«Hamlet_director’s cut» au Carrefour international de théâtre de Québec | Bible urbaine

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«Hamlet_director’s cut» au Carrefour international de théâtre de Québec

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Le doute incarné par le virtuel

Publié le 5 juin 2018 par Maude Rodrigue

Crédit photo : Benoit Beaupré

Marc Beaupré et François Blouin s'enfoncent dans le labyrinthique Hamlet, non sans une certaine hardiesse. Leur proposition du classique de Shakespeare est épurée et fort audacieuse.

Marc Beaupré incarne à la fois Hamlet et la horde entière de personnages peuplant la plus longue pièce de Shakespeare. La version de la compagnie Terre des hommes, qu’il codirige avec François Blouin, est résolument plus courte que l’originale, durant à peine une heure.

En outre, les créateurs confèrent au classique une forme moderne. Par le truchement d’une captation de mouvements, les gestes – précis, chorégraphiques – de Beaupré sont projetés en direct sur un écran à l’avant de la scène de même qu’à l’arrière, suggérant les contours des différents personnages. Hamlet s’adresse ainsi aux spectres qui se dressent à sa figure. Éventuellement, ceux-ci, autonomes, interagissent entre eux.

La technologie au service de l’idée du doute

Une telle utilisation de la technologie permet de matérialiser le doute qui ronge le personnage d’Hamlet. Celui-ci est fortement ébranlé lorsque les circonstances entourant l’assassinat de son père commis par son oncle lui sont révélées, puis, le «malheur au-delà du malheur», lorsque survient le mariage de sa mère veuve avec le meurtrier de son père.

La notion de virtuel porte ainsi à méditer sur la vraisemblance des évènements. Ceux-ci sont-ils bien réels, concrets, ou ne consistent-ils qu’en les divagations de l’esprit tourmenté d’Hamlet?

L’esprit de la pièce originale respecté

Nul n’est besoin d’être familier d’emblée avec l’œuvre de Shakespeare pour apprécier la courte proposition de Beaupré et Blouin, quoique la connaissance de celle-ci permette d’apprécier les nuances qu’ils ont apportées. Les longueurs que comporte la version originale sont passées à la trappe, et il est légitime de se demander ce qui a présidé au choix des extraits conservés à partir de l’œuvre originale.

Les créateurs ont d’ailleurs jeté leur dévolu sur une traduction réalisée par Jean-Marc Dalpé. Un tel raccourcissement participe-t-il d’une tendance dans laquelle s’inscrit la société – celle raccourcir la durée au cours de laquelle l’attention est mobilisée? L’imprégnation de l’auditoire avec les questionnements qui pétrissent le personnage d’Hamlet survient-elle à l’intérieur d’une période aussi courte?

Or, les efforts des créateurs pour cerner – et respecter – l’essence de l’œuvre sont ostensibles. À ce titre, les doutes qui érodent la raison du prince du Danemark sont exposés et disséqués devant l’auditoire. L’enchevêtrement des silhouettes projetées à l’écran sont le reflet de l’esprit tourmenté d’Hamlet qui tente de se dépêtrer de sa confusion. La folie semble le gagner lorsqu’il vient à soupçonner d’avoir lui-même perpétré l’assassinat de son père. Éventuellement, il met en scène les évènements entourant l’assassinat de son père afin de susciter chez son oncle une réaction qui l’eût trahi et mis fin à sa supercherie. Hamlet sous-pèse, en outre, son désir de poursuivre une existence douloureuse, en contrepoids avec celui de se dérober à sa souffrance en mettant fin à ses jours. 

Un spectacle épuré et d’une beauté foncière

Marc Beaupré, à la fois fauve et gracieux, livre une immense charge sur scène. De l’entrelacs de ses gestes se dégagent une force de même qu’une beauté foncières.

Un tel résultat épuré est sans doute tributaire d’un travail technique colossal abattu en amont. Beaupré se meut à l’intérieur d’un espace bien précis et en suivant une logique particulière. Il constitue d’ailleurs l’unique parcelle de vérité que renferme la pièce, la scénographie étant radicalement dépouillée et reposant presque exclusivement sur les projections résultant de la capture des mouvements. 

L'événement en photos

Par Benoit Beaupré

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