«La société des poètes disparus» de Tom Schulman au Théâtre Denise-Pelletier | Bible urbaine

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«La société des poètes disparus» de Tom Schulman au Théâtre Denise-Pelletier

«La société des poètes disparus» de Tom Schulman au Théâtre Denise-Pelletier

Se libérer des attentes

Publié le 24 avril 2019 par Alice Côté Dupuis

Crédit photo : Gunther Gamper

Il est bien sûr impossible de reproduire sur une scène la totalité de ce qui est évoqué dans un film, dont le montage, les plans de caméras et les divers lieux de tournage contribuent à l’attrait et même à marquer les esprits. Quand le film source est de surcroît un classique du cinéma qui célèbre ses 30 ans, avec un acteur adulé et perdu trop tôt, le défi de l’adaptation théâtrale est d’autant plus une entreprise délicate et audacieuse. Pourtant, la mise en scène de Sébastien David de La société des poètes disparus, présentée au Théâtre Denise-Pelletier, n’a rien à envier au film du même titre, et sa distribution, finement sélectionnée, apparaît comme un contrepoids amplement suffisant aux moyens plus limités du théâtre.

Bien sûr, la scénographie de Jean Bard ne laisse pas indifférent. Le large escalier traversant la scène de cour à jardin peut sembler figé, mais se révèle particulièrement polyvalent et bien exploité pour créer tantôt une salle de classe, tantôt la salle commune du collège ou même une salle de théâtre. Mais il n’y a aucun doute que c’est le choix des jeunes comédiens pour interpréter les étudiants de la Welton Academy ainsi que du professeur Keating – qui saura inspirer ses élèves en quête identitaire et d’émancipation en leur faisant découvrir le poète américain Walt Whitman ou l’importance du Carpe Diem – qui constitue la plus grande part de réussite de la pièce.

Il est absolument remarquable de voir l’évolution toute en finesse mais bien perceptible du personnage du réservé Todd Anderson, interprété par Simon Landry-Désy, tel une frêle chenille tremblant devant le monde qui devient papillon déployant ses ailes et se libérant du cadre qui lui était jusqu’alors imposé. Son jeu, d’une grande justesse, est souvent touchant, et sa performance lors de l’apprentissage du YAWP! aux côtés de M. Keating, montrant les premiers signes du papillon qui sommeille en lui, est aussi émouvante que magnifique, tout en étant très inspirante.

Le charisme d’Émile Schneider est indéniable et, tout comme ses compagnons de classe, on le laisserait nous guider loin, nous aussi. Bien qu’on soit absorbés par sa présence, son Neil Perry représente bien plus que le beau garçon de l’école qui réussit bien et qui devient le leader de son groupe.

Schneider arrive à nous transmettre toutes les couches de son personnage, ses aspirations tout comme ses craintes, et on devient véritablement touchés par sa quête d’émancipation et par son désir de vivre son rêve de devenir comédien, castré par un père rigide et sans appel. Son destin est certainement bouleversant, et malgré la sobriété choisie par le metteur en scène Sébastien David pour l’illustrer, il n’en demeure pas moins que certaines de ses scènes sont aussi percutantes que dans le film.

Le plus important, c’est certainement que Patrice Dubois n’ait pas tenté de calquer le jeu du regretté Robin Williams, qui avait rendu le personnage si célèbre et presque intouchable. Le comédien s’est plutôt approprié le personnage, lui donnant ses propres couleurs et on est obligés de dire que ça fonctionne: on commence par trouver qu’il a presque naturellement la même énergie et que ça colle bien, et on finit par oublier de comparer et adopter complètement sa performance et son M. Keating.

Malgré quelques transitions en ralentis parfois heureuses, parfois lassantes, comme pour rappeler des effets qu’on aurait retrouvés au cinéma, le résultat est, de façon générale, sans longueur, limpide et franchement réussi, d’autant plus qu’il met de l’avant la poésie, en plus de répondre parfaitement au mandat du Théâtre Denise-Pelletier d’inspirer la jeunesse et de lui transmettre l’amour du théâtre. On a là une pièce aux propos réjouissants pour les jeunes oreilles, les invitant à sortir du cadre et à se laisser porter par la poésie de la vie, à créer et à vivre leurs rêves.

C’est la pièce parfaite, finalement, pour inspirer toute une nouvelle génération à mettre de côté son cellulaire – par ailleurs complètement absent de la production, pourtant centrée autour de jeunes collégiens! – et à accomplir de grandes choses. Et comme ses personnages qui, pour la plupart et chacun à leur façon, arrivent à se libérer des attentes que les autres ont envers eux, la pièce réussira à satisfaire les attentes des spectateurs fervents du film, comme ceux qui viennent la voir sans référents et qui sont à la recherche de discours inspirants.

Chapeau, oh capitaine, mon capitaine!

«La société des poètes disparus» en images

Par Gunther Gamper

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