Le mouvement qui fait tourner «Les Paroles» à vide sur les planches du Théâtre Prospero | Bible urbaine

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Le mouvement qui fait tourner «Les Paroles» à vide sur les planches du Théâtre Prospero

Le mouvement qui fait tourner «Les Paroles» à vide sur les planches du Théâtre Prospero

Une courte allégorie, interprétée jusqu'à s'y perdre de vue

Publié le 23 octobre 2014 par Marie-Hélène Proulx

Crédit photo : Luma R. Brieuc

Durant toute la longueur de cette pièce, pourtant objectivement assez courte (moins de 59 minutes), Marc Béland incarne le prédicateur Paul. Il traîne une lourde valise avec, à ses côtés, sa femme et, sur ses épaules, le poids de l'insensibilité du monde entier à son discours. Mais le défi qui attend cet acteur de talent et Rachel Graton, sa brillante compagne est encore plus grand: du 21 octobre au 1er novembre, il leur faudra surmonter la suspicion d'un public de la salle du Théâtre Prospero qui semble se demander «Pourquoi diable avoir tenu à ajouter un aspect chorégraphique si complexe à ce magnifique texte de Daniel Keene qui ne demandait qu'à être dit?»

De prime abord, nous avions pourtant l’impression d’avancer en terrain connu: deux êtres, seuls sur scène, qui tournent en rond et dont les échanges sont entrecoupés d’appel à un dieu qui ne répond pas. On aurait pu croire à une variation sur le thème de la pièce En attendant Godot de Samuel Beckett.

Ces personnages supportent douloureusement, il est vrai, leur quête de la présence divine, qui ne trouve réponse ni au ciel, ni dans le monde des hommes. Mais c’est d’abord par la manière dont cette absence prend chair dans l’interaction entre deux êtres qui interpelle ici. Et c’est sans doute pourquoi la dynamique des corps a été aussi intensément mise de l’avant.

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Ce récit confronte donc le spectateur au désir désespéré d’être vu et entendu d’un homme qui refuse de prendre racine dans le quotidien et s’obstine à ne demeurer qu’une porte, battante à tous vents, ouverte vers quelque chose de plus grand que lui. Dans son élan, il est sans cesse ramené à la réalité, comme une écume à la rive par les vagues, par l’écho des besoins de la seule personne qui, par désir pour lui, accepte encore de l’entendre et de contribuer à son existence.

La nostalgie toute simple de ce discours aurait pu aisément s’épanouir dans ce décor sombre, exclusivement constitué de sable et de quelques traits de lumière, qui brille par l’intelligence de son dépouillement. Par moments, les protagonistes savent y révéler les subtilités de leur insupportable dépendance l’un pour l’autre, qui vient nuancer leur forte tendresse. Toutefois, malgré la grâce des acteurs, l’incompréhensible surabondance des gestes, et même de silences, de la mise en scène d’Alix Dufresne vient donner lieu à une multitude de rendez-vous manqués, entre l’oreille et le regard, qui prolongent indéfiniment l’action.

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La toute dernière image parvient, malgré tout, à faire esquisser un sourire à plusieurs spectateurs alors qu’Hélène prend littéralement son amant sur son dos. Enfin, semble-t-il, la parole parvient à se marier parfaitement au mouvement. Mais le sens de ce dernier geste a-t-il vraiment été bien saisi par le spectateur? En bons nihilistes, la seule certitude à tirer de cet amalgame gestuel et symbolique, est que nous savons que nous n’en savons rien. Dommage pour nous qui étions venus pour nous mettre à l’écoute.

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