«Hope Town» de Pascale Renaud-Hébert à La Bordée | Bible urbaine

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«Hope Town» de Pascale Renaud-Hébert à La Bordée

«Hope Town» de Pascale Renaud-Hébert à La Bordée

L’indicible désamour filial

Publié le 5 novembre 2019 par Maude Rodrigue

Crédit photo : Nicola-Frank Vachon

Pour une deuxième année consécutive, La Bordée mise sur le talent de l’autrice Pascale Renaud-Hébert, dont la pièce Hope Town tiendra l’affiche jusqu’au 23 novembre. La jeune dramaturge y interroge la nature des liens qui unissent les membres d’une famille, éplorée par la disparition de l’un d’entre eux.

Toute vérité est-elle bonne à dire, ou bien le fonctionnement d’une famille repose-t-il sur le dispositif précaire du mensonge?

La metteure en scène Marie-Hélène Gendreau prolonge ce questionnement déjà entamé dans Le Vrai monde? l’an dernier au Théâtre du Trident. Hope Town raconte la disparition d’Olivier (Olivier Arteau), révulsé par les valeurs véhiculées au sein de sa famille. Force est cependant d’admettre que la pièce échoue à traduire ou à convaincre de l’ampleur des répercussions du départ inopiné de ce jeune homme ainsi que des sentiments inavoués qui l’animent sur ses proches.

Alors que la famille d’Olivier est sans nouvelles de sa part depuis cinq ans, sa sœur Isabelle (Pascale Renaud-Hébert) le retrouve fortuitement aux confins de la vaste Gaspésie, dans un établissement de restauration rapide. Sous le choc, elle interroge les motivations de son frère derrière sa décision de déserter le milieu familial. Olivier invoque vaguement une sorte de désamour, et Isabelle l’exhorte néanmoins à rappliquer auprès des siens.

L’incommunicabilité des sentiments

Manifestement, Renaud-Hébert maîtrise l’art des dialogues. Les répliques de Hope Town suspendent l’auditoire aux lèvres des personnages. Les querelles familiales sont rythmées, tendues, et il tarde aux spectateur.rice.s d’en connaître la résolution.

L’intrigue est portée par des personnages complexes, issu.e.s du réel, semble-t-il. Olivier est ainsi ce jeune homme en proie à un malaise si grand qu’il prend la fuite, dissimulant les indices derrière lui. Quant à Isabelle, elle tente de ménager les sensibilités, maquillant les véritables sentiments de chacun.e et prémunissant ses parents (Jean-Sébastien Ouellette et Nancy Bernier) contre le coup que leur porterait Olivier en exprimant son désamour. En dépit des intentions qui les animent, ils mesurent leur impuissance et leur incompréhension devant les questionnements que vit leur fils.

Il résulte toutefois de certains dialogues une impression de planer à la surface du sentiment humain plutôt que d’oser en sonder les profondeurs. Chacun paraît ronger son frein au lieu de déverser le contenu de ce qu’il ressent, alors que le personnage d’Isabelle, omnipotent, cadre les échanges entre les membres de la famille. À d’autres moments, les membres de la famille se révèlent à court de mots pour rendre compte de ce qu’ils vivent.

En définitive, les échanges échouent à transmettre au public l’étendue du drame au centre duquel se trouve cette famille et il est difficile d’en prendre la pleine mesure, de saisir la gravité de l’évènement de la disparition d’Olivier. Ce qui aurait pu être un atout dans cette pièce – à savoir les nuances, la subtilité dans la composition de certains personnages – acquiert ainsi l’aspect d’un défaut.

Une pièce campée dans le réel

Quant au mobilier du spectacle, il est assez minimaliste, conférant une facture réaliste à la pièce, la situant aussi près que possible des situations telles qu’elles se déroulent dans la vie. La mise en scène ne comporte ainsi que très peu d’artifices, outre un panache ostentatoire qui fait planer une ombre sur les velléités de réconciliation entre Olivier et sa famille.

La connivence entre Renaud-Hébert et Arteau est manifeste, bien que le jeu emphatique, appuyé de celle qui incarne Isabelle tranche avec la nervosité palpable chez le personnage d’Olivier, parcouru de tics. Leurs discussions se déroulent ainsi à des niveaux différents, et révèlent combien le cours de la vie de chacun d’entre eux se déverse dans des sillons parallèles.

Ce rejet des siens constitue-t-il le tabou d’entre les tabous, l’amour filial étant souvent postulé comme naturel, ou encore élevé au rang d’injonction?

Dans Hope Town, le ressentiment et la désertion d’Olivier tarissent la source des mots chez les personnages, incapables ou craintif.ve.s à l’idée d’exprimer le fond de leur pensée. Ce désamour est-il pour autant de l’ordre de l’indicible? Est-il seulement possible d’arriver à mettre en mots les sentiments si singuliers d’Olivier, l’amenant à faire défection vis-à-vis l’ordre familial? L’impression de décalage qu’il éprouve les traduit-elle entièrement?

Ces questionnements comptent parmi ceux que soulève l’écriture de Renaud-Hébert, demeurés ouverts au terme d’une pièce à la résolution ambiguë.

«Hope Town» à La Bordée en images

Par Nicola-Frank Vachon

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