«Le joueur» de Dostoïevski d'après une mise en scène de Gregory Hlady au Théâtre Prospero | Bible urbaine

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«Le joueur» de Dostoïevski d’après une mise en scène de Gregory Hlady au Théâtre Prospero

«Le joueur» de Dostoïevski d’après une mise en scène de Gregory Hlady au Théâtre Prospero

Les jeux sont faits

Publié le 30 janvier 2016 par Sara Thibault

Crédit photo : Matthew Fournier

C’est à une proposition audacieuse que nous convie le metteur en scène Gregory Hlady avec son spectacle Le joueur, dans lequel il reproduit l’onirisme qui caractérise les grandes villes du jeu où le temps semble arrêter son cours. En effet, la ville imaginaire de Roulettenbourg, dans laquelle se déroule la pièce, doit son existence aux touristes qui viennent y miser leur avenir.

Paul Ahmarani est parfait dans le rôle d’Alexeï Ivanovitch, un précepteur sans un sou, pour qui le jeu constitue l’ultime tentative de s’assurer un meilleur destin. Il offre une performance aussi impressionnante que celle qu’il avait livrée il y a quelques années dans L’enclos de l’éléphant d’Étienne Lepage. Danielle Proulx est hilarante dans le rôle de la grand-mère Baboulinka, qui joue tout son argent à la roulette, lapidant ainsi le possible héritage qu’elle aurait pu laisser à sa famille. Elle arrive à nuancer son jeu tout en campant un personnage totalement caricatural. Evelyne Rompré, quoique plutôt effacée par rapport aux autres personnages, charme le public avec son allure digne. Quant à Jon Lachlan Stewart, il est convaincant dans le rôle du mystérieux maître du jeu qui, à coups de prouesses acrobatiques, semble tirer les ficelles du cours de la vie à Roulettenbourg.

Grand complice de Gregory Hlady, Vladimir Kovalchuk assure la conception du décor, des costumes et des éclairages, où règne une dominante de rouge et de noir. C’est une esthétique chargée et fourre-tout qu’a choisi le scénographe. Une roulette géante occupe le plancher de la scène, comme si le destin des personnages dépendait d’un jeu de hasard. Un mur arborant quatre portes trône au centre, permettant tout un jeu d’apparition et de disparition. Quelques œuvres d’art classique sont reproduites sur des panneaux, qui agissent également comme des miroirs selon les éclairages de la pièce.

En haut, un rail permet à un train téléguidé de faire tomber ponctuellement des balles blanches sur la scène et différentes vidéos sont projetées sur la scène. S’ajoutent aussi les titres des chapitres projetés en permanence sur le décor et rappelant les grands épisodes de la pièce. L’idée de créer un décor complexe à la hauteur de la démesure du vice dans lequel s’enlisent les personnages est bonne, mais la scénographie aurait profité d’une plus grande unité pour atteindre la force qui aurait été souhaitée.

Hlady démontre toutefois une bonne connaissance de l’univers de Dostoïevski, qu’il considère comme un de ses auteurs cultes. Le spectacle s’ancre dans un «réalisme magique», ce qui consiste à ajouter à l’environnement scénique à première vue réaliste des éléments perçus comme irrationnels ou surnaturels. C’est principalement dans les ruptures de ton entre les passages très graves du texte, l’ajout de rires forcés incontrôlables et la gestuelle exacerbée des personnages que se manifeste cette inspiration carnavalesque. Malgré le drame quotidien épuisant que vivent les personnages, la pièce s’avère très drôle.

Inspirée en partie de la vie de son auteur, la pièce Le joueur démontre bien que le jeu et l’amour sont presque aussi dévastateurs l’un que l’autre et que jouer à la roulette peut parfois devenir une réelle confession amoureuse. Et pour paraphraser Alexeï Ivanovitch, peu importe la valeur de ce que l’on mise, puisqu’on finit inévitablement par tout perdre.

«Le joueur» sera présenté dans la salle principale du Théâtre Prospero jusqu’au 20 février 2016.

L'événement en photos

Par Matthew Fournier

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