Jean-Philippe Baril-Guérard présente «Capitalisme tardif» au OFFTA à l'Édifice Wilder | Bible urbaine

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Jean-Philippe Baril-Guérard présente «Capitalisme tardif» au OFFTA à l’Édifice Wilder

Jean-Philippe Baril-Guérard présente «Capitalisme tardif» au OFFTA à l’Édifice Wilder

S'enrichir avec la fin du monde

Publié le 28 mai 2019 par Edith Malo

Crédit photo : Nicolas Biaux

Jusqu'où seriez-vous prêt à aller pour de l'argent? C'est la question que nous pose d'entrée de jeu l'auteur et acteur Jean-Philippe Baril Guérard dans sa création en chantier Capitalisme tardif. Vêtu d'un veston classique et bien sapé, l'acteur s'est métamorphosé en entrepreneur et conférencier pour l'occasion. Et puisque la plupart des spectateurs ont déboursé 25 $ pour son billet, Jean-Philippe Baril Guérard leur promet de rentabiliser leur «investissement». Faisant le pari audacieux de démontrer au public comment celui-ci pourrait s'enrichir avec la fin du monde, il s'appuie sur un guide qu'il a lui-même conçu: Survivre à sa traversée. À la manière d'un conférencier, il érige dix leçons comme autant de promesses de réussite que de points saillants à un cours de marketing.

Les changements climatiques actuels et plutôt alarmants laissent entrevoir une fin du monde au cours des prochaines décennies. Et si on exploitait, nous aussi, cette fin du monde inéluctable, pour se maintenir en haut de la pyramide?

Avec l’ironie qu’on lui connaît, Jean-Philippe Baril Guérard relève le défi de confronter le public à ses propres contradictions. Une expérience insidieuse menée avec humour, où chaque spectateur aura en main une copie d’un guide pour réussir cette mission controversée.

Dans ce guide, l’auteur égratigne au passage le concept de libre-arbitre, attestant que la société et l’environnement dans lequel nous évoluons nous définissent. En somme, la plupart ont l’impression de prendre des décisions, mais il s’agirait en fait d’une fausse perception. Or, Baril Guérard vous promet de parvenir à «hacker» votre cerveau pour reprendre les rênes de votre vie.

L’auteur s’adresse régulièrement à son public, lui demandant dans quel domaine il travaille, ou quel est son artiste musical préféré, ou encore ce qui a guidé ses choix professionnels. À notre grande surprise, une spectatrice, qui s’est avérée être bonne joueuse et qui a rapidement compris où l’auteur voulait en venir, lui a répondu exactement ce qu’il voulait entendre. Et quel drôle d’hasard! La chroniqueuse Manal Drissi et son sens de la répartie exacerbé étaient parmi les spectateurs, créant ainsi un moment un peu surréaliste durant la représentation.

Entre ambivalence et inconscience

Tout au long du spectacle, le public était invité à participer activement, devenant par le fait même un membre à part entière de la création. Et on sentait d’ailleurs l’enthousiasme du public qui suivait aveuglément les indications du conférencier. C’est ainsi qu’on nous a demandé de lire en choeur les titres des leçons dans le guide et de les réviser du début à la fin, et ce, chaque fois qu’on en ajoutait une. C’était insupportable, bien que l’on comprenait le désir machiavélique du marketing derrière.

Inculquer un mantra, brainwasher la population à devenir des moutons, tous asservis par l’offre et la demande. Est-ce que le public était conscient de cet aspect sournois, à savoir qu’ils sont utilisés pour incarner des concepts capitalistes? Peut-être à la toute fin, lorsqu’on a senti un renversement des rôles certes habilement mené, mais qui manquait pourtant d’une pointe incisive pour réellement produire un coup d’éclat.

Autre bémol: chaque fois que le public était invité à reprendre en choeur la prononciation des leçons, l’éclairage feutré qui enrobait au départ l’interprète se ravivait. L’intensité lumineuse englobait ainsi tout le public, un peu comme si on jouait avec le tamiseur à la maison: On and Off. Cependant, j’en conviens, la création est en chantier…

Bref, sachant que Baril Guérard s’est à de maintes reprises montré plutôt habile pour faire ressortir le côté vil de l’humain, je lui souhaite un peu plus de déraillement pour arriver à décrocher l’effet qu’il souhaite produire. L’intention et la stratégie sont trop apparentes pour succomber au piège dans lequel il souhaite nous faire tomber: celui de révéler l’humain dans toute sa complexité. Un être asservi par la consommation de masse, les multinationales qui lui soutirent son cash, et cet être naïf qui croit encore en son pouvoir décisionnel objectif et éclairé.

Je crois que l’auteur détient une matière première riche et inépuisable. Je suis curieuse d’en connaître les prochaines moutures, car je l’avoue, l’idée est ingénieuse.

«Capitalisme tardif» de Jean-Philippe Baril-Guérard en images

Par Nicolas Biaux

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