«Le dire de Di» avec Marie-Ève Fontaine au Carrefour international de théâtre | Bible urbaine

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«Le dire de Di» avec Marie-Ève Fontaine au Carrefour international de théâtre

«Le dire de Di» avec Marie-Ève Fontaine au Carrefour international de théâtre

La poésie envoûtante de Michel Ouellette

Publié le 11 juin 2019 par Maude Rodrigue

Crédit photo : Marc LeMyre

À elle seule, Marie-Ève Fontaine campe l’ensemble des personnages qui peuplent le récit sordide de Di ou «Diane». La protagoniste de «Le dire de Di» déambule dans un monde fragile et inquiétant à la lisière de la réalité, jouxté par les champs et les forêts. Une terre oubliée que personne ne revendique et où Di est volontairement recluse.

Ce monde, elle l’a créé elle-même par le truchement de son «dire», de ses mots. Ses frères et sœurs l’auraient quitté pour mener leurs projets d’études à l’étranger. Or, chez Di, «l’ailleurs, les études, ça ne [l’]intéresse pas», et elle estime que «ce qu’[elle sait] est suffisant» pour elle.

Mue par la force de son jeune âge – 16 ans, presque 17 –, elle accomplit ses menus gestes quotidiens dans ce cadre inquiétant, et érige laborieusement l’édifice de son identité sous le regard de quelques personnes. Son entourage ne comprend que Makati, sa mère à la personnalité ambiguë, Paclay, son père qui cherche à faire décoller un engin du sol, ainsi que le «beau Mario Morneau», un homme qui entretient une liaison avec sa mère.

L’ambiance sonore traduit le tumulte de la vie intérieure de la jeune femme. À certains moments, la raison de la jeune femme à la sensibilité orageuse vient à vaciller. Elle se révèle alors impétueuse, aussi sauvage que la forêt.

Le sol se dérobe sous ses pieds à l’annonce d’un projet de site d’exploitation minière, menaçant d’avilir la nature qui l’entoure et d’exproprier sa famille bigarrée. Peggy Bellatus, la fille du promoteur du projet minier, contribue au désarroi de Di, semant la confusion dans son esprit: l’avidité et le désir qu’éprouve Di envers elle a «quelque chose d’inquiétant», susceptible de tout raser.

La scénographie est dépouillée, ne comptant qu’une chaise pour unique mobilier. Une scène inclinée renforce l’impression de fatalité du sort qui échoue aux personnages, attirés inéluctablement vers le malheur, incapables de se maintenir dans l’apesanteur d’un mode de vie sous le signe de la légèreté. 

Le décor se compose de quelques cadres emboîtés les uns dans les autres. Or, en ce qui a trait à l’existence que mène Di, celle-ci s’emboiterait difficilement dans la réalité qui l’entoure. Sera-t-elle viable en vertu du sens commun, c’est-à-dire dans la réalité que nous partageons? Ou bien la famille de Di se fracassera-t-elle contre l’écueil de la vie en société?

La compréhension des événements et des personnages qui font partie de l’imaginaire de Di est rendue possible par la poésie de Ouellette. Une telle force d’évocation rend admiratif-ve, tandis que certaines images s’impriment durablement dans l’esprit des spectateurs-rices.

Quelle personnage, également, que cette jeune femme blessée, esseulée, mais vindicative, une sorte de Bérénice de Réjean Ducharme. L’interprétation de Marie-Ève Fontaine est prodigieuse: il émane d’elle à la fois une force de même qu’une touchante vulnérabilité.  

«Le dire de Di» au Carrefour international de théâtre en images

Par Marc LeMyre

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