«L’entrevue éclair avec…» Marc Béland, comédien et co-créateur de «Hidden Paradise» | Bible urbaine

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«L’entrevue éclair avec…» Marc Béland, comédien et co-créateur de «Hidden Paradise»

«L’entrevue éclair avec…» Marc Béland, comédien et co-créateur de «Hidden Paradise»

La proposition engagée du tandem Alix Dufresne et Marc Béland

Publié le 1 juin 2019 par Maude Rodrigue

Crédit photo : Xavier Laliberté

Alors que l’ordre actuel des choses fait planer de sérieuses menaces sur la survie de notre espèce, Alix Dufresne et Marc Béland utilisent l’art afin de parvenir à mieux cerner l’une des principales tares contemporaines: les paradis fiscaux. Hidden Paradise a été créé à partir d’une entrevue accordée par Alain Deneault sur les ondes de Radio-Canada en février 2015. Pour Marc Béland, acteur cumulant près de 40 ans de métier, la danse, le théâtre sont une manière d’«apporter [sa] petite pierre au mur de résistance».

Hidden Paradise se penche sur les conséquences de l’évasion fiscale sur notre quotidien. Pouvez-vous nommer quelques-unes de ces conséquences?

«Alain Deneault les énonce très clairement dans une entrevue accordée à Marie-France Bazzo en 2015 sur les ondes Radio-Canada à l’émission C’est pas trop tôt. À partir de cette entrevue – qui compose vraiment le texte de la pièce, c’est-à-dire qu’il n’y a pas d’autre texte, pas d’autres mots que ceux d’Alain Deneault et de Marie-France Bazzo dans Hidden Paradise –, nous avons cherché à provoquer ou à inspirer différemment le spectateur en mettant de l’avant le discours, mais en le travaillant et en le répétant de différentes façons pendant la pièce pour créer d’autres réactions.»

«Pour ce qui est des conséquences, elles touchent directement notre système d’éducation, notre système de santé. Beaucoup d’argent s’échappe par le biais de mesures qui, malheureusement, sont légalisées par nos gouvernements.»

«L’idée, c’est que de plus en plus les dirigeants des grandes entreprises arrivent au pouvoir. C’est un phénomène qui se produit partout dans le monde. Comme ces gens-là arrivent déjà avec beaucoup d’argent et une fiscalité illégale, ils n’ont pas avantage à légiférer sur ce qui est en train de se passer.»

«C’est ainsi que les conséquences atteignent directement les citoyens et citoyennes qui subissent l’austérité. Pourquoi nos gouvernements nous imposent l’austérité? C’est justement parce que l’évasion fiscale permet à ces gens-là et au 1% de continuer à s’enrichir et à faire de la business. Mais nous, l’argent qui manque, on doit le trouver, on paie donc des taxes, des services sont coupés, etc.»

De quelle manière avez-vous collaboré avec M. Deneault durant la conception de Hidden Paradise?

«On l’a contacté, bien sûr, et il a eu la gentillesse de nous accompagner de façon amicale. Il est venu voir quelques étapes de travail. Amicalement, il nous soutient et nous encourage. Mais on n’a pas réfléchi avec lui ni reparlé de tout ça. D’abord, on lui a demandé si on pouvait se servir de l’entrevue, puis il a accepté volontiers.»

Pourquoi avoir inclus la danse à votre spectacle? De quelle manière est-ce que la chorégraphie, ou encore les gestes que vous posez, renforcent le propos de Monsieur Deneault?

«En fait, comme l’entrevue radiophonique demeure un média assez simple à recevoir, on a réfléchi à comment, par des gestes – parce qu’on ne peut pas vraiment appeler ça une chorégraphie –, on peut modifier notre manière habituelle de simplement entendre un interviewé et une intervieweuse. Les gestes qu’on pose font que les messages ne sont pas «à la bonne place en disant la bonne chose». C’est ce qui fait que ça engage une espèce de travail chez les spectateurs-rices, qui doivent comme… redoubler l’écoute. Les corps dans l’espace sont déplacés par rapport à ce qu’on pourrait entendre à la radio.»

Quelles modifications apportez-vous au contenu de cette entrevue? Par exemple, faites-vous planer certains silences? Variez-vous la vitesse à laquelle vous le récitez?

«Nous n’apportons aucune modification au contenu brut de l’entrevue, c’est-à-dire que c’est au fil des répétitions du texte que celui-ci change. Il y a une partie où on va dire le texte extrêmement rapidement, pour faire entendre différemment le propos, et il y a une partie qui est travaillée musicalement, qui fait que le langage se déconstruit, que la parole se déconstruit par le ralenti de la musique. Le corps s’engage dans ce ralenti… C’est difficile comme ça d’expliquer ce qui se passe. Je peux juste inviter les gens à venir le vivre par eux-mêmes!»

Pouvez-vous quand même décrire la scénographie de Hidden Paradise afin de donner à votre futur auditoire un avant-goût de ce à quoi il assistera ?

«La scénographie est très dépouillée. En fait, c’est parti de l’idée de comme si on était sur une place publique. On a souhaité arriver de façon très rudimentaire pour vraiment mettre le discours de l’avant. Donc, c’est un tapis, comme on en voit souvent dans les rues, comme ceux utilisés par les danseurs de rue par exemple.»

«C’est un peu le même principe, c’est-à-dire qu’on arrive avec notre tapis et nos boîtes de son pour faire entendre l’entrevue dans un premier temps à tout le monde. On l’écoute d’abord ensemble avec les spectateurs-rices. Et après ça, il y a la déclinaison. Quant à l’éclairage, il est très simple, mais très soigné en même temps. Car même si on veut faire des choses simples, il faut les choisir ces choses-là, il faut les mettre en scène!»

De tels projets naissent de préoccupations relatives au fonctionnement du monde, à l’ordre actuel des choses. Quelle fonction prêtez-vous au théâtre et à l’art pour agir sur les inégalités, sur les tares contemporaines? Assumez-vous votre projet comme engagé?

«Oui, tout à fait. Ça va faire 40 ans que je fais ce métier. J’essaie d’être sensible et sensibilisé également, d’avoir un regard sur le monde. Je sens cette espèce d’urgence, je pense que tout le monde la ressent en ce moment. Le climat n’est pas très, très sain à plusieurs niveaux dans nos sociétés. Alors avec les moyens que j’ai, j’essaie d’agir de façon théâtrale, voire artistique.»

«Parce que ce sont les seuls moyens que j’ai! Je ne me considère pas comme un intellectuel ou un philosophe, mais je peux, par le biais de mes pieds, c’est-à-dire la danse, le théâtre, apporter ma petite pierre au mur de résistance. C’est vraiment une goutte d’eau de plus dans le grand fleuve de toutes les manifestations artistiques.»

«Non, je ne pense pas que le théâtre puisse changer le monde, parce qu’il serait autre depuis longtemps. Mais je pense que l’art est là pour soulever des questions, pour tenter de montrer «l’inmontrable», mais le reste, ça nous appartient en tant que citoyens de réagir.»

Le spectacle sera présenté au Théâtre Périscope dans le cadre du Carrefour international de théâtre de Québec les 5 et 6 juin prochains.

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«Hidden Paradise» d'Alix Dufresne et Marc Béland en images

Par Maxime Robert-Lachaine

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