«Le Kodak de mon arrière-grand-père» de David B. Ricard et Valery Drapeau au Théâtre Prospero | Bible urbaine

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«Le Kodak de mon arrière-grand-père» de David B. Ricard et Valery Drapeau au Théâtre Prospero

«Le Kodak de mon arrière-grand-père» de David B. Ricard et Valery Drapeau au Théâtre Prospero

Où planent nostalgie, intimité et prise de risque

Publié le 25 octobre 2019 par Virginie Chauvette

Crédit photo : Paméla Photographe

Alors que le Théâtre Prospero propose habituellement et avant tout du théâtre d’auteurs internationaux, l'équipe a décidé, cette saison, de faire un choix audacieux en intégrant à sa programmation Le Kodak de mon arrière-grand-père, un spectacle qui affichait déjà complet avant même que sa première ait eu lieu. Impressionnant! La création de David B. Ricard, dans une mise en scène de Valery Drapeau, revisite le passé dans une formule hors-norme où se côtoient intimement le cinéma, le théâtre documentaire, l'improvisation, la musique et les souvenirs de famille en 8mm.

L’idée derrière le spectacle naît d’un legs reçu par David, jeune cinéaste et performeur. À la mort de son arrière-grand-père, on lui offre une boîte de bobines 8mm sur lesquelles sont enregistrées plusieurs dizaines d’heures d’enregistrements de souvenirs familiaux, qui fascineront et envoûteront pendant longtemps le cinéphile qu’il est.

Le public est donc rassemblé devant un décor rappelant un sous-sol d’époque aux murs et au plafond de stucco, chargé en instruments de musique, écrans de projection, ordinateur et filage. À travers tout cela est placé le précieux matériel antique, qui porte tout le spectacle sur ses fragiles épaules.

Comme son arrière-grand-père le faisait avec sa famille, David nous partage les découvertes et les souvenirs familiaux se retrouvant sur les délicates bobines 8mm qu’il manipule précautionneusement devant nos yeux émerveillés par la beauté de l’objet. Accompagné tout au long par l’ambiance musicale planante, jouée en direct par Andrew Beaudoin et Roger Cournoyer, l’artiste nous fait part, parfois avec humour, parfois avec sensibilité, de ses observations et de ses analyses des moments captés par la caméra qui lui a été léguée.

Ce qui est grandement audacieux, c’est l’absence de texte. En effet, David et Valery, la metteure en scène, ont opté pour la création d’un canevas qui allait diriger la performance, plutôt que d’écrire mot pour mot ce qui allait être prononcé. On assiste donc à des réflexions formulées sur le vif par le performeur, livrées dans un ton complètement naturel, sans théâtralité ou presque, qui laissent parfois place à de petits silences et bafouillages. Quelques envolées de mots, visiblement prévues à la performance, soutenues par une musique en crescendo, ont toutefois été minutieusement placées à travers ce lot d’improvisation. Personnellement, j’en aurais pris davantage.

Bien que mon esprit soit resté un peu sur son appétit, mes yeux, pour leur part, se sont régalés des images qu’on leur a présentées. Les projections, manipulées devant nous par David, sont magnifiques, précieuses et fascinantes. Elles se superposent parfois les unes sur les autres, se fondent entre elles, ou encore elles sont projetées de façon bien distincte sur les écrans ornant les murs du décor. Elles créent, dans tous les cas, une scénographie captivante.

Bien que j’admire l’audace des créateurs, je me questionne toutefois sur la pertinence du choix de laisser le récit entre les mains de l’improvisation. La prise de risque est belle et vulnérable, mais a, selon moi, minimisé la portée qu’aurait pu atteindre la réflexion sur le passé et la place qu’occupent les images dans notre société actuelle. Ces thématiques, sur lesquelles on pourrait en dire beaucoup, ont été survolées plutôt qu’exploitées à leur plein potentiel, à mon avis.

On peut donc dire que j’ai été fascinée davantage par l’esthétisme, la mise en scène et la témérité des créateurs plutôt que renversée par la puissance de son message.

«Le Kodak de mon arrière-grand-père» en images

Par Paméla Photographe

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