«Napoléon voyage» de Jean-Philippe Lehoux au Théâtre du Rideau Vert | Bible urbaine

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«Napoléon voyage» de Jean-Philippe Lehoux au Théâtre du Rideau Vert

«Napoléon voyage» de Jean-Philippe Lehoux au Théâtre du Rideau Vert

Voyager autrement

Publié le 28 octobre 2015 par Charlotte Mercille

Crédit photo : Matthew Fournier

Jean-Philippe Lehoux présentait hier le récit autobiographique «Napoléon voyage» devant un public conquis au Théâtre du Rideau Vert. Dans une éloquence et une humilité édifiante, l’homme de théâtre à tout faire transforme habilement un amalgame d’anecdotes de voyage en une réflexion hautement nuancée sur le tourisme. En dérogeant de ses productions habituelles, le Théâtre du Rideau Vert a décidément serti une perle du Théâtre Hors Taxes sur sa programmation.

Après avoir séduit le public du Théâtre La Licorne en 2014, la création Napoléon voyage s’est vue donner un second souffle par le Théâtre du Rideau Vert. En effet, bien que la création s’éloigne du style habituel du théâtre, le comédien était tellement marquant dans son petit rôle dans les Intouchables le printemps dernier qu’il a convaincu la direction artistique de reprendre sa pièce.

De son siège d’avion plutôt inconfortable vers Cayo Coco, Jean-Philippe Lehoux nous partage sans filtre une foule de faits vécus à l’étranger. Sa prose est hyperbolique, parsemée d’énumérations et d’associations hilarantes, mais surtout très rafraichissante. Les anecdotes sont juteuses, mais toujours pleines d’esprit – sauf peut-être pour les passages obligés aux toilettes.

Les interludes musicaux de Bertrand Lemoyne ont fait bien plus que meubler les pauses du monologue de Lehoux. Armé de sa guitare, il met en musique avec une magnifique voix les récits de son complice, que ce soit en jouant une pièce présente dans l’expérience du voyageur ou avec une de ses propres compositions.

Les moments comiques se succèdent dans un rythme presque calculé, tant l’un n’attend pas l’autre. On vient à peine d’assimiler une métaphore croustillante qu’on rit déjà du fait cocasse suivant. La politesse inégalable des Japonais, la Norvège avec ses fjords frétillants de saumon et son soleil de minuit, La Havane et son stade de baseball comme seul véritable bastion de la démocratie, les observations sont méticuleuses et témoignent d’une grande sensibilité envers les autres cultures. Les stéréotypes ne sont pas écartés, mais prennent plus la forme de la taquinerie affectueuse que celle de l’ethnocentrisme.

Malgré le ton humoristique de son spectacle, Jean-Philippe Lehoux s’attarde aussi à des cultures plus éprouvées. On retient une image méconnue de la Syrie. Les Syriens qui ont croisé le chemin de Lehoux avant l’éclatement de la guerre sont accueillants, le cœur sur la main. La vie dans le désert syrien est douce et délicieusement lente.

Seule ombre au tableau, le portrait de Bachar Al-Assad qui tapisse tous les endroits publics. Oubliée de l’actualité, la Bosnie-Herzégovine visitée par l’auteur à peine âgée de vingt ans qui tente tant bien que mal de passer à autre chose, de montrer au reste du monde que le pays ne se résume pas aux cicatrices marquées par les centres commémoratifs.

En s’ouvrant sur le monde, le récit pose aussi des questions sur le voyageur lui-même. Le rêve du grand voyageur «napoléonien» est vite écarté pour une vision plus réaliste du voyageur solo. Lehoux mentionne des expériences très personnelles, comme entre autres des moments de solitude, en plus d’une timidité difficile à surmonter avec les filles ou pire, le décès prématuré d’un compagnon de voyage cher à lui. Son périple de dix ans à travers le monde n’est peut-être pas rose, mais confirme que la destination importe peu lorsque le parcours est aussi riche en émotions.

En deux heures si vite passées, le texte, l’interprétation et la mise en scène d’un même artiste embrasent définitivement l’imaginaire. Napoléon voyage est une fable sur la découverte des autres et sur ce qu’elle peut apporter à nos propres constructions de soi et du monde. D’apparence décousue, chaque pan de périple révèle en réalité une facette de l’importance de voyager.

Encore faut-il bien le faire, parce que selon Lehoux, voyager n’est pas une course, et encore moins une occasion d’emprisonner un pays entier dans une seule vitrine aseptisée. Il propose plutôt de se faire sale, de se faire pauvre d’apparence, de devenir riche d’esprit, et surtout de vivre pleinement l’inconnu.

L'événement en photos

Par Matthew Fournier

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