«Madame Catherine prépare sa classe de troisième à l’irrémédiable» au Théâtre Prospero | Bible urbaine

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«Madame Catherine prépare sa classe de troisième à l’irrémédiable» au Théâtre Prospero

«Madame Catherine prépare sa classe de troisième à l’irrémédiable» au Théâtre Prospero

Une petite leçon de sécurité bien terrifiante

Publié le 30 mars 2018 par Alexandre Provencher

Crédit photo : Zoé Roux

Hélas, dans notre monde tumultueux, il devient monnaie courante d’apprendre qu’une nouvelle tuerie s’est tenue et que plusieurs victimes en ont péri. Il y a eu Columbine, Virginia Tech, la Polytechnique et bien d’autres. Et tout récemment, la fusillade de Parkland, en Floride, en milieu scolaire, a encore alimenté le débat entourant le port des armes à feu aux États-Unis, sans qu’aucune action ne soit prise. D’aucuns ne peuvent rester de glace devant ces violences démesurées qui ponctuent l’actualité, quoique l’appel aux changements demeure éphémère. Les contrecoups de ces tragédies à répétition se font sentir: sentiment de méfiance croissant, armement individuel, profilage, voire paranoïa collective. Ainsi, pour certains, il devient essentiel de se prémunir, de se protéger. C’est précisément l’état d’esprit de Madame Catherine, jeune enseignante de la classe 3B à l’école des Explorateurs, qui désire profiter de la dernière journée d’école pour livrer une leçon toute particulière aux élèves de sa classe… et aux spectateurs! Voici une proposition théâtrale audacieuse, singulière, criante d’actualité, poignante, ingénieuse, comique et sans fausse note.

L’expérience théâtrale débute au foyer, lorsqu’on nous invite à descendre les escaliers et à entrer dans la classe de Madame Catherine. D’ailleurs, pour l’occasion, quelques chanceux sont rebaptisés et personnifient des élèves du groupe 3B: Aminata, Damien, Moïse, etc.

La salle intime du Théâtre Prospero étant ce qu’elle est, il devient facile de s’imaginer dans une vraie salle de classe. En entrant, on aperçoit Madame Catherine – magnifiquement interprétée par Alice Pascual – assise à son bureau, nerveuse et impatiente à l’idée de commencer sa leçon, soit celle d’apprendre aux jeunes à se prémunir des tireurs fous. Pour ce faire, elle explique quelques mots de vocabulaires importants, procède à un cours d’histoire en concentré et démontre des techniques de protection.

Mais, au cours de l’heure que dure cette pièce, on apprend surtout à connaître cette professeure névrosée qui s’enfonce tête première dans la paranoïa et le délire. Ainsi, la leçon va à vau-l’eau et la situation ne fait que s’empirer. Le climat guilleret du début devient rapidement insupportable.

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La pièce d’Elena Belyea, traduite par Olivier Sylvestre, s’avère extrêmement bien construite. On est tenu en haleine du début à la fin, et c’est justement ce qui rend le propos clair. L’humour noir qu’elle utilise est apprécié et permet d’amoindrir, à quelques reprises, les passages très lourds de la pièce – qui font échos à l’actualité récente de la tuerie de Parkland.

Rien n’est laissé en suspens, l’attention des spectateurs est constamment sollicitée de manière à le confronter à cette situation et à devenir une partie prenante de la pièce. En fait, on en aurait pris une heure de plus!

Le travail du metteur en scène, Jon Lachlan Stewart, se marie très bien au texte, et est ingénieux. La scénographie, simple et fidèle à une salle de classe, est parfaite. Aussi, mentionnons l’utilisation terrifiante de petites découpes de carton qui illustrent les visages d’anciens tueurs de masse – Marc Lépine, Eric Harris, Dylan Klebold – et qui sont utilisées comme masque par l’actrice. C’est à en glacer le sang.

Finalement, le jeu d’Alice Pascual est énergique et coloré. S’investissant totalement dans son rôle, elle porte cette production à bout de bras et s’acoquine avec le public qui ne peut qu’avoir un brin de sympathie pour son personnage. En plus de défendre un texte assez complexe, elle improvise à certains moments! Chapeau bas.

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