«Je cherche une maison qui vous ressemble» au Théâtre Denise-Pelletier | Bible urbaine

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«Je cherche une maison qui vous ressemble» au Théâtre Denise-Pelletier

«Je cherche une maison qui vous ressemble» au Théâtre Denise-Pelletier

Retourner chez soi

Publié le 13 septembre 2018 par Véronique Bossé

Crédit photo : Marie-Andrée Lemire

Il y a un an environ, j'ai rencontré Marie-Christine Lê-Huu, auteure du spectacle Je cherche une maison qui vous ressemble, et elle m'avait brièvement parlé de ce projet d'écriture, celui de transposer au théâtre l'histoire d'amour entre Pauline Julien et Gérald Godin sous l'impulsion créatrice de Catherine Allard. Notre discussion ne s'est pas attardée sur le spectacle en soit, elle a plutôt déviée vers cette question identitaire qui, depuis des années au Québec, cherche son ancrage dans notre paysage social. Je me rappelle avoir eu l'impression de ne pas réellement connaître Pauline Julien ni Gérald Godin. J'avais entendu leurs noms, je connaissais vaguement le contexte, mais il était clair que d'une génération à l'autre, une transmission de leur ferveur sociale ne s'était pas rendue jusqu'à moi. Cette constatation était difficile à accepter. J'ai eu envie d'écouter la chanteuse, de découvrir la femme et de lire les œuvres de ce député-poète, ce que j'ai fait. Ce spectacle est un bel hommage à ces deux amoureux de notre société québécoise.

Il paraît nécessaire de continuer de partager la parole de gens tels que Pauline Julien et Gérald Godin. Grâce à eux et au mouvement social qu’ils ont initié, nous parlons aujourd’hui le français de façon systématique au travail et dans les commerces. Ça semble acquis et ça fait du bien de se rappeler qu’on s’est battu pour obtenir ce droit. À la veille des élections provinciales, il est essentiel de se rappeler notre histoire pour prendre de nouvelles décisions et choisir ensemble dans quelle direction nous souhaitons aller et pour quelles raisons.

Dans le contexte actuel, alors que les mots «nationalisme», «vote ethnique» et «indépendance» font peur et sont utilisés au service de politiques vides, il est téméraire de présenter un spectacle de théâtre qui les réunit tous. Les comédiens prennent parfois la parole, décrochant de l’histoire vécue par ces personnages plus grands que nature, et ils nous confient leurs propres opinions et doutes.

Ces moments semblent aller à contre sens du choix initial, comme dans une volonté de plaire à tous et de ne pas porter d’étiquette. On sent que le besoin de nuancer s’est fait sentir alors que les parcours des protagonistes qu’on fait revivre n’en contenaient que très peu.

À leur image, il aurait été plus intéressant de laisser le récit de leurs vies parler de lui-même. Celui-ci n’a pas besoin de justification pour être partagé et entendu. Notre histoire commune doit se raviver simplement pour le bien de notre santé collective.

La vie de Pauline et Gérald ne pouvant se résumer à une série de dates, certains sauts dans le temps semblaient plus difficiles à suivre que d’autres. Le personnage de Pauline nous explique que c’est bien selon sa volonté. Elle préfère sa vie en désordre, comme elle préfère agir que d’attendre…

Les mots de Marie-Christine sont beaux et cette manière dont elle redonne vie aux personnages en leur accordant la conscience de leur mort et du mythe qu’ils sont devenus est une ingénieuse façon de les raconter et de réveiller les mémoires. La mise en scène de Benoît Vermeulen est sobre et rend justice au style cabaret de la représentation. On laisse toute la place aux comédiens et à leur interprétation.

Sur ce point, Catherine Allard est d’une ressemblance frappante avec l’icône. Elle l’interprète avec authenticité, mélangeant les mimiques de Pauline Julien à sa gestuelle et chantant comme elle, c’est troublant. Elle brille littéralement dans ce rôle qu’on devine être celui d’une vie. 

Mais réellement, ce ne sont pas là les vraies raisons pour lesquelles ce spectacle doit être vu. Hier soir, assise dans la Salle Fred Barry du Théâtre Denise-Pelletier, j’ai été touchée par une histoire d’amour entre deux personnes, oui, mais principalement par l’histoire d’amour qu’ils avaient pour un idéal commun.

Un idéal que ma langue et ma mémoire génétique reconnaissent. Ça m’a fait le plus grand bien et je me suis sentie chez moi.

L'événement en photos

Par Marie-Andrée Lemire

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