«Le clone est triste» d’Olivier Morin et Guillaume Tremblay au Théâtre Aux Écuries | Bible urbaine

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«Le clone est triste» d’Olivier Morin et Guillaume Tremblay au Théâtre Aux Écuries

«Le clone est triste» d’Olivier Morin et Guillaume Tremblay au Théâtre Aux Écuries

Génération désenchantée

Publié le 15 février 2019 par Pierre-Alexandre Buisson

Crédit photo : Josée Lecomte

Dans un futur pas trop éloigné, les «baby boomers» ont été accusés de crime contre l’humanité et exilés sur la Lune. Le clonage est interdit; on prêche un retour vers des valeurs d’antan, et les jeunes profitent du retour d’un mode de vie qui s’inspire de la Renaissance, se rassemblant dans des salons où ils discutent de culture habillés comme des dandys. Au sein de cette quasi-utopie, quelques-uns d’entre eux ont mis sur pied, par pur désoeuvrement, un club de détectives amateurs. L’objet de leur enquête actuelle est Gilles Douillette, un individu élusif qui pourrait très bien être LE DERNIER BOOMER.

Il est difficile de se fatiguer des concepts élaborés par les membres du Théâtre du Futur. Olivier Morin et Guillaume Tremblay seraient-ils nos meilleurs satiristes? Chose certaine, si le duo s’était dirigé vers l’humour, ils auraient connu un succès retentissant, mais nous serions privés de plusieurs moments anthologiques de théâtre absurde.

Le troisième membre de la troupe, Navet Confit, contribue lui aussi au succès de l’entreprise, en habillant l’action de ses hilarantes compositions, et les numéros musicaux qui ponctuent l’action sont plus drôles que jamais. Les interprètes, dans une forme olympique, sont affublés de costumes et de coiffures qui sont aussi ridicules qu’efficaces – et lors de l’entrée en scène de Guillaume Tremblay, on a du mal à assimiler la transformation extrême qu’il a subie.

On aime rire, certes, mais ce qui fonctionne le plus chez Morin et Tremblay, c’est la critique sociale impitoyable; sous les contractions du diaphragme et les diverses sonorités plus ou moins élégantes que nous émettons, il y a beaucoup d’admiration pour l’acuité hallucinante de leur regard sur la société. Et le portrait qu’ils dressent de la génération des «boomers» est particulièrement venimeux, générant les meilleures tirades de toute la pièce.

Deuxième volet du nouveau «cycle extraterrestre» de la troupe, après Les secrets de la vérité au printemps dernier, présenté au même endroit, Le clone est triste aborde des enjeux résolument modernes, tels que le clonage et le transhumanisme, et nous les présente dans un emballage désopilant.

Le concept du club social de détectives privés, qui exercent leur passe-temps avec une distance ironique et une nonchalance étudiée, est tellement surréaliste qu’il en devient jouissif; cette traque haletante de Gilles Douillette, avec moult aventures rocambolesques – notamment dans le mythique Montréal souterrain, un exploit d’imagination – a quelque chose du feuilleton d’antan, digne de Rouletabille ou de Jules Verne.

À travers les clins d’œil et le choix de confier le rôle de Gilles Douillette à chacun des acteurs à tour de rôle – la distribution comporte aussi la pétillante Marie-Claude Guérin et le pianiste classique Philippe Prud’homme, qui nous sert d’ailleurs une interprétation déjantée d’un morceau de Rachmaninoff – la spectaculaire forme physique d’Olivier Morin et d’un Guillaume Tremblay plus louche que jamais, ce massacre en règle d’une génération qui sert de bouc émissaire et de cible idéale aux moqueries diverses s’annonce déjà comme un classique incontournable de la dramaturgie absurde québécoise.

«Le clone est triste» en images

Par Josée Lecomte

  • «Le clone est triste» d’Olivier Morin et Guillaume Tremblay au Théâtre Aux Écuries
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