«L’Iliade» d’Homère dans une mise en scène de Marc Beaupré au Théâtre Denise-Pelletier | Bible urbaine

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«L’Iliade» d’Homère dans une mise en scène de Marc Beaupré au Théâtre Denise-Pelletier

«L’Iliade» d’Homère dans une mise en scène de Marc Beaupré au Théâtre Denise-Pelletier

Odyssée au parfum de testostérone

Publié le 21 novembre 2017 par Pierre-Alexandre Buisson

Crédit photo : Gunther Gamper

Le long poème d’Homère, réputé pour être difficile à adapter en raison de son complexe enchevêtrement de détails militaires et ses vingt-quatre chants à la structure un peu alambiquée, est une merveille de psychologie, prouvant hors de tout doute que le mythique barde grec avait compris la nature humaine et en était un digne amplificateur.

Pour son Iliade, Marc Beaupré a été ouvertement inspiré par la version d’Alessandro Baricco, parue en 2004, en Italie, une révision visant à éclaircir le texte original et à l’épurer, opération de chirurgie littéraire qui a été vue par certains puristes, lors de sa sortie, comme une hérésie. Et l’outrage n’était pas causé que par l’audace qu’a eu l’auteur en touchant à un texte sacré, mais aussi par son éradication des Dieux – il n’y a laissé qu’Achille, le demi-dieu aux pieds rapides.

Élaguée à onze chants, la version qu’on peut voir de nos jours au Théâtre Denise-Pelletier mérite amplement le qualificatif «d’homérique»; dix interprètes au sommet de leur forme se trouvent sur scène, suent, se pavanent, chantent, dansent, se battent et vibrent. Ils sont introduits par un chant collectif scandé qui évoque les chants de guerre maoris et qui déstabilise immédiatement le spectateur. Car, comme le précise Marc Beaupré dans le programme, «Si Stéfan (Boucher) n’avait pas composé ce que j’ai entendu ce jour-là, le spectacle ne te serait pas présenté aujourd’hui». Sans la musique percutante et industrielle du compositeur, Beaupré était prêt à abandonner la production de ce show sur lequel il a travaillé pendant sept ans.

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Je frappe, je tue

On se retrouve donc devant un spectacle très masculin, à grand déploiement, qui assaille nos sens, et dont la musique est indissociable. Les muscles roulent, et les voix sont rauques. Agamemnon (Justin Laramée, toujours d’une justesse pétrifiante), chauve et barbu, le roi des rois, projette une impression de puissance; Guillaume Tremblay et Jean-François Nadeau, respectivement Ménélas et Hector, incarnent la pureté du courage et de l’assurance; c’est cependant chez Emmanuel Schwartz que la transformation est la plus stupéfiante, lui qui se métamorphose sous nos yeux en un Achille hurleur et imposant, et dont la furie destructrice laisse peu de survivants.

La bande sonore omniprésente contribue au sentiment qu’on se retrouve bel et bien devant un récit épique; une énorme console de son trône devant la scène, et Stefan Boucher la manipule en compagnie d’Olivier Landry-Gagnon pendant toute la durée de la pièce, rythmant les échanges, offrant des textures grinçantes et apocalyptiques, des percussions tribales qui aiguisent les sens et apportent aux duels une belle intensité un sentiment d’urgence. Duels qui sont souvent sans vainqueurs et qui prennent parfois la forme d’un rap battle qui nous amène très loin de l’Antiquité – et dont les effets nous empêchent parfois de bien saisir le verbe.

La scène est d’ailleurs exempte de tout artefact et on n’y trouve aucun signe d’Antiquité. C’est un choix délibéré pour poétiser la violence, sans doute, et les quelques instruments de percussion dont jouent les acteurs sont descendus sur scène par un mécanisme. Un immense miroir apparaît parfois, reflétant l’action, et les éclairages omniprésents ponctuent les crescendos musicaux d’une stroboscopie étudiée. Difficile d’échapper à cette ambiance intoxicante.

Des dix ans que dura cette guerre, nous n’obtenons ici que des vignettes, des saynètes sauvages où les émotions sont exacerbées et distendues, où les prophéties de Cassandre sont craintes, et où toutes les nuances de cette énorme tragédie sont amplifiées. La guerre est un vaste sujet, et la multitude d’affrontements dont il est question ici pourrait rapidement devenir répétitive sans la finesse particulière dont fait preuve la mise en scène de Beaupré, qui fait de son adaptation «libre» un véritable tour de force.

La guerre, c’est pas une raison pour se faire mal.

L'événement en photos

Par Gunther Gamper

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