«M'aimerez-vous pareil? - Une célébration» de Zoé Tremblay-Bianco à ZH Festival | Bible urbaine

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«M’aimerez-vous pareil? – Une célébration» de Zoé Tremblay-Bianco à ZH Festival

«M’aimerez-vous pareil? – Une célébration» de Zoé Tremblay-Bianco à ZH Festival

Une touchante et rassembleuse célébration

Publié le 18 août 2019 par Virginie Chauvette

Crédit photo : Zoé Tremblay-Bianco

Il s’agissait de ma troisième visite à l’édition 2019 du ZH Festival, évènement que je chéris dorénavant profondément. La diversité artistique que propose le ZH a encore une fois été mise de l’avant avec le spectacle M’aimerez-vous pareil? - Une célébration que nous a offert Zoé Tremblay-Bianco, jeune artiste multidisciplinaire diplômée du Conservatoire d’art dramatique de Montréal en 2016. Entremêlant théâtre corporel, danse et performance, ce spectacle, livré en solo par la pétillante actrice, est parvenu à passer de magnifiques et puissants messages sans qu’un seul mot ne soit prononcé, permettant ainsi aux spectateurs une interprétation très personnelle des fortes images qui leur ont été présentées. Voici donc ma perception de l’œuvre bien singulière à laquelle j’ai assisté.

Devant les rideaux fermés est arrivée Zoé, emmitouflée de la tête aux pieds, une paire de lunettes de natation sur les yeux. Pendant un bon cinq minutes (si ce n’est pas plus), en silence complet, elle a pris le temps de regarder le public dans les yeux, pendant que celui-ci pouvait clairement percevoir à travers les siens les différentes émotions qui la traversaient.

Le public, qui d’abord riait, a ensuite commencé à se demander ce qui se passait. Ces minutes d’incompréhension se sont terminées lorsqu’elle a craché un jet d’eau qu’elle gardait caché dans sa bouche depuis son entrée en scène. C’est à ce moment-là que la mise à nue et la libération la plus complète allaient débuter.

Les rideaux se sont ouverts sur une scène vide, à l’exception d’une grande courtepointe en serviettes de plage suspendue au fond de l’espace de jeu, derrière laquelle Zoé est allée se camoufler pour en ressortir en bikini, presque couleur peau. Accompagnée d’une ambiance sonore porteuse d’un fort message et capable de nous faire ressentir toute une gamme de subtilités émotionnelles (c’était d’ailleurs le cas pour l’entièreté du spectacle), Zoé a d’abord offert une performance toute en lenteur, de laquelle semblait s’émaner une certaine souffrance, puis s’est ensuite déhanchée, de façon complètement assumée, sur un rythme à saveur reggaeton.

La suite s’est avérée être la continuité d’une grande libération de ces poids et complexes, dont il fait bon se départir. Le tableau suivant présentait Zoé, complètement cachée sous un amas de tissus, laissant tomber des roches de son imposant costume et faisant réaliser aux spectateurs que chacun d’eux avait également une roche de cachée sous son siège. C’est après coup que j’ai perçu cette image ainsi: comme si le fait de partager ses fardeaux avec les autres, de nous les avouer, nous aidait à nous en libérer, que le fait de réaliser qu’on est tous pareils dans nos différences enlevait un sacré poids de sur nos épaules.

À la scène suivante, Zoé s’est extirpée de son costume, complètement nue, et elle a pris place sur une chaise de plage, un tuba dans la bouche, dans lequel elle respirait lentement et difficilement, comme si elle retrouvait tout juste son air. L’image était d’une force telle que je n’ai pu retenir mes larmes.

Un peu plus tard, la courtepointe de serviettes s’est transformée en écran sur lequel étaient projetés des extraits vidéo et audio visiblement tirés des souvenirs d’enfance de l’actrice. Le parallèle et l’interaction entre l’enfant radieuse, drôle et naïve qu’elle était et la jeune femme rayonnante d’aujourd’hui est lui aussi venu me tirer des larmes, de beauté cette fois.

La représentation s’est terminée dans une ambiance des plus festives absolument magnifique, de laquelle émanaient la joie et l’amour, très représentative de la célébration évoquée dans le titre du spectacle. Jamais je n’avais assisté à une fin aussi surprenante et d’une telle beauté!

Avec M’aimerez-vous pareil?, la jeune artiste au talent incommensurable a pleinement réussi à porter des messages percutants tels que l’affirmation, l’acceptation de soi, la désexualisation du corps et le féminisme, tout en nous faisant rire et réfléchir à la fois. J’ai également été bouleversée par le génie créatif de Zoé et de son équipe, l’absence totale du quatrième mur, l’univers ludique, sensible, singulier et savamment ficelé, à travers lequel de magnifiques images ont pris vie.

J’ai été complètement envoûtée par cette performance rassembleuse, empreinte d’audace, de beauté et de lumière, qui continue de me faire du bien et de me faire réfléchir, ce qui, selon moi, devrait être le but premier de l’art. J’ai eu la chance d’assister à une œuvre qui aura fort probablement une grande influence sur le reste de ma vie.

Merci Zoé!

«M'aimerez-vous pareil? - Une célébration» en images

Par Zoé Tremblay-Bianco

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