«Grande écoute» de Larry Tremblay, mise en scène de Claude Poissant, à ESPACE GO | Bible urbaine

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«Grande écoute» de Larry Tremblay, mise en scène de Claude Poissant, à ESPACE GO

«Grande écoute» de Larry Tremblay, mise en scène de Claude Poissant, à ESPACE GO

Auteur en quête de personnage, personnage en quête d’histoire

Publié le 2 mars 2015 par Isabelle Léger

Crédit photo : Gunter Gamper

Roy est un animateur-vedette de télé en déroute (Denis Bernard). Expérimenté, efficace, rodé, il réussit à maintenir la cadence malgré les questionnements qui l’assaillent lorsqu’il se retrouve au bar après le travail. Homme public, dont l’existence passe par la caméra et le regard des autres, il est si conditionné à la superficialité (maquillée en compassion) que même ses doutes se formulent en termes d’image. La nouvelle pièce de Larry Tremblay (Abraham Lincoln va au théâtre, The Dragonfly of Chicoutimi) pose un regard satirique sur l’impératif du divertissement télévisuel. Et sur notre compulsion à nourrir la bête de l’engouement.

Sur une plateforme restreinte et minimaliste servant à la fois de plateau de télé et de salon, centrée sur une scène néanmoins ouverte à pleine grandeur, le personnage vit ses situations sans grande conscience du monde extérieur représenté par tout ce noir autour. Quelques figurants, spectateurs de son talk-show, meublent un peu l’espace vide. Il leur serre la main en arrivant, mais aucune de ses préoccupations ne concerne l’intérêt de son public, il n’est qu’égocentrisme.

Au jeune barman (Jean-Philippe Perras) qui lui sert d’abord de déversoir, puis de fils de remplacement, il explique sa théorie du trou, celui qui perce l’image de toute personne et par lequel les autres peuvent entrevoir ce qui est caché. Le trou doit être petit, car un grand trou, c’est vulgaire. Or, cet animateur n’a qu’une idée en tête lorsqu’il reçoit un invité: élargir le trou jusqu’à le rendre béant. Non seulement il incite les invités à se dévoiler, mais la docilité, voire la volonté avec laquelle ceux-ci obéissent à ses impératifs est dérangeante.

Dans un drame réaliste ordinaire, on pourrait s’attendre à ce que l’alternance entre le Roy public et le Roy privé expose deux facettes et surtout deux comportements bien distincts: d’un côté, le maître de jeu manipulateur, de l’autre, le mari et père meurtri. Dans ce cas-ci, l’alternance construit plutôt le portrait dans la continuité. Les deux sphères se fusionneront lorsque Roy décidera, comme pour admettre sa vacuité, d’avoir son propre fils en entrevue (Alexandre Bergeron).

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