«Lucky Lady» de Jean Marc Dalpé au Théâtre La Bordée | Bible urbaine

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«Lucky Lady» de Jean Marc Dalpé au Théâtre La Bordée

«Lucky Lady» de Jean Marc Dalpé au Théâtre La Bordée

L'énergie du désespoir

Publié le 17 avril 2018 par Alice Côté Dupuis

Crédit photo : Nicola-Frank Vachon

La langue franche et musicale de Jean Marc Dalpé, ses personnages marginaux et ses images fortes sont bien reconnus dans le Canada francophone, et même si c’est la toute première fois de son histoire que le Théâtre de la Bordée présente une pièce de l’auteur, c’est avec un plaisir manifeste que l’équipe, dirigée par le metteur en scène Patric Saucier, y est plongée. Présentée jusqu’au 5 mai, cette production de Lucky Lady nous fait découvrir des personnages attachants, mais toujours au bord du précipice et dans une urgence constante de laquelle surgit inévitablement une intensité... très soulignée.

C’est en musique que le spectacle s’ouvre, avec un Bernie (efficace Jean-Michel Déry) en fauteuil roulant qui sort son harmonica, puis se met à chanter un air country anglophone un brin mélancolique. Joint rapidement par la guitare de Mireille (Valérie Laroche), puis par les voix de tous les comédiens un à un, le numéro d’ouverture se déploie dans une belle douceur qui ne durera pourtant pas: c’est bien vite sur les chapeaux de roue que la pièce démarrera, et ce, sans perdre une once d’intensité, jusqu’à la toute fin.

Alternant entre la loge de Shirley (Frédérique Bradet, aussi touchante que drôle; elle vole la vedette) aux allures des années 1970 au niveau de la scène, la prison et son mur de brique défraîchi où sont emprisonnés Bernie et Zach (Simon Lepage) au second étage, puis l’appartement de Claire (Lauren Hartley) au bas, où elle retrouve souvent son amie Mireille, l’action se déplace constamment d’un niveau à l’autre du sublime décor de Vanessa Cadrin, partie intégrante d’une scénographie efficace et plutôt inventive, bien mise en valeur par les éclairages qui délimitent les espaces et définissent les ambiances.

Toutefois, ces allers-retours constants entre la vie en prison des deux hommes qui entrevoient leur vie à l’extérieur, et entre les deux femmes qu’ils souhaitent retrouver – Claire et Shirley – qui tentent de s’arranger sans homme, mais qui sont toutes les deux dans de mauvaises postures, finissent par quelque peu déranger. Ainsi dévoilée par bribes dans de courtes scènes qui se succèdent sans toutefois se répondre, l’intrigue tarde à se faire comprendre, et on aimerait bien se poser pour une fois dans une situation et suivre son développement. C’est que pendant un long moment, le spectateur a peu d’éléments auxquels se raccrocher pour être apte à comprendre ce qui se déroule devant lui, et il est donc laissé dans le flou un petit peu trop longtemps.

Pendant ce temps, les comédiens sont tout de même dans un rythme à fond de train, presque survoltés, qu’ils soient dans l’excitation ou dans la colère. Une chose est sure, Lucky Lady n’est pas un long fleuve tranquille, et les comédiens doivent en ressortir complètement épuisés.

Même au spectateur, cela demande une certaine énergie afin de les suivre dans leurs projets de fous et leurs énervements constants. C’est que tout le monde a besoin d’argent, que ce soit pour faire un disque, pour élever un enfant, pour aller en Arizona vivre son voyage de rêve ou pour se refaire une vie après la prison, et que chacun a une vive, même une excessive envie de réussir à trouver un plan pour «faire la piasse».

C’est aux courses de chevaux, grâce à un contact de Mireille, que l’improbable groupe mise tous ses avoirs, mais aussi tous ses espoirs. En finale, les comédiens – tous franchement convaincants, ce qui contribue grandement à l’appréciation de la pièce – sont dans un état de tension tel qu’on leur aurait souhaité un peu plus de répit dans ce train roulant d’émotions vives. 

Parce que les destins de ces personnages sont tout de même tragiques, et parce que ces pauvres gens qui ont de la difficulté à se sortir la tête hors de l’eau sont malgré tout attendrissants, on aurait aimé que le sous-texte et le sens initial de cette pièce ne soient pas perdus dans ce trop-plein d’intensité, et que la mise en scène et la direction de Patric Saucier permettent à la quête de ces touchants personnages de nous imprégner davantage.

L'événement en photos

Par Nicola-Frank Vachon

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