«Le journal d’Anne Frank», dans une mise en scène de Lorraine Pintal, au Théâtre du Nouveau Monde | Bible urbaine

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«Le journal d’Anne Frank», dans une mise en scène de Lorraine Pintal, au Théâtre du Nouveau Monde

«Le journal d’Anne Frank», dans une mise en scène de Lorraine Pintal, au Théâtre du Nouveau Monde

L’espoir d’une famille juive, entre réalité et représentation

Publié le 19 janvier 2015 par Isabelle Léger

Crédit photo : Yves Renaud

Le journal d’Anne Frank est l’un des témoignages les plus célèbres de ce que fut la vie des Juifs européens tentant d’échapper à la traque démente et assassine des Nazis. Rédigé entre 1942 et 1944, il ne doit pas sa pérennité uniquement à son statut de document historique, mais également à sa qualité d’écriture. La jeune Anne était en effet dotée d’un regard sur le monde perspicace et lucide. Elle avait aussi le talent pour le restituer en mots. Éric-Emmanuel Schmitt en signe ici une adaptation théâtrale fort réussie, qui met l’accent sur le quotidien en situation inhabituelle.

Lorsqu’Otto Frank (Paul Doucet, égal à lui-même), rescapé d’Auschwitz, rentra chez lui à Amsterdam en 1945, il espéra quelque temps voir revenir ses deux filles, Margot (Kasia Malinowska) et Anne (Mylène St-Sauveur, exaltée et globalement crédible). Mais il apprit bientôt qu’elles étaient mortes du typhus dans un autre camp. C’est alors que sa fidèle secrétaire et amie Miep Gies (Sophie Prégent) lui remit le journal intime d’Anne, retrouvé après la rafle dans le logement secret où elle les avait aidés à se cacher pendant deux ans.

Anne Frank TNM Doucet

Tour à tour ému, désemparé et réconforté par sa lecture, le père d’Anne y retrouvera non seulement sa fille chérie, mais également le désir de redonner au peuple juif sa dignité piétinée. La diffusion du journal permettrait au monde de voir les Juifs autrement que comme la vermine que les Allemands voyaient en eux. C’est la direction que Schmitt, d’abord, et ensuite Lorraine Pintal (à la mise en scène) ont pris. Faire du père d’Anne le pilier de la pièce est très habile, car cela permet un double point de vue: l’amour, la bienveillance et l’espoir durant la réclusion, la rage et la culpabilité après la guerre, sentiments que le spectateur n’aura pas, lui, à vivre.

Nous découvrirons avec ce père la joie de vivre d’une adolescente, son désir d’absolu découlant davantage d’un trait de caractère que de la situation dramatique où elle se trouve. Cette jeune fille aurait été tout aussi avide et bouillonnante, méprisante envers sa mère (Marie-France Lambert, juste) et amoureuse de son père dans un autre contexte. Ce n’est pas l’imminence de sa mort qui lui insuffle son urgence de vivre, ce sont ses 14 ans. En cela, et par l’humour (presque trop) fréquent, la pièce nous rappelle à quel point la mort est une abstraction, à quel point l’espoir est fort et profond chez l’humain, et que la mort qui l’attend n’a souvent rien à voir avec la vie qu’il a menée.

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