«Hypo» de Nicola-Frank Vachon au Théâtre Périscope | Bible urbaine

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«Hypo» de Nicola-Frank Vachon au Théâtre Périscope

«Hypo» de Nicola-Frank Vachon au Théâtre Périscope

Créer une brèche dans le temps

Publié le 2 mars 2020 par Athéna Whitton-Clément

Crédit photo : David Mendoza Hélaine

Après avoir été présentée au Théâtre Premier Acte lors de sa création en 2017, Hypo fait son retour cette année et traverse la rue pour se rendre au Théâtre Périscope. Maryse Lapierre en signe la mise en scène qui aura été sélectionnée parmi les meilleures au Prix Théâtre 2018. Pendant une semaine encore soufflera dans la grande salle un vent d’Islande, porteur de questionnements philosophiques, intimes et existentiels. Et le charme continuera d’opérer par la simplicité et la bienveillance dont recèle le spectacle.


L’histoire raconte une échappée belle face à la fatalité. Ou du moins une tentative de prendre en main son destin.

La mort s’est présentée à la porte du protagoniste, interprété par le comédien Nicola-Frank Vachon, également auteur de la pièce. Il décide dès lors de s’envoler pour l’Islande et rencontre à bord de l’avion une jeune femme, jouée par Mary-Lee Picknell. Uni.es par leur même langue et réuni.es par le hasard – il s’étaient déjà croisé.es une fois auparavant –, le Québécois et la Québécoise s’adressent la parole sans savoir qu’ils seront amené.es à partager davantage que les quelques mots furtifs et souvent sans réelle portée d’un échange anodin.

Prendre la route

La pièce s’ouvre sur un bref tableau de présentation des trois artistes. Car oui, un autre interprète est de la distribution. Le musicien Philip Larouche intervient avec subtilité, mais avec grande importance. L’image fixe du début se rompt, on circule, de hauts écrans sont tirés comme des rideaux laissant un premier plan de scène suffisamment profond, puis on vient placer quatre chaises au-devant de la scène. On comprend que ce sera mobile, dynamique et ludique.

Pack-sack sur le dos, les deux voyageurs s’installent à bord de l’avion que nous nous figurons. Deux caméras sur piliers les encadrent, et pendant qu’ils entament une première chanson, nous voyons apparaître en projection leur visage et leur regard pensif à travers des hublots qui font encore signe à notre imaginaire. Ils semblent dans un état double, à la fois d’introspection et de contemplation.

Les deux voix s’envolent et, pendant ce temps, nous éprouvons nous-mêmes ce mélange d’appréhension et de détermination, de sérénité et d’excitation, typiques des départs quand nous sommes prêt.es pour l’aventure. Elles s’accordent si bien sur cet air folk qu’elles laissent entrevoir la complicité des deux comédien.nes et posent les possibilités d’une amitié forte entre les deux personnages qui n’ont pourtant pas encore dialogué ensemble.

Nicola-Frank Vachon et Mary-Lee Picknell forment un duo touchant. Les deux tempéraments se complètent parfaitement. Si parfois le jeu du premier apparaît un brin mécanique, son personnage dégage une sensibilité et une résilience qui marquent. La seconde est terriblement attachante. Elle déborde de vitalité tant par sa présence que par sa voix.

Dessiner le lieu

Le sol est terreux, entouré de rochers et de cailloux, comme on pourrait imaginer la scène être le siège d’un feu géant. Les larges écrans blancs disposés en arc de cercle servent de façades d’appui pour les projections et lumières. On y verra des petits bouts de la grande île volcanique et des paysages hallucinants, des vagues absolument renversantes (le moment en question est d’une grande force et sa narration bouleversante).

C’est convaincant et ça donne envie d’y être. Sauf qu’on se rend compte au bout d’un moment que tout le dispositif (chaises, images photos, retransmission vidéo directe, jeux d’ombres, incorporation d’éléments miniatures) travaille certes notre imaginaire mais – et c’est ce qui importe davantage – reflète avant tout notre capacité à créer un lieu.

À cet effet, les déplacements de chaises auraient sans doute pu être assumés tels quels, sans la nécessité de les «danser» ou de les «jouer». Tenter de les justifier ainsi pouvait à quelques reprises frôler la maladresse de vouloir excuser à tout prix un changement à effectuer dans le décor. Par ailleurs, si la forme choisie pour la mise en scène épousait d’abord les lieux du Premier Acte, elle investit adéquatement son nouvel espace au Périscope.

Nous sommes donc ramené.es au monde de l’enfance où il suffit d’un bout de bois pour brandir une épée ou de quelques draps suspendus pour nous construire une maison. Nous pouvons prendre la proposition à la lettre et nous croire en Islande, mais nous sommes assurément libres de nous laisser transporter dans le monde dans lequel nous aspirons voyager.

Une invitation à déposer les armes et les masques

C’est le pacte qu’ont fait les deux protagonistes à l’amorce de leur amitié, soit d’être libres entre eux et envers eux-mêmes. D’être ce qu’ils sont véritablement et de dire franchement les choses. Les questions qu’ils se renvoient comme une balle nous guident de réflexion en réflexion. On peut se demander: vaut-il mieux partir sans attachement ou entouré.e ? Rappelé.es au rang d’humain.es, nous songeons alors à la valeur de rester humbles et solidaires face à l’éphémère.

Offerte comme un temps de pause, Hypo nous ramène toutes et tous sur un socle d’égalité. Entre panique et repos, dans nos quotidiens qui conjuguent complexité et plaisir, peut-être que notre position devrait être celle où l’on regarde la mort avec calme, comme une évidence qu’on ne peut nier.

«HYPO» au Théâtre Périscope en images

Par David Mendoza Hélaine

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