«Mon héros Oussama» de Dennis Kelly au Théâtre Prospero | Bible urbaine

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«Mon héros Oussama» de Dennis Kelly au Théâtre Prospero

«Mon héros Oussama» de Dennis Kelly au Théâtre Prospero

La peur de l'étranger, du terrorisme

Publié le 24 avril 2019 par Pierre-Alexandre Buisson

Crédit photo : Cannelle Wiechert

Dans un quartier où la tension est à son comble, après que les garages de plusieurs résidents aient été incendiés nuit après nuit, des rumeurs circulent à propos de Gary (Gabriel Szabo), un élève «un peu spécial» qui a fait un exposé oral sur Oussama Ben Laden en précisant qu’il était parvenu à inspirer les Afghans et à réaliser des prouesses de guerre héroïques, entre autres en repoussant les Russes, qui possédaient pourtant des ressources supérieures en personnel et en technologie, hors du pays en 1989.

Tandis qu’un homme en colère (Gabriel Simard, méconnaissable) convainc sa sœur (Anne-Justine Guestier) – ou sa copine, ça n’est pas très clair – de l’urgence d’agir, un homme mûr (Éric Cabana) s’invente une vie avec une adolescente (Elisabeth Smith), au détriment de sa véritable relation matrimoniale. L’intensité du jeu laisse supposer que la violence surgira tôt ou tard, et ce suspense empreint de malaise tient le spectateur en éveil.

La peur de l’étranger, et par conséquent du terrorisme, est le moteur principal de cette œuvre de Dennis Kelly, qui nous parle aussi de la part d’ombre qui réside en chacun de nous.

L’actualité troublante du sujet est l’intérêt principal de la pièce; sans vérifier les faits, en écoutant davantage leurs émotions que la raison, le petit groupe fait le procès arbitraire de Gary. Il est fort possible que ça vous rappelle votre parenté en région et leurs partages à saveur islamophobe sur les réseaux sociaux.

Reynald Robinson travaille ici avec un texte d’une violence extrême, qui souligne la part d’ombre qui se trouve en chacun de nous. Aucun des personnages n’est blanc ou noir, et l’effet d’entraînement y est démontré dans toute sa banalité inéluctable. N’importe qui peut devenir un monstre s’il dispose de la motivation adéquate, et spécialement si son entourage le pousse dans cette direction.

L’arrivée soudaine de la violence rappelle une autre pièce aussi présentée récemment dans la salle intime du Théâtre Prospero, Froid de Lars Noren, où des jeunes d’extrême droite norvégiens assassinaient un compagnon de classe uniquement parce qu’il était asiatique.

Chaque personnage termine l’aventure avec du sang sur les mains, sur une suite de discours de banalisation et de déresponsabilisation. On nous explique comment impressionner les femmes pour qui l’on cuisine avec une recette toute simple, entre autres, et il n’est jamais précisé si les personnages ont été punis pour leur crime.

Cette fin légèrement confuse est à l’image de l’ensemble de la production, qui ne s’embarrasse pas de contexte et qui fait défiler à vive allure des scènes qui sont certes efficaces pour établir une tension, mais qui ne nous permettent pas de nous attacher aux personnages imparfaits, ou d’en apprécier le destin.

«Mon héros Oussama» au Théâtre Prospero en images

Par Cannelle Wiechert

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