«Nous irons cirer nos canons numériques dans un sweatshop portugais» au Théâtre Aux Écuries | Bible urbaine

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«Nous irons cirer nos canons numériques dans un sweatshop portugais» au Théâtre Aux Écuries

«Nous irons cirer nos canons numériques dans un sweatshop portugais» au Théâtre Aux Écuries

Cadavre exquis

Publié le 7 mars 2019 par Pierre-Alexandre Buisson

Crédit photo : Cannelle Wiechert

On pourrait difficilement prétendre que l’histoire du théâtre québécois regorge de dystopies abracadabrantes, mais depuis quelques années elles se multiplient à la même vitesse que la conscience environnementale de la populace générale. Est-ce la crainte du futur, ou la nouvelle génération de dramaturges élevés par la science-fiction qui en sont responsables? Probablement un habile mélange des deux.

Maxime Brillon est définitivement un enfant de la pop culture, et les thématiques futuristes auxquelles il s’intéresse ici étaient déjà présentes dans son texte tertuliaNebula, présenté au Festival ZH l’été dernier. Alors que Brillon s’attardait aux participants d’une ligue de combats illicites en réalité virtuelle, où la violence physique intervenait dans des joutes verbales dignes d’un rap battle, il se tourne avec Nous irons cirer nos canons numériques dans un sweatshop portugais vers un groupe de «jeunes» en pleine découverte du potentiel de l’âge adulte.

L’imagination du spectateur est fortement sollicitée, car la scène est complètement vide, hormis pour une petite scène circulaire où préside Brillon, qui s’est invité au sein de ses personnages, tantôt comme narrateur, ailleurs dans la peau d’un kangourou, une astuce suggérée par Justin Laramée, qui signe la mise en scène. Les différents lieux sont évoqués uniquement avec des éclairages au laser très précis, aux couleurs vives.

Les personnages récitent des dialogues très généreux, parfois avec un débit fort rapide qui ne nous permet pas toujours de tout saisir – notamment pendant une discussion entre Karlo Vince Marra et Joakim Robillard – ou les deux parlent en même temps; il devient dès lors difficile de savourer l’intégralité des répliques finement ciselées de l’auteur. Cependant, la dynamique qui s’opère entre les deux garçons et les deux jeunes femmes (magnifiquement interprétées par Marjorie Gauvin et Marie-Ève Groulx) est d’une profonde justesse, et leurs échanges sont délectables.

C’est dans un monde «de jeunes» que sont donc plongés les deux parents qui se découvrent des affinités, joués par Lise Martin et un Louis-Olivier Maufette hilarant en mode «cowboy»; un univers peuplé de références aux jeux vidéo, de slang et de petits joints entre amis. Et comme l’adolescence n’est jamais très loin sous la surface du sérieux, ils replongent volontiers dans un moment de pur délire lorsque tous les personnages sont rassemblés dans un absurde cours de cirque du jeudi soir.

Ce texte, qui date de quatre ans et qui a été retravaillé plusieurs fois, met de l’avant un chaos maîtrisé d’une admirable inventivité, mais manque un peu de polissage. Il est cependant loin d’être dénué de charme, et la mise en scène de Laramée, minimaliste et psychédélique, fait beaucoup avec peu, et s’adapte parfaitement au ton du délire.

La pièce de Maxime Brillon au Théâtre Aux Écuries en images

Par Cannelle Wiechert

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