précisément sur sa vie professionnelle d’ingénieure civile. En tant que journaliste accomplie et féministe engagée, Lou décourage vivement son ami de garder l’enfant, alors qu’Aude se demande si son désir de garder l’enfant est motivé par un réel désir d’être mère ou pour se prouver à elle-même qu’elle serait capable de vivre avec cette épreuve.

Si le propos de Gamètes est grave et pose des questions fondamentales sur la possibilité des femmes de faire des choix de vie dégagés de toute pression sociale, l’écriture de Rébecca Déraspe use de l’humour pour aborder des sujets comme les standards de beauté, l’angoisse de vieillir, la parentalité ou la compétition féminine. Dominique Leclerc (Aude) et Annie Darisse (Lou) sont franchement drôles dans leurs commentaires pourtant souvent durs ou maladroits. Lou n’hésite pas, par exemple, à surnommer l’enfant que porte Aude «Trisomie Girard-Levasseur» et à la qualifier de «Chinoise blanche un peu grassette». Mais c’est justement cette dureté l’une envers l’autre qui rend la complicité et l’amitié des personnages crédibles.

Comme c’était le cas lorsqu’elle avait dirigé Tu iras la chercher en 2014, la mise en scène de Sophie Cadieux est simple et se consacre entièrement à mettre en valeur la qualité du texte et de l’interprétation. Le décor d’Elen Ewing est composé de panneaux carrés et triangulaires roses et orange clair qui peuvent évoquer différents lieux (salle d’attente d’hôpital, appartement). De même, la musique électronique de Ghislain Poirier s’adapte bien aux différentes ambiances qui cohabitent dans le spectacle. En effet, le déroulement de la soirée chez Lou est entrecoupé de retours en arrière racontant plusieurs évènements marquants de la vie des deux personnages et témoignant de l’évolution de leur relation. Les comédiennes sont ainsi amenées à camper brillamment une trentaine de personnages secondaires, parfois par l’incarnation, d’autres fois par la description.

Pour leur cinquième création, la compagnie Les biches pensives continuent à faire réfléchir en portant des paroles fortes d’auteurs québécois de la relève. En faisant entendre des discours de femmes de tête pour qui la maternité ne va pas de soi, Rébecca Déraspe donne une voix à une partie de la gent féminine rarement représentée sur scène.

L'événement en photos

Par Jérôme Leclerc

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