«Les Louves» de Sarah DeLappe à ESPACE GO | Bible urbaine

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«Les Louves» de Sarah DeLappe à ESPACE GO

«Les Louves» de Sarah DeLappe à ESPACE GO

L’esprit de la meute

Publié le 1 octobre 2019 par Pierre-Alexandre Buisson

Crédit photo : Yanick Macdonald

La naïveté et l’empathie de la jeunesse sont des traits de caractère dont on peut se moquer, mais qu’on regrette néanmoins amèrement en perdant des morceaux à mesure que les traces des années s’accumulent en nous. Notre esprit en jachère est en pleine formation, à l’adolescence, et ces années sont déterminantes pour sculpter la psyché qui nous suivra pour le reste de notre vie.

Ces années d’apprentissage sont mises de l’avant dans Les Louves, un texte de Sarah DeLappe, en lice pour le Pulitzer en 2017, que la metteure en scène Solène Paré a eu la chance de voir à New York pour ensuite le proposer au Théâtre ESPACE GO, où elle est en résidence.

Avec la perte de l’innocence comme thématique principale, la trame de la pièce aborde aussi l’acceptation de la différence, le deuil, l’esprit d’équipe et l’amitié. On lui trouve d’ailleurs une certaine parenté thématique avec l’adaptation de La déesse des mouches à feu, présentée l’an dernier au Théâtre de Quat’Sous.

L’histoire est racontée de manière à laisser le spectateur être témoin des périodes de réchauffement qui précèdent les matches de soccer d’une équipe d’écolières de 16 et 17 ans, Les Louves. La chimie entre les joueuses est indéniable, et même si elles se méfient légèrement, au départ, d’une nouvelle arrivée un peu excentrique qui habite dans une yourte et qui n’a pas les mêmes standards hygiéniques qu’elles, le groupe finit par lui faire une place.

Au-delà des tensions et des échanges animés, elles découvriront la sororité et la symbiose potentielle d’un groupe, mais aussi ses multiples possibilités d’éclatement et de fragmentation.

On ne peut pas reprocher au texte de ne pas être au diapason des préoccupations contemporaines; on y parle de l’imputabilité des dictateurs, de religion, de la pilule du lendemain, des rumeurs qui s’emballent comme une traînée de poudre, et de solidarité.

On sent que les dialogues sont travaillés jusqu’à l’obsession, et leur impertinence est très bien rendue par la traduction de Fanny Britt. L’ensemble des comédiennes tire admirablement bien son épingle du jeu, et on sent une chimie opérer dès les premiers instants.

L’esprit sportif a ici transcendé la fiction.

Sans rendre le tout répétitif, le procédé narratif qui nous montre seulement les séances d’échauffements installe un rythme certain, divisant l’action en segments qui ont sensiblement la même durée. La scénographie très clinique de Robin Brazill et les éclairages de Martin Sirois ajoutent un aspect dantesque à l’expérience, comme si le jeu des comédiennes était magnifié par un énorme microscope théâtral.

Un entraînement collectif qui revêt la forme d’une catharsis, auquel vous pouvez participer jusqu’au 6 octobre.

Lisez aussi notre entretien avec Noémie O’Farrell et Solène Paré.

«Les Louves» à ESPACE GO en images

Par Yanick Macdonald

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