La «Foirée montréalaise» 2019 du Théâtre Urbi et Orbi au Théâtre La Licorne | Bible urbaine

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La «Foirée montréalaise» 2019 du Théâtre Urbi et Orbi au Théâtre La Licorne

La «Foirée montréalaise» 2019 du Théâtre Urbi et Orbi au Théâtre La Licorne

Votre premier party du temps des fêtes

Publié le 10 décembre 2019 par Edith Malo

Crédit photo : Urbi et Orbi

Dès notre entrée dans la salle, nous sommes engloutis par un bain de foule festif. La scène est peuplée d'acteurs et de spectateurs. Nous tentons de nous frayer un chemin à travers cette masse d'individus. Le metteur en scène Martin Desgagné nous salue. Alors qu'il nous invite à déguster un petit gâteau, la comédienne Isabel Dos Santos surgit, plateau à la main, avec les bouchées desserts en question. La frontière entre le quatrième mur et nous n'existe plus, ni avant ni pendant le spectacle. Nous sommes une seule et unique gang à voyager l'espace d'un moment au coeur d'une soirée canadienne. L'instant suivant, cette bande de joyeux lurons nous fait revivre l'ambiance des messes à gogo ou encore les chants grégoriens sur une trame sonore de musique rock. On se remémorera aussi quelques faits historiques, dont ce concert épique d'Offenbach à l'Oratoire St-Joseph, ou bien les folles années où l'on pouvait skier sur le Mont-Royal. Dans un décor convivial teinté de l'esprit des fêtes, le Théâtre Urbi et Orbi et ses musiciens vous convient à sa cinquième édition de La Foirée montréalaise, présentée au Théâtre La Licorne.

Après avoir exploré les arrondissements Saint-Laurent, Sud-Ouest, Montréal-Nord et le Plateau-Mont-Royal, la Foirée montréalaise s’attaque maintenant à l’arrondissement Côte-des-Neiges–Notre-Dame-de-Grâce.

Pascal Contamine est l’hôte de la soirée, multipliant les interactions avec le public. Doté d’un sens de la répartie et de répliques un brin moqueuses, il adresse aux spectateurs une série de questions, telles que: «Qui est né dans le quartier?», «Qui y a étudié?», «Qui s’y est marié?» «Qui y a habité?» Et la proximité opère. Le public participe allègrement, confiant certains pans de sa propre vie.

Tout au long de la soirée, les acteurs effectuent des aller-retour entre le public et la scène. Que ce soit lors du quiz sur le rapport Parent, animé par Pascal Contamine, où les autres acteurs sont dispersés aux quatre coins de la salle. Attitrés à une section du public, ceux-ci agissent en tant qu’arbitres en essayant de gérer les réponses qui fusent de toute part.

Un concept intéressant

L’idée d’exposer les facettes de ce quartier multiculturel en décortiquant son ADN, d’aborder son aspect démographique (160 nations, 110 langues parlées), ses institutions patrimoniales, sa forte concentration d’hôpitaux et d’établissements d’enseignement, puis de fouiller Internet pour trouver des faits insolites, comme un champ de melons près de l’autoroute Décarie, est intéressante.

C’est un bon divertissement en soi, mais un tel spectacle d’une durée de 2 h 30, c’est beaucoup trop long! Certaines anecdotes auraient pu être coupées, car elles n’apportaient rien de substantiel à l’ensemble de l’oeuvre. De plus, prévoir un entracte au milieu d’un spectacle qui ne comporte aucun suspense en soi, ce n’est pas nécessaire.

Certains spectateurs ne sont d’ailleurs pas revenus s’asseoir à leur place, pénalisant les acteurs qui auraient mérité qu’on entende leurs histoires. Je pense notamment aux récits anecdotiques de Joël Nawej et d’Ariel Ifergan.

Les moments forts du spectacle

Joël nous a d’ailleurs raconté son expérience en tant que nouvel arrivant venu de la République démocratique du Congo. Entassé avec sa famille dans un logement de la rue Darlington, son jeu préféré avec son frère était d’écraser des coquerelles.

Quant à Ariel Ifergan, il a réussi à nous embarquer dans une histoire pas possible, tirée par les cheveux, un conte dont le dénouement se termine en véritable suspense! Il faut dire qu’il maîtrise l’art du conte, truffant son histoire d’éléments en apparence si farfelus et invraisemblables, qu’on arrive à douter et à croire à la fois à toutes ces incongruités si captivantes!

En effet, en manquant de se faire dévorer par un chien, il fait une rencontre impromptue qui se solde en partage de joint, mais sur une promesse également… L’acteur a reçu une salve d’applaudissements pour sa performance!

Souligner la mémoire collective

L’ambiance enlevante s’est dissipée, laissant la place à quelques moments de réflexion et d’intimité. Les acteurs ont partagé des anecdotes ou ont fait revivre des souvenirs ancrés dans la mémoire collective, tels que la tragédie survenue à la Polytechnique.

C’est Julie Renault-Roy qui s’est le plus démarquée avec ce segment. Elle nous a livré un texte de son cru derrière son piano. Ce moment d’une grande poésie, à la fois bouleversant et énergisant, s’est avéré rassembleur, et l’émotion était bien dosée. On ne cherchait pas à nous faire larmoyer, mais on nous a touchés assurément!

Une expérience hors du commun, mais certaines lacunes

En somme, l’expérience est «déboussolante», et ce, dès notre arrivée en salle. Pour ma part, c’était ma toute première édition de la Foirée montréalaise. En fouillant les archives des éditions précédentes du spectacle, le choix des acteurs, pour ma part, me semblait un gage de succès. Toutefois, dans cette édition-ci, le jeu inégal de certains – quelques-uns d’entre eux semblent plus amateurs que d’autres – a freiné mon plaisir à quelques moments.

Les déplacements des acteurs semblaient en effet calculés et manquaient de ligne directrice; lorsqu’ils ne parlent pas, ils se fondent dans le décor. Mais la minute qui précède leur prise de parole, ils s’agitent. Le regard du spectateur a tendance à tergiverser vers l’acteur en question, parce qu’on le voit soudain s’animer fébrilement dans l’ombre. Ça manque un peu de subtilité et de finesse.

Bon, en même temps, divertir pendant 2 h 30 un public sans tomber à plat, en variant les interactions et les récits plus intimes et émotifs, il faut le faire. Chapeau bas tout de même à toute l’équipe!

L'événement en photos

Par Urbi et Orbi

  • La «Foirée montréalaise» 2019 du Théâtre Urbi et Orbi au Théâtre La Licorne
    Andréanne Théberge
  • La «Foirée montréalaise» 2019 du Théâtre Urbi et Orbi au Théâtre La Licorne
    Ariel Ifergan
  • La «Foirée montréalaise» 2019 du Théâtre Urbi et Orbi au Théâtre La Licorne
    Isabel Dos Santos,Louis-Dominique Lavigne et Joël Nawej

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