«Mélanie sans extasy» d’Édith Paquet au Théâtre Prospero | Bible urbaine

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«Mélanie sans extasy» d’Édith Paquet au Théâtre Prospero

«Mélanie sans extasy» d’Édith Paquet au Théâtre Prospero

Complainte d’une trentenaire gâtée

Publié le 13 mars 2018 par Pierre-Alexandre Buisson

Crédit photo : Annie Éthier

Mélanie (Véronique Pascal) est à un point tournant de sa vie. Ce n'est pas tout à fait la crise de la quarantaine ni celle de l’adolescence, mais c'est quelque part entre les deux, puisqu'elle cherche un sens à sa vie, traumatisée par la mort de son père, et renfrognée par ses désastreuses aventures d’un soir avec des rencontres de bar. Elle en grince des dents la nuit, et croit un instant qu’une carrière de professeure de yoga est une solution envisageable.

Sa sœur (interprétée par Édith Paquet, qui a aussi écrit le texte), plutôt que de lui servir de support moral, est la première à la juger, et se retrouve dans un état de constante et douce colère. Son mari, avec qui elle a eu un enfant, est ce qui ressemble le plus à un ami dans la vie de Mélanie, et est personnifié par Louis-Olivier Maufette, qui possède une physionomie extrêmement chaleureuse.

À partir du moment où Mélanie décidera de ne plus consommer d’ecstasy et de se sortir du marasme dans lequel elle se trouve, elle assimilera plusieurs leçons, certaines plus évidentes que d’autres, et vivra – en quelque sorte – une renaissance au ralenti.

Disons-le d’emblée: la proposition que nous fait ici Édith Paquet n’est pas très originale. Une trentenaire qui se cherche, on a vu ça cent fois. Mais son texte examine cependant avec beaucoup d’humour ce malaise très contemporain, un repli sur soi-même, un désespoir de ne pas trouver sa voie, un cri du cœur d’un égoïsme typiquement nord-américain. On a parfois l’impression de s’inventer des problèmes pour mettre du piquant dans notre vie, car il serait difficile de se plaindre sérieusement des conditions de vie dont nous bénéficions. L’œuvre n’aurait pas eu la même crédibilité sans l’omniprésente autodérision de Mélanie.

MÉLANIE SANS EXTASY au Prospero crédit photo Annie Éthier (1)

À travers les raves et le yoga, deux intérêts que nous ne sommes pas surpris de retrouver ensemble, on examine avec le sourire la quête malhabile de notre protagoniste, qui hallucine l’acteur japonais Toshiro Mifune dans la scène la plus amusante de la pièce. C’est absurde et inattendu, et ce sont des petits moments comme ça qui font en sorte que l’ensemble se démarque du lot déjà bien rempli des comédies existentialistes.

Marc-François Blondin effectue ici un tour de force dans deux rôles, tout d’abord celui d’un amant d’un soir sur le speed, et ensuite dans le mémorable rôle de Charlo, un illuminé de yoga qui s’avérera aussi le pivot de la révélation pour Mélanie, avec ses valeurs ringardes mais sincères. Nous étions aussi contents de revoir Éric Robidoux, toujours à la hauteur, qui incarne ici Hubert, un ex-amant de Mélanie, estropié par une chute du quatrième étage effectuée pendant une psychose toxique.

Les dangers de la consommation de drogues sont ici seulement effleurés, mais on devine dans le sous-texte un avertissement plus sérieux. Et savoir rire de sujets aussi sérieux, sans devenir moralisateur, c’est l’une des très grandes qualités du texte de Paquet.

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