«Le nom» de Jon Fosse au Théâtre Prospero | Bible urbaine

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«Le nom» de Jon Fosse au Théâtre Prospero

«Le nom» de Jon Fosse au Théâtre Prospero

Austérité énergétique

Publié le 15 avril 2018 par Pierre-Alexandre Buisson

Crédit photo : Isabel Rancier

La dramaturgie scandinave est souvent peu explorée chez nous, et le Théâtre Prospero a pour mission, entre autres, d’en intégrer régulièrement à sa programmation. Après avoir présenté en début de saison des œuvres d’Arne Lygre et de Lars Norén, voilà qu’on a droit à une pièce de Jon Fosse, un auteur reconnu pour ses intrigues très minces.

Une jeune femme rentre à la maison, tellement enceinte qu’on la sent capable d’accoucher sur le pas de la porte. Elle est accompagnée d’un jeune homme taciturne qui ne lui démontre aucune affection, mais qui semble être le père de l’enfant. On comprend que la fille (Myriam DeBonville) n’a pas visité sa famille depuis longtemps et que son père n’est même pas au courant qu’elle sera prochainement mère.

À travers les dialogues très minimalistes, nous découvrirons que la famille qui accueille avec indifférence le retour de sa fille n’a jamais été très démonstrative, s’étonne que le nouveau venu passe ses journées à lire, comme si c’était un passe-temps particulièrement farfelu, et est aux prises avec un quotidien répétitif et déprimant.

Peut-on tirer son épingle du jeu avec des dialogues aussi anémiques et une absence totale d’action? Est-ce que la pièce questionne vraiment le sens de la vie? Oui, il nous arrive de nous demander, pendant le spectacle, si ces personnages sont aptes à élever un enfant et lui transmettre des valeurs et l’éduquer, tant on doute de leur propre motivation à vivre. Mais est-ce un ressort dramatique suffisant?

Avec le jeu décalé et sans passion des acteurs, et la répétition des dialogues, un effet comique finit cependant par s’installer. Alors que les jeunes se questionnent sur la pertinence d’enfanter dans ce pays où le vent et la pluie s’arrêtent rarement, les adultes ne sont pas en mesure de leur fournir des réponses. Ils sont déjà nostalgiques de leur jeunesse insouciante alors qu’ils viennent à peine de sortir de l’adolescence.

Stéphane Jacques nous rappelle tous les «bonhommes» sans éducation qui marmonnent en lisant leur journal sans jamais rien dire de pertinent, et Simon Beaulé-Bulman, dans le rôle de l’étranger sans émotion, est juste assez apathique en regardant son amie de cœur subir les avances de Bjarne (Alex Bergeron), un ami d’enfance aux mains baladeuses.

La conception sonore d’Éric Forget est particulièrement réussie, toujours un peu assourdie, à la fois distante et déstabilisante. On éprouve, à un certain moment, l’impression que la pression barométrique a engourdi les comédiens et que le récit se déploie sous nos yeux à une vitesse réduite.

Pour les amateurs de dramaturgie contemplative, c’est tout à fait délicieux, mais certains amateurs de théâtre au rythme légèrement plus vif auraient du mal à y trouver leur compte.

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Par Isabel Rancier

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